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Société DOSSIER : Mai-68

Usines, transports : en Mai-68, l'Yonne bloquée

dimanche 13 mai 2018 à 23:23 Par Kevin Dufreche, France Bleu Auxerre

Comme dans toute la France, l'Yonne a été marquée par un grand mouvement social et ouvrier. Usines et transports étaient bloqués. Les acteurs de l'époque racontent.

Rassemblement à Auxerre en mai 1968.
Rassemblement à Auxerre en mai 1968. - © IHS 89

Yonne, France

Auxerre, Sens, Laroche-Migennes : les points névralgiques de l'industrie et du transport dans l'Yonne n'ont pas été épargnés par le vent de contestation en mai 1968. Si les lycées sont touchés, l'Yonne ne connait pas de mouvement étudiant, puisqu'il n'y a pas d'université, hormis l'école normale, qui forme les futurs enseignants.

Les cheminots à l'avant-garde

L'Yonne est un peu en décalage par rapport à la région parisienne notamment, où les grèves démarrent à partir du 13 mai, suite aux manifestations partout en France contre les violences policières. Les premiers à se mettre en grève dès le 17 mai, ce sont les cheminots. Au départ, c'est un peu l'incompréhension qui domine. "Franchement on a été un peu surpris, on s'y attendait pas, admet Louis Ducrot, qui travaille à l'époque à la gare de Laroche. Il y a une délégation de syndicalistes qui est passée, et qui nous a dit que la grève générale était déclenchée, qu'il fallait tout arrêter." Conséquence, plus aucun train ne rentre ou ne sort de la gare, le 20 mai 95% des cheminots sont en grève. Au rang des transports, les rapides de Bourgogne, les cars, sont également en grève.

Et tout est très organisé, comme le décrit Louis Ducrot : "tout était bloqué, et tous les points stratégiques du dépôt et de la gare étaient occupés, jour et nuit !". Suivent à partir du 18 mai les services publics comme les PTT ou EDF, avant les grandes entreprises privées.

Les usines à l'arrêt

Dans le privé, c'est la métallurgie qui démarre le mouvement. Que ce soit à Sens ou à Auxerre, on compte à cette époque un certain nombre de grosses usines, avec plusieurs centaines de salariés. Des noms comme Mors ou Pont-à-Mousson à Sens, ou Fruehauf ou Nicolas à Auxerre sont désormais associés à la grève. Les usines sont totalement bloquées, "les non-grévistes rentraient chez eux", confie un ancien ouvrier auxerrois.

Comme à la gare de Laroche, les usines sont occupées nuit et jour. Gérard était ouvrier chez Guillet, il avait 22 ans en 1968, et il décrit un véritable sentiment de liberté :

"D'un seul coup, on se sentait être les patrons ! Au lieu de se faire engueuler parce qu'on mettait dix minutes à aller pisser, l'entreprise était à nous. C'était le rêve absolu !"

La vie quotidienne sur le piquet de grève, c'était peut-être un peu moins le rêve par contre. Trois semaines de grève, cela voulait dire pas de paye... et donc un ravitaillement compliqué. Alors les grévistes se creusaient la tête pour trouver de quoi manger. "On mangeait des beignets d'acacia, explique Gérard. On allait en cueillir, les femmes préparaient la pâte, et on se nourrissait de ça. J'en ai jamais tant mangé, mais je me suis toujours régalé !".

L'augmentation des salaires, priorité des priorités

La première des revendications pendant le mouvement dans l'Yonne et comme dans toute la France, c'est l'augmentation des salaires. Alors même que la France connait une période économiquement plutôt faste, on est encore dans les Trente Glorieuses, Ouvrier chez Nicolas en 1968 et gréviste, Alain Michot explique : "à l'époque on vivait quand même pas bien, en tant que jeune. Moi j'étais marié, j'avais un gosse d'un an, et on avait des bas salaires ! Il yavait un climat d'injustice."

Si les ouvriers grévistes n'ont pas obtenu grand chose au sein même de leurs entreprises, hormis "des bleus de travail et des chaussures de sécurité", comme le racontent certains, les revendications portées par les travailleurs de la France entière ont été entendues, et appliquées au moins en partie dans les mois suivants les mobilisations :

  • Augmentation du SMIG de 35%
  • Tous les salaires augmentés d'environ 10%
  • Le passage progressif à la semaine de 40 heures, au lieu de la semaine de 48 heures
  • Autorisation des sections syndicales au sein des entreprises

Mai-68 qui fut aussi un moment important pour les syndicats : de 5000 adhérents au début du mouvement, la CGT de l'Yonne est passée à 7500 cartes fin mai.

Un rassemblement de grévistes à Joigny en Mai-68. - Aucun(e)
Un rassemblement de grévistes à Joigny en Mai-68. - M. Vitte - IHS 89