Société

AUDIO. Une équipe du CNRS répertorie les accents berrichons dans un atlas sonore

Par Jonathan Landais, France Bleu Berry dimanche 13 août 2017 à 13:07

L'atlas sonore du CNRS répertorie 126 langues régionales
L'atlas sonore du CNRS répertorie 126 langues régionales - Copyright capture d'écran atlas.limsi.fr

Trois chercheurs du CNRS viennent de créer un atlas sonore consultable en ligne recensant plus d’une centaine d’accents régionaux, dont le patois berrichon.

La tradition de mettre en place des atlas linguistiques n'est pas récente, elle remonte à plus d'un siècle avec les travaux du linguiste suisse Jules Gilliéron et du commerçant français Edmond Edmont au tournant du 19ème et du 20ème. Mais c’est la première fois dans l’histoire de la linguistique qu’un atlas sonore est mis en ligne.

Nos langues régionales sont en péril"

"Je trouvais qu'il fallait y remédier, d'autant que la plupart de nos langues régionales sont en péril, il y a presque urgence à collecter ce patrimoine culturel de notre pays", explique Philippe Boula de Mareüil, linguiste, directeur de recherches au CNRS. Son projet a été soumis à la DGLFLF, la Délégation générale à la Langue française et aux Langues de France.

126 langues régionales référencées

Avec deux autres chercheurs, Albert Rilliard du Laboratoire de recherche en Informatique pluridisciplinaire (Limsi), une unité du CNRS, et Frédéric Vernier, Maître de conférences à l'Université Paris-Sud, Philippe Boula de Mareüil a référencé 126 langues régionales.

"On a enregistré sur tout le territoire un même texte de référence La bise et le soleil, inspiré d'une fable d’Esope, c’est un texte utilisé depuis des années par l'Association Phonétique Internationale". Sur la carte, on peut écouter au moins deux types de patois berrichon.

La patois berrichon d'Eguzon

Ecoutez le patois berrichon d'Eguzon

Lisez le patois berrichon d'Eguzon - Aucun(e)
Lisez le patois berrichon d'Eguzon - Copyright capture d'écran atlas.limsi.fr

"Eguzon fait partie de ce domaine qu'on appelle le croissant en raison de sa forme, c’est un ensemble parlé de transition entre la zone occitane (le parler d'Occ) et l'ère d'Oïl (plus au nord), c’est un parlé hybride qui appartient à La Marche, région du nord du Limousin qui déborde sur le département de l’Indre".

"On peut voir des traits qui se rattachent à l'occitan, avec des infinitifs et des participes passés en -a comme bouffa pour dire souffler, mais la particularité de ce patois d'Eguzon c'est qu'il a des imparfaits en -ése, la pluie elle boufése pour dire elle soufflait, ce qu'on ne retrouve pas à Lignières par exemple".

La patois berrichon de Lignières

Ecoutez le patois berrichon de Lignières

Lisez le patois berrichon de Lignières - Aucun(e)
Lisez le patois berrichon de Lignières - Copyright capture d'écran atlas.limsi.fr

"Le parlé de Lignières est davantage rattaché au groupe de parler centré, le parler d'Oïl auquel est rattaché Paris, ce qui a donné le parlé français d’aujourd’hui avec quand même un trait particulier puisqu’on retrouve des imparfaits en -in, comme sarmandin".

Des lectures enregistrées en Berry au dictaphone

"Pour enregistrer le patois berrichon, c'est presque là que j'ai eu le plus de mal à trouver des locuteurs" explique le chercheur. "C’est une professeur du sud originaire de la région de Saint-Amand Montrond, qui m'a mis en contact avec deux associations, les Thiaulins du Château de Lignières et la Chavanay dans l’Allier".

On a été reçu au son de bourrées et de musique berrichonne"

"Ce sont deux associations qui font la promotion des traditions et cultures populaires du Berry à travers la musique et le théâtre (…) je suis venu avec un enregistreur accompagné d'une collègue du CNRS, on a été très bien reçu au château de Lignières au son de bourrées et de musique berrichonne".

Un atlas sonore à compléter

Vous connaissez vous même d’autres accents berrichons qui ne sont pas référencés dans cet atlas ? Si c’est le cas, vous pouvez directement envoyer un mail à l’équipe du CNRS à l’adresse : atlas@limsi.fr. Récemment, une personne s’est manifestée à Neuilly-en-Dun dans le Cher près de Sancoins pour rapporter à l’équipe de chercheurs l’existence d’un troisième patois berrichon qui se rapproche du bourbonnais, ce dialecte parlé dans l’Allier.