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Société

Suspicion d'escroquerie dans la gestion des aires d'accueil des gens du voyage à l’ouest de l’Hérault

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Par , France Bleu Hérault

Des gens du voyage assurent avoir été escroqués par l'actuel gestionnaire des aires d'accueil de Marseillan et Frontignan (Hérault) et par le précédent délégataire. L'agglomération de Sète va saisir le parquet de Montpellier. Des règlements en liquide n'auraient pas été enregistrés.

Illustration : Aire des gens du voyage
Illustration : Aire des gens du voyage © Maxppp - Karim SIARI

Marseillan, France

Info France Bleu - La gestion des aires des gens du voyage est pointée du doigt dans l’Hérault par plusieurs familles qui se disent victimes d’une escroquerie. Elles assurent avoir payé en liquide leurs séjours, à Marseillan comme à Frontignan, et pourtant elles sont considérées comme de mauvais payeurs, endettés et pas forcément bienvenus sur ces aires.

"Nous n'avons aucun justificatif pour prouver notre bonne foi, assure Christelle. À chaque fois, on nous disait que l’imprimante ne fonctionnait pas. Il y avait toujours une bonne raison pour ne pas nous donner de document. Ou alors, c'était sur un simple bout de papier. Nous avons fait confiance. Il est hors de question qu’on paie encore ce que nous avons déjà donné." 

"Nous avons été abusés.On nous réclame 700 euros. Mais nous les avons déjà réglés. Que voulez-vous qu'on fasse ? Repayer ? s'interroge dit Christelle.

Contrairement aux idées reçues, l’utilisation d’une aire d’accueil n’est pas gratuite. Les familles louent les emplacements à la journée. Ces règlements en liquide n'auraient donc pas été enregistrés dans les registres comptables !  Que faut-il en déduire ? Escroquerie ? Détournement de fonds ? Ou alors de simples accusations infondées ? 

Les dettes réclamées remontent à 2018. Pire encore, d'autres familles rencontrées, nous expliquent qu'on leur aurait proposé récemment d'effacer leurs dettes à condition de payer en liquide.

Ce cas-là n’est pourtant pas isolé

Plusieurs familles rencontrées nous assurent vivre les mêmes difficultés. Il s’agirait d’une pratique courante, assure de son côté Alain Dumas, le président de l'UNAT, l’Union nationale des associations tziganes. Une centaine de cas ont été recensés d’après lui, bien delà de l'Hérault.

"Bien souvent nous n'avons pas de justificatif après un règlement.C'est une pratique régulière, qui n'est pas récente" assure Alain Dumas, le président l'UNAT

L'aire d'accueil des gens du voyage de Marseillan (22 places) appartient à l’agglomération de Sète. La gestion est déléguée au privé. Avec celles de Frontignan (18 places) et l’aire de grand passage de Mèze, elles font l’objet d’un marché de prestations. En revanche, pour celle d’Agde (50 places), il s’agit d’une délégation de service public.

L’agglomération de Sète botte en touche

Sète Agglopôle Méditerranée confirme avoir été alertée il y a 15 jours de cette irrégularité. Mais elle se refuse à tout commentaire. Elle se retranche derrière l'article 40 du Code pénal précisant que les informations portées à sa connaissance sont suffisamment graves pour alerter le Procureur de la République afin qu'il diligente (ou pas) une enquête.

90 % des règlements se font en liquide

En janvier 2019, un nouveau délégataire a été retenu par l’agglomération après un appel d’offres. La Société GDV (Gens Du Voyage, basée à Marseille) a été retenue. Son directeur général, Denis Klump, dément les accusations portées par ces familles.

C'est complètement faux. Les familles qui paient, ont des reçus. Elles sont inscrites sur un cahier comptable.

"Je ne sais ce qu'il en était des précédents gestionnaires, mais à notre arrivée, nous avons constaté de lourdes dettes. Les mauvais payeurs ont été identifiés par l'EPCI. Ces mêmes familles sont aussi connues pour avoir dépassé, de longues dates, le temps de séjour autorisé.

La meilleure défense pour certaines familles délictueuses, qui ne pensent qu'à leur intérêt, c'est bien souvent l'attaque et elles espèrent être écoutées par des oreilles complaisantes pour telle ou telle raison. Nous sommes souvent confrontés à cela. GDV ne fait pas n'importe quoi. Nous avons pignon sur rue surtout avec ce type de public spécifique. Mais on peut inventer n'importe quoi. Le tout est de savoir si on écoute ou si on le croit".

