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Société

Une commission pour faire la lumière sur les enfants réunionnais de la Creuse

vendredi 19 février 2016 à 14:33 Par Maxime Tellier, France Bleu Creuse et France Bleu

Deux ans après le vote d'une résolution à l'Assemblée nationale reconnaissant une faute morale de l'État, une commission d'information et de recherche historique a été installée ce jeudi au ministère des Outre-mer sur la migration forcée des "enfants réunionnais de la Creuse".

George-Pau Langevin, ministre des Outre-mer
George-Pau Langevin, ministre des Outre-mer © Maxppp - Alexandre Marchi

Paris, France

C'est une commission qui est censée faire la lumière une bonne fois pour toutes sur une douloureuse page de l'histoire : celle de ces enfants réunionnais arrachés à leur île et à leur famille entre 1963 et 1982 pour repeupler les départements ruraux de métropole. D'après un rapport réalisé en 2002, ils sont 1.615 enfants et adolescents à avoir été déracinés ainsi et la majorité, près de 300, ont été placés dans des familles en Creuse ; les autres l'ont été dans une soixantaine de départements métropolitains.

Cette commission a deux ans pour "faire la lumière sur l'histoire" de ces enfants et "aider les victimes à retracer la singularité de leur passé", a souligné la ministre des Outre-mer George-Pau Langevin. Elle est présidée par le sociologue Philippe Vitale, qui devra plus précisément "approfondir la connaissance historique sur les Enfants de la Creuse et contribuer à sa diffusion" et "établir un tableau précis des populations concernées et de leur situation démographique aujourd'hui."

Valérie Andanson est arrivée en Creuse à l'âge de 3 ans en 1966

Faire la lumière sur une histoire méconnue

Composée de quatre autres membres (Wilfrid Bertile, agrégé de géographie à la retraite, Gilles Gauvin, docteur en histoire et professeur d'histoire-géographie, Marie-Prosper Eve, historien, et Michel Vernerey, inspecteur général des affaires sociales honoraire), cette commission aura "toute latitude pour auditionner toute personne de son choix", et "accéder à tout document qu'elle jugera nécessaire", a précisé la ministre.

Les enfants réunionnais de la Creuse, aujourd'hui âgés de plus de 60 ans pour certains, réclament l'accès à des archives toujours restées closes : "nous voulons consulter nos dossiers personnels à la DDASS", demande Valérie Andanson, arrivée à l'âge de 3 ans à Guéret en 1966 et aujourd'hui porte parole de la FEDD, la Fédération des enfants déracinés des départements et régions d'outre-mer, "la plupart de ces dossiers ont disparu, ont été détruits ou falsifiés... Je reçois encore aujourd'hui des messages de parents qui recherchent leurs enfants et d'enfants qui recherchent leurs parents."

George-Pau Langevin, ministre des Outre-mer, invitée de France Bleu ce vendredi

Revoir La Réunion au moins une fois

Les associations de Réunionnais demandent aussi des réparations financières : "un billet d'avion aller-retour vers la Réunion pour commencer", explique Valérie Andanson, "beaucoup ne sont jamais retournés dans leur île natale et le temps presse pour certains, il faut qu'ils puissent le faire avant leur mort." Jean Charles Pitou est arrivé dans le Cantal en 1965 à l'âge de 9 ans, il préside l'association Génération brisée : "nous demandons des réparations financières à l’État pour l'enfance qu'on nous a volée. Certains parmi nous ont été victimes de maltraitance dans les familles d'accueil et ne se sont jamais remis de ce déracinement. Quelques-uns sont déjà rentrés à la Réunion mais dans un cercueil".

Valérie Andanson n'a appris qu'à l'âge de 16 ans qu'elle avait été adoptée et qu'elle était issue d'une fratrie de six enfants : "j'ai croisé pendant des années mes frères et mes sœurs dans les rues de Guéret sans savoir que nous étions de la même famille. J'ai un frère qui s'est pendu à l'âge de 32 ans et une sœur qui fait des séjours fréquents en hôpital psychiatrique aujourd'hui." Pour toutes ces souffrances, plusieurs associations réclament la création d'un crime contre l'enfance dans le droit français, qui serait imprescriptible.

La commission a été mise en place à la suite du vote d'une résolution par l'Assemblée nationale, elle est installée pour deux ans mais pourra faire des recommandations ou publier des documents dès qu'elle le souhaitera ; à charge au gouvernement ensuite de suivre ou pas ses avis.

Pour aller plus loin : en 2002, l'émission Interception sur France Inter avait consacré un reportage aux enfants réunionnais de la Creuse. A réécouter en cliquant ici.

Le combat juridique des enfants réunionnais de la Creuse