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VIDEO - Le Hartmannswillerkopf : la montagne “mangeuse d’hommes” de la Grande Guerre en Alsace

Par Blandine Costentin, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu lundi 6 novembre 2017 à 3:09 Mis à jour le lundi 6 novembre 2017 à 8:40

Un soldat dans les tranchées du Hartmannswillerkopf.
Un soldat dans les tranchées du Hartmannswillerkopf. - Collection Florian Hensel

Le Hartmannswillerkopf, ou Vieil-Armand, est l'un des quatre monuments nationaux de la Grande Guerre en France. Sur ce sommet du massif des Vosges se sont tenus des combats féroces, entre 1914 et 1916. L'historial ouvert en 2017 est inauguré le 10 novembre par les présidents français et allemands.

L'historial du Hartmannswillerkopf, ouvert à l'été 2017, est inauguré vendredi 10 novembre, la veille du 99e anniversaire de l'armistice du 11 novembre, par les présidents français, Emmanuel Macron, et allemand, Frank-Walter Steinmeier. La première pierre avait été posée par leurs prédécesseurs François Hollande et Joachim Gauck en août 2014. Cet édifice explique et raconte les combats acharnés qui ont fait de 7.000 à 25.000 morts allemands et français (il y a débat entre historiens) essentiellement entre décembre 1914 et janvier 1916, autour de ce sommet du massif vosgien.

L'un des quatre monuments nationaux de la Grande guerre

Le Hartmannswillerkopf est l'un des quatre sites nationaux de commémoration de la Première Guerre mondiale en France avec Notre-Dame de Lorette pour la bataille de la Somme, Douaumont pour celle de Verdun, Dormans pour les combats de la Marne. Le Vieil Armand représente le front des Vosges. Des champs de bataille du Linge, de la Tête des Faux ou du Donon, c'est le plus connu, le plus visité également et ce, dès l'après guerre. Le nom vient de Kopf (la tête en allemand) et Hartmannswiller, le village en contrebas du sommet. Les Français l'ont transformé en Vieil Armand.

14-18 au Vieil Armand : plus de deux ans de combats acharnés, puis un long face-à-face

Les combats au Hartmannswillerkopf débutent un peu après Noël 1914. Des chasseurs alpins du 28e BCA s’installent au-dessus du col du Silberloch, puis installent un poste avancé près du sommet. De leur côté, les Allemands prennent place à l’est du sommet. Le 29 décembre 1914, des militaires des deux camps se rencontrent, le premier soldat (allemand) de la bataille du Hartmannswillerkopf tombe.

Le site est stratégique : depuis le rocher "panorama", la vue est imprenable sur la plaine d'Alsace, entre Belfort, Mulhouse et Colmar. A quelques kilomètres passe une voie ferrée que les Allemands vont défendre, tandis que les Français la bombardent. A partir de janvier 1915, les deux armées s’installent donc pour longtemps, avec la construction d’abris, de dépôts de munitions, de postes de secours, de routes d’accès pour le ravitaillement et même de téléphériques côté allemand.

Un abri au Hartmannswillerkopf. - Aucun(e)
Un abri au Hartmannswillerkopf. - Collection Florian Hensel

A force de bombardements, la forêt vosgienne est rasée, la montagne pelée par les tirs et les obus. A cet égard, les combats de décembre 1915 sont exemplaires : l'offensive française du 21 décembre commence par une pluie de feu continue de cinq heures. Plus de 25.000 obus s'abattent sur les lignes allemandes, avant que les soldats passent à l'attaque. L’armée française arrive tout près du poste de commandement allemand. Le lendemain, c'est la contre-offensive, qui permet aux Allemands de reprendre une grande partie du terrain perdu... Le bilan de ces deux jours est estimé à plus de 1.300 morts et plus de 3.000 prisonniers de part et d'autres.

Aucun gain, seulement des pertes énormes" - Gilbert Wagner, président du groupe Accueil entretien information

En janvier 1916, c'est la dernière grande offensive sur le Hartmannswillerkopf. A partir de là, les deux armées campent sur leurs positions, tout en poursuivant les escarmouches. Au cours de ces deux années de combat, le sommet a changé huit fois de mains... Difficile à conquérir et à conserver, ce sommet reste jusqu'à la fin de la guerre un no man's land, tandis que les deux armées campent à 50 m les unes des autres. "Personne ne voulait lâcher", résume Gilbert Wagner, président du groupe AEI (Accueil entretien information) au Hartmannswillerkopf, "aucun gain, seulement des pertes énormes".

Les pentes du Hartmannswillerkopf pelées par les combats. - Aucun(e)
Les pentes du Hartmannswillerkopf pelées par les combats. - Creative Commons

Le 15 novembre 1918, quatre jours après l'armistice, l’armée allemande quitte définitivement le Hartmannswillerkopf.