"Je ne pense pas qu'un gestionnaire, délégataire de service public, ayant pignon sur rue, surveillé par la Cour des Comptes puisse se livrer à ce type de comportement dit Denis Klump

L'ancien gestionnaire de "L'Hacienda", qui est pointé du doigt comme son prédécesseur par des familles, ne souhaite pas commenter les accusations portées, mais son PDG nous précise cependant  :

"Ces accusations sont relativement fréquentes. C'est courant de la part des gens du voyage qui paient, dans 90 % des cas, en liquide. Je connais ce discours par cœur".

"Nous sommes les premiers gestionnaires historiques en France. Ce qui n'est pas le cas de nos concurrents dont certains ont fait de la prison pour détournement de fonds publics. Que certains gestionnaires soient plus ou moins respectueux ou peu scrupuleux, je veux bien le croire. Dans tous les cas à Marseillan et Frontignan, les terrains étaient équipés de systèmes informatiques de télégestion qui empêchent toute malversation de cet ordre-là".

La société "L’Hacienda" dont le siège est dans le Rhône (Rillieux-la-Pape) gère à ce jour plus de 300 terrains en France. 7.200 emplacements en France, dont ceux des aires de Béziers, Sérignan, Clermont-l’Hérault et Pignan (carte ci-dessous). Son contrat de cinq ans avec l’agglomération de Sète n’aurait pas été renouvelé en début d’année 2019 en raison d’irrégularités constatées d’après nos informations. Trop de laxisme sur la durée des séjours. "L’Hacienda", contactée par nos soins, dément les accusations d’escroquerie.

C'est parole contre parole. Une centaine de personnes serait dans cette situation. Certaines familles, victimes de ce système, envisagent de porter plainte, même si cela parait bien difficile rajoute le président de l'UNAT, "vous n'imaginez pas, nous sommes des gitans, que vaut notre parole ?"

L'UNAT n'est pas la seule à pointer du doigt ce dysfonctionnement

La gestion des aires du Voyages a déjà été épinglée par la Cour des Comptes dans un rapport de 2012. Dans son rapport, la Cour précisait, "le manque d’attention portée à la gestion des aires est particulièrement problématique lorsque cette gestion est déléguée. Le marché de la gestion déléguée, largement occupé par des sociétés privées, a en effet connu un fort développement, au point qu’il représente près de 40 % des places en aires d’accueil gérées".   

Le journal Libération s’est d’ailleurs intéressé à ce dossier. Dans son article de juillet 2013, le quotidien écrivait déjà à l’époque "le business des aires d’accueil de gens du voyage".  

Ces espaces sont en partie gérés par des prestataires privés qui brassent des millions d'euros d'argent public

Après vérification, il s'avère que la société Gens du Voyage, a en effet été montrée du doigt par la Cour des comptes. "Le chiffre d’affaires de GDV, constitué à plus de 80 % de fonds publics, a sensiblement augmenté au cours des dernières années. En 2009, près d’un tiers de ce chiffre d’affaires (3,25 millions d'euros) est revenu sous forme de rémunération ou de distribution de dividendes à la gérante de la société et n’a pas été réinvesti dans l’activité." 

Quelques mois après la publication du rapport, un article paru dans Charlie Hebdo s’était penché sur "le juteux business des aires d’accueil", accusant GDV (nouveau délégataire de Marseillan et Frontignan), société assez critiquée à l'époque par les associations pour la gestion "sécuritaire", accusée de s’en mettre "plein les poches légalement, mais dans des proportions insoupçonnées". 

À l'époque, Romain Klumpp, en charge de la communication de l’entreprise, réfutait les allégations. "L’article précise bien que tout est fait "légalement". Il n’y a rien à ajouter."

"Si on fait des bénéfices, c’est qu’on fait bien les choses".

"Nous, on a jamais demandé de rallonges aux collectivités. Sur nos terrains, il n’y a ni impayés, ni dégradations, ni dépassement du temps de séjour. Contrairement à ailleurs. Nous, on sait parler aux gitans et se faire respecter, et c'est réciproque".

Un ancien employé affirmait pourtant le contraire à Charlie Hebdo : 

"Pour ce qui est de l’entretien de l’aire, chaque euro, chaque poste économisé, c’est de l’argent qui va directement dans la poche du prestataire. On attend des jours pour leur remettre l’électricité quand il y a une panne, et on leur fait payer des sommes délirantes pour de soi-disant dégradations, comme 200 euros pour un étendoir à linge !" 

Voilà qui laisse perplexe. Les gens du voyage se demandent bien pourquoi l'aire de Frontignan a été totalement dégradée après sa fermeture pour travaux au printemps dernier. Qui y avait un intérêt ? Une enquête est en cours pour identifier les auteurs.

L'Hacienda gère  plus de 7 000 emplacements en France - Aucun(e)
L'Hacienda gère plus de 7 000 emplacements en France - .
4 aires gérées dans l'Hérault par l'Hacienda - Aucun(e)
4 aires gérées dans l'Hérault par l'Hacienda - .
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