Société

Vers la liquidation de Mory Global : colère et amertume sur le site de Canéjan en Gironde

France Bleu Gironde mardi 31 mars 2015 à 6:30

Les salariés de MoryGlobal réunis devant l'agence de Canéjan

La justice devrait prononcer ce mardi la liquidation du transporteur Mory Global, ex-Mory Ducros. Quelque 2.150 postes vont être supprimés, dont 53 sur le site de Canéjan, dans la banlieue de Bordeaux. Les salariés estiment que le repreneur choisi il y a un an n'a rien fait pour relancer la société, ils comptent à présent négocier un plan social "acceptable".

Il n'y a pas de miracle à attendre : sauf surprise de dernière minute, le tribunal de commerce de Bobigny va prononcer ce mardi après-midi  la liquidation judiciaire du transporteur MoryGlobal, ex-Mory Ducros. Quelque 2.150 salariés vont se retrouver sur le carreau, dont 53 sur le site de Canéjan , en Gironde.

Les employés n'avaient plus aucun espoir, depuis le retrait annoncé vendredi dernier de la principale offre de reprise, déposée par le transporteur normand Malherbe, qui proposait seulement la reprise de 141 salariés. La société avait été rachetée il y a un an par le groupe Arcole, qui avait alors licencié 2.800 personnes. Sur le site girondin, 58 emplois avaient déjà été supprimés. Depuis, sa situation financière s'est encore aggravée : l'entreprise a subi l'an dernier une perte nette estimée à 43 millions d'euros.

Seuls quelques camions stationnent encore sur le parking du site girondin, situé près de l'autoroute A63. L'agence a été quasiment vidée il y a quinze jours. Et depuis, les salariés viennent tous les jours au travail sans avoir rien à faire. Ils dénoncent une mort programmée depuis la reprise l'an dernier.

"J'ai 30 ans de maison, et j'ai subi toutes les restructurations pour en arriver là aujourd'hui. Pour moi, c'est un meurtre avec préméditation, parce que tout était décidé depuis l'année dernière. Le repreneur savait dès le départ qu'il n'investirait pas dans l'entreprise, c'était cousu d'avance. Il y a 7 opérateurs de transports en France, ils ont besoin de notre frêt, pas de nous." — Geneviève Arzenton, responsable d'exploitation à l'agence de Canéjan

Encore quelques camions sont stationnés devant le dépôt de Canéjan  - Radio France
Encore quelques camions sont stationnés devant le dépôt de Canéjan © Radio France

Les salariés craignent par ailleurs que les politiques ne les laissent tomber.

"Cela fait 28 ans que je suis là, soit la moitié de ma vie. Je suis défait, je ne vis plus, je ne dors plus. C'est un immense gâchis. Arnaud Montebourg avait fait le tour des agences parisiennes l'an dernier pour dire on s'occupe de vous, on est derrière vous. Maintenant, il est parti du gouvernement. Il n'en a plus rien à faire de nous, comme tous les politiques." — Jean-Eric Moragués, ancien chauffeur devenu formateur

"Tout était programmé depuis l'année dernière"

Rescapés du plan social déclenché en 2014 après la faillite de Mory Ducros, les salariés girondins commencent inévitablement à penser à leur avenir.

"Ça fait quand même 15 ans que je fais ça, je ne peux pas m'arrêter comme ça, du jour au lendemain. Maintenant, retrouver la même place avec le même salaire, ça va être difficile. J'ai 37 ans, je suis encore "potable" sur le marché, On verra avec le PSE si on a le droit de bénéficier de formations pour effectuer une conversion, je verrai." — Christophe Garrigue, chauffeur

Le PSE, c'est le Plan Social pour l'Emploi qui va accompagner les licenciements, et les employés de Mory Global espèrent qu'il sera convenable, et qu'ils pourront toucher des indemnités bien au dessus du minimum légal.

"À 54 ans, je ne sais pas si je retrouverai un emploi derrière. Sans doute de l'intérim, ou alors des CDD...Cet argent, il me permettrait de survivre, en attendant. D'autant que j'ai de grands enfants, et des petits-enfants, et j'aimerais bien les aider." — Alain Gras,  chauffeur depuis 20 ans

Les salariés de MoryGlobal ont accroché des banderoles devant le site de Canéjan  - Radio France
Les salariés de MoryGlobal ont accroché des banderoles devant le site de Canéjan © Radio France

Les représentants du personnel ont été reçus la semaine dernière au secrétariat d'Etat aux Transports, et l'Etat a demandé  au groupe Arcole Industries "d'assumer ses responsabilités d'actionnaire et de contribuer au financement du PSE ". Les pouvoirs publics se sont engagés à mettre en place "un dispositif exceptionnel d'accompagnement individualisé", avec le recours à un cabinet de reclassement, une bourse à l'emploi et le versement pendant deux ans d'une somme allant "jusqu'à 300 euros par mois pour les salariés ayant retrouvé des emplois moins bien rémunérés".

Pour se faire entendre, les salariés de MoryGlobal ont organisé lundi plusieurs opérations escargot à Nantes, Angers, Rennes et Lyon.

"Cette fin-là, elle était cousue d'avance"