Le Hartmannswillerkopf en chiffres

  • 956 : (mètres) le point culminant du site
  • 8 : le nombre de fois où le sommet du Vieil Armand a changé de main au cours de la bataille
  • 25.000 : le nombre de victimes (évaluation la plus communément admise, mais il y a débat entre les historiens)
  • 6.000 : le nombre d'abris construits chez les Allemands et les Français
  • 90 : le nombre de kilomètres de tranchées. Il en reste 45 km aujourd'hui où l'on peut se promener.
On peut se promener aujourd'hui dans le réseau de tranchées restées en l'état après la bataille du Vieil Armand. - Radio France
On peut se promener aujourd'hui dans le réseau de tranchées restées en l'état après la bataille du Vieil Armand. © Radio France - Blandine Costentin

Le 152e régiment d'infanterie : la naissance des Diables rouges

Les militaires français qui se sont battus au Hartmannswillerkopf étaient issus de régiments et bataillons d'élite, comme les chasseurs alpins et le 152e régiment d'infanterie de Colmar. C'est dans la guerre 14-18 et singulièrement dans cette bataille du Hartmannswillerkopf que le 15-2, aujourd'hui installé à Colmar, a bâti sa renommée... et gagné un surnom. Arrivés au Vieil Armand en mars 1915, les hommes du 152e RI font preuve d'une bravoure telle que leurs ennemis les baptisent "les diables rouges". "Diables" pour leur acharnement au combat, "rouges" pour les képis et pantalons garance arborés par les Français au début de la guerre.

Le monument en hommage aux Diables rouges du 152e régiment d'infanterie. - Maxppp
Le monument en hommage aux Diables rouges du 152e régiment d'infanterie. © Maxppp - Thierry Gachon

Selon Gilbert Wagner, président du groupe AEI, le 15-2 aurait perdu plus de 3.000 hommes au cours de la Première Guerre mondiale. En 1918, il fut le premier régiment de France métropolitaine à recevoir la fourragère de la Légion d'honneur. En 1921, un monument à la gloire des Diables rouges a été placé près du sommet du Vieil Armand. Détruit par les nazis en 1940, il a été remplacé après la Second Guerre mondiale.

Le Hartmannswillerkopf : un lieu de mémoire

Rapidement après la fin de la guerre, le site est visité et considéré comme un lieu de mémoire de la Grande Guerre. Dès 1919 est érigée une croix de 6 mètres en hommage aux engagés volontaires, les Alsaciens-Lorrains qui ont rejoint les rangs de l'armée française. En 1922 est inaugurée la nécropole nationale du Silberloch. Elle comprend une crypte qui recouvre un ossuaire avec les restes de milliers de soldats français et allemands, ainsi qu'un cimetière de plus de 1.200 tombes françaises. Les soldats allemands sont inhumés à Cernay.

En 1930 est érigée une croix de 20 m, entre le monument et le sommet du Hartmannswillerkopf. Elle a été baptisée Croix de la paix en Europe en 2008, en "hommage aux morts français et allemands (...) ensevelis sur le champ de bataille”. Au delà de la croix subsistent 45 km de tranchées dans lesquelles on peut déambuler. Les vestiges, comme des barbelés ou des restes d'abris, sont nombreux.

Les soldats allemands ont également leurs monuments, construits pour la plupart pendant les combats. Le principal d'entre eux, le Jägerdenkmal (monument des chasseurs), date de 1915.

Le Jägerdenkmal, le monument en hommage aux chasseurs allemands, a été édifié dès 1915 au Hartmannswillerkopf. - Aucun(e)
Le Jägerdenkmal, le monument en hommage aux chasseurs allemands, a été édifié dès 1915 au Hartmannswillerkopf. - Collection Florian Hensel

Le 3 août 2014, c'est au Hartmannswillerkopf que les présidents François Hollande et Joachim Gauck ont lancé les commémorations franco-allemandes du centenaire de la Première Guerre mondiale. L'historial dont ils ont posé la première pierre a ouvert ses portes au public à l'été 2017. C'est le fruit d'une coopération franco-allemande : il a été financé par les deux Etats et les collectivités locales. L'objectif de fréquentation est de 75.000 visiteurs par an. L'accès à la nécropole et à l'ancien champ de bataille est gratuit.

Un soldat allemand contemple la vallée depuis le Hartmannswillerkopf. - Aucun(e)
Un soldat allemand contemple la vallée depuis le Hartmannswillerkopf. - Bundesarchiv, Bild 146-1977-102-18/CC-BY-SA 3.0