Société

VIDEO - Au Hartmannswillerkopf, les présidents français et allemand appellent l'Europe à "construire la paix"

Par Blandine Costentin, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu vendredi 10 novembre 2017 à 13:49 Mis à jour le vendredi 10 novembre 2017 à 18:04

Les présidents allemand et français ont longuement rencontré des lycéens des deux pays.
Les présidents allemand et français ont longuement rencontré des lycéens des deux pays. © Maxppp - Thierry Gachon

Le président français Emmanuel Macron et son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier ont inauguré ce vendredi le musée du Hartmannswillerkopf, site emblématique du front des Vosges pendant la guerre 14-18. Ils ont rappelé l'importance de l'Union européenne comme instrument de paix.

A la veille du 99e anniversaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale, c'est une cérémonie résolument franco-allemande qui s'est tenue ce vendredi en Alsace, au Hartmannswillerkopf, l'un des quatre sites nationaux de commémoration de 14-18. Le président français Emmanuel Macron et son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, ont inauguré l'historial ouvert en 2017. Ce musée, dont la première pierre avait déjà été posée en 2017 par deux chefs d'Etat, François Hollande et Joachim Gauck, retrace une bataille qui a fait 25.000 pertes dans les deux camps.

Ce qu'il faut retenir de la cérémonie :

  • Sous le signe de la jeunesse : les deux chefs d'Etat ont passé de longs moments en compagnie de lycéens français et allemands qui leur ont parlé du site du Hartmannswillerkopf, mais qui ont aussi interrogés sur le rôle de l'Europe. "La vocation de l'Europe, c'est, partout, de construire la paix" leur a notamment répondu le président français.
  • Sous le signe de la mémoire : Emmanuel Macron et Frank-Walter Steinmeier ont tous les deux évoqués la montagne "mangeuse d'hommes" où des milliers de soldats sont tombés. "C'est le nationalisme qui est le mangeur d'hommes" pour le président allemand. "Il n'y a pas vraiment eu de vainqueur (au Hartmannswillerkopf), que des morts" a ajouté son homologue français.
  • Sous le signe de l'Europe : l'Union européenne qui s'est bâtie sur les cendres d'un continent meurtri par les guerres. Les deux chefs d'Etat ont mis en garde contre le risque du retour des nationalismes.

Revivez la cérémonie vidéo

La cérémonie a duré trois heures. Elle a été entièrement filmée par France 3 Grand Est :

Le film de l'après-midi :

La cérémonie a pris fin à 17h30 par une dernière acollade entre Emmanuel Macron et Frank-Walter Steinmeier.

Le discours d'Emmanuel Macron : "l'amitié franco-allemande a remplacé l'appétit de revanche"

Dans son discours, Emmanuel Macron salue la réalisation de l'historial, "premier lieu de mémoire totalement binational de la Grande Guerre, en deux langues". La concorde franco-allemande, ajoute plus tard le président français à l'adresse de son homologue allemand, c'est "l'exemple le plus éclatant de ce que peut réaliser le désir de paix (...) L'amitié a remplacé l'appétit de revanche".

Emmanuel Macron lève le voile sur les commémorations du centenaire de la fin de la guerre 14-18, en 2018. "Rien de grand ne se fait sans main tendue" explique le chef de l'Etat qui invitera en France pour le 11 novembre 2018 les dirigeants des pays engagés dans la Grande Guerre. Autour de cette date historique, le président se rendra "dans les territoires meurtris hier par la guerre et aujourd'hui meurtris par la crise". Dès ce 11 novembre 2017, Emmanuel Macron célèbre la figure de Georges Clemenceau. Le "Père la victoire" comme il fut appelé à l'époque, a notamment été président du conseil à partir de novembre 1917 jusqu'en 1920. "Il rendit à la France son énergie quand celle-ci vacillait" rappelle le chef de l'Etat.

Dans son discours, Frank-Walter Steinmeier fustige le nationalisme, "ce mangeur d'hommes"

A 16h50, c'est Frank-Walter Steinmeier, le président allemand qui prend la parole le premier. Il rappelle le nom donné au Hartmannswillerkopf par les combattants : "la mangeuse d'hommes". "Ce n'est pas la montagne qui a mangé les hommes, mais le fait de croire à la supériorité de sa nation sur d'autres nations (...) Chaque génération doit apprendre à distinguer l'idée de la nation de l'idéologie du nationalisme."

"C'est le nationalisme qui est le mangeur d'hommes", ajoute le président allemand, pour qui "l'Union européenne unie dans la paix (est) la réponse à l'effroi de deux guerres mondiales". Frank-Walter Steinmeier salue les jeunes gens qu'il a rencontrés au cours de cette visite et qui sont allemands ou français et européens.

Une après-midi sous le signe du souvenir et de la jeunesse

C'est devant la tapisserie La Pièta for World War 1, conçue par l'artiste allemand Thomas Bayrle et réalisée à la Cité internationale de la tapisserie d'Aubusson dans la Creuse que les deux présidents vont prendre la parole :

Les pupitres attendent les chefs d'Etat ainsi qu'une tapisserie réalisée par un artiste allemand et les ateliers d'Aubusson. - Radio France
Les pupitres attendent les chefs d'Etat ainsi qu'une tapisserie réalisée par un artiste allemand et les ateliers d'Aubusson. © Radio France - Patrick Genthon

Après un long moment passé avec les jeunes et une visite au pied de la croix, au sommet du Hartmannswillerkopf, les chefs d'Etat se rendent vers 16h00 à l'historial, ouvert au public en août 2017. Ils sont accueillis par des portes-drapeaux et la musique de l'association des Tambours du Centenaire.

C'est l'association Les tambours du Centenaire qui accueille avec fifres et tambours la délégation présidentielle. - Radio France
C'est l'association Les tambours du Centenaire qui accueille avec fifres et tambours la délégation présidentielle. © Radio France - Patrick Genthon

Malgré le mauvais temps, les présidents se rendent au pied de la croix sommitale, dans la forêt. Emmanuel Macron évoque la "guerre civile européenne" qu'a été la Grande Guerre. "Nous nous habituons à la paix", met en garde le chef de l'Etat, "il n'y rien de plus fragile que la paix. C'est la bêtise humaine, la haine de l'autre qui peuvent mener à la guerre." Il appelle à la vigilance, "la vigilance que nous devons à ceux qui sont morts dans ces tranchées".

Sur les pentes du Hartmannswillerkopf, subsistent 45 km de tranchées sur les 90 creusées par les combattants.

L'une des tranchées préservées du Hartmannswillerkopf. - Radio France
L'une des tranchées préservées du Hartmannswillerkopf. © Radio France - Pierre-Jean Dechristé

La vocation de l'Europe, c'est partout de construire la paix" - Emmanuel Macron

Peu après 15h, devant le cimetière où reposent plus de 1.200 militaires français, les présidents rencontrent des lycéens qui ont travaillé sur l'histoire du Hartmannswillerkopf, puis des élèves du lycée franco-allemand de Fribourg et du lycée Théodore Deck de Guebwiller. Emmanuel Macron leur explique que "la vocation de l'Europe, c'est, partout, de construire la paix". La "nouvelle étape", pour le chef de l'Etat, "c'est aller vers une armée européenne, plus d'intégration, pour protéger les Européens".

Sur le monument national, auprès de l'"autel de la patrie", Emmanuel Macron et Frank-Walter Steinmeier écoutent les hymnes nationaux, puis des lettres de soldats, lus par des lycéens, en allemand et en français. Dans ces lettres, les combattants racontent les assauts. La dimension franco-allemande de cette cérémonie est essentielle.

Les chefs d'Etat sont arrivés à 14h30. Ils visitent la crypte où se trouvent l'ossuaire et les restes de milliers de victimes françaises et allemandes, en compagnie de Jean Klinkert, président du comité du monument national Hartmannwillerkopf.

La délégation entre dans le monument national et pénètre dans la crypte :

Emmanuel Macron, Frank-Walter Steinmeier et Jean Klinkert arrivent au Hartmannswillerkopf. - Radio France
Emmanuel Macron, Frank-Walter Steinmeier et Jean Klinkert arrivent au Hartmannswillerkopf. © Radio France - Patrick Genthon

Pour arriver au monument national et à la crypte, les chefs d'Etat ont traversé une haie d'honneur constituée de portes drapeaux... bien chahutés par le vent.

Les drapeaux des anciens combattants attendent dans le vent les présidents français et allemand. - Radio France
Les drapeaux des anciens combattants attendent dans le vent les présidents français et allemand. © Radio France - Patrick Genthon

Le public, trié sur le volet, commence à s'installer autour du monument national.

Le monument national du Hartmannswillerkopf. - Radio France
Le monument national du Hartmannswillerkopf. © Radio France - Patrick Genthon

Le programme de la visite

Les présidents français et allemand arrivent à 14h. Ils commencent par visiter la crypte dans laquelle sont ensevelis les restes de milliers de victimes de la bataille. Ils déposent ensuite une gerbe sur le monument national qui domine la nécropole. Emmanuel Macron et Frank-Walter Steinmeier rencontrent des élèves des lycées Amélie Zurcher de Wittelsheim, Lambert de Mulhouse, Théodore Deck de Guebwiller et du lycée franco-allemand de Fribourg.

Les deux présidents doivent marcher jusqu'à la croix de 20 m installée près du sommet du Hartmannswillerkopf, avant de visiter l'historial et de prononcer un discours à 16h.

Un moment fort doit être l'inauguration d'une oeuvre d'art, La Pièta for World War 1, une tapisserie conçue par un artiste allemand, Thomas Bayrle, et réalisée à la Cité internationale de la tapisserie d'Aubusson dans la Creuse :