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Société DOSSIER : Mai-68

VIDÉOS - En Franche-Comté, Mai-68 n'a pas été qu'une parenthèse

dimanche 6 mai 2018 à 18:06 - Mis à jour le vendredi 11 mai 2018 à 11:52 Par Rachel Noël et Blandine Costentin, France Bleu Belfort-Montbéliard et France Bleu Besançon

Les événements de Mai-68 en Franche-Comté, ce sont des occupations d'usine, des grèves et des manifestations. La faculté de Besançon est occupée. C'est aussi la seule région de province où deux ouvriers ont trouvé la mort, lors d'affrontements avec les CRS à Peugeot Sochaux.

Mai 68 en Franche-Comté : images des manifestations prises par le photographe Bernard Faille.
Mai 68 en Franche-Comté : images des manifestations prises par le photographe Bernard Faille. - Archives conservées sur le site memoirevive.besancon.fr

Franche-Comté, France

En Franche-Comté, région ouvrière à l'époque, les événements de Mai 68 ont été marqués par les grèves qui ont touché la quasi-totalité des usines. Ici, le mouvement a même débuté bien avant, avec les grèves chez Rhodiacéta en 1967. Il s'achève de manière brutale, avec la mort de deux ouvriers de Peugeot, le 11 juin 1968.

L'avant 68 : Rhodiacéta dans la grève

Le 25 février 1967, l'usine Rhodiacéta de Besançon se met en grève. Le leader du fil synthétique, qui emploie 3 000 salariés, entraîne ensuite les autres sites de France. Le mouvement durera cinq semaines.

Alors que l'usine est en grève, les syndicalistes font venir le cinéaste Chris Marker qui fait partie du groupe Medvekine. L'ambition est de dénoncer la condition ouvrière. Ces films seront tournés en partie dans et devant les usines entre 1967 et 1974, date de la fin du conflit chez Lip.

Rhodia 4/8 est l'un de ces courts-métrages.

A LIRE - 68 moins une, les "Rhodias sur le fil"

Les étudiants entrent en scène

Les prémices de la grogne étudiante débutent en avril à Besançon. La première manifestation contre la guerre du Vietnam, le 1er avril 1968, réunit 500 à 1 000 étudiants. Peu à peu, les événements en région parisienne, et notamment l'évacuation puis la fermeture de la Sorbonne à Paris, font tâche. Le 13 mai, journée de manifestation nationale, ils sont 10 000 à manifester place Granvelle. Le drapeau rouge flotte sur une dépendance de la préfecture. La faculté de lettres est occupée et les examens repoussés. A Belfort, les manifestants sont près de 3 000.

Cinq jours plus tard, les étudiants créent un comité de coordination, chargé d'entrer en contact avec les ouvriers en grève. A partir du 21 mai, c'est main dans la main, qu'étudiants et ouvriers font le tour des usines occupées. 

Des grévistes pendant mai 68 à Besançon. - Aucun(e)
Des grévistes pendant mai 68 à Besançon. - Bernard Faille, archives déposées sur le site memoirevive.besancon.fr

Le 23 mai, les facultés de droit et sciences économiques votent à leur tour la grève. Dans le même temps des comités d'action lycéens sont créés un peu partout. A Lons-le-Saunier dans le Jura, c'est un certain Jean-Luc Mélenchon, élève au lycée Rouget de l'Isle qui fédère ces comités d'action.

Les usines occupées

Début janvier 1968, c'est le licenciement d'une cinquantaine de personnes chez Lip à Besançon qui entraîne les premiers débrayages. Le mouvement peu à peu se propage, entre autres aux ateliers de mécanique et d'horlogerie de Kelton, puis le 17 mai chez Rhodia, la grève illimitée et l'occupation est décidée. Les autres usines suivront dans la foulée. A la mi-mai, plus de 80 % des salariés de l'horlogerie sont en grève.

A Belfort, les salariés d'Alsthom décident eux aussi l'occupation de l'usine le 20 mai, tout comme ceux de Bull. La maison du peuple à Belfort devient le symbole des luttes ouvrières. A Besançon, un meeting est organisé chaque jour à la maison du peuple à la Rhodia.

Les plus grosses manifestations auront lieu le 25 mai où 3 000 ouvriers défilent à Pontarlier et 5 000 à Besançon. A Belfort, ils sont 4 à 5 000 à manifester le 27 mai.

Le 31 mai, un peu partout en France, ont lieu les grands rassemblements manifestations de soutien à De Gaulle. Les manifestants seront près de 5 000 à Besançon et autant à Pontarlier

Le drame à Peugeot Sochaux

Aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, on tarde à entrer dans la grève. Avec près de 27 000 salariés, Peugeot est pourtant la plus grosse usine de France. Le site est marqué par des conflits d'années antérieures. Le 20 mai, la grève est finalement lancée. Elle se durcit au fil des jours, mais les négociations avec la direction piétinent. 

Le 11 juin, la reprise du travail doit se faire sous le contrôle des forces de l'ordre, mais la journée va virer au drame. Dès 3 heures du matin, les heurts entre les forces de l'ordre débutent. Ce sont des affrontements violents, avec jets de pierre et de boulons contre les CRS qui tentent de forcer le piquet de grève. 150 personnes sont blessées et deux ouvriers perdent la vie.

Mai 68 à Sochaux : les affrontements du 11 juin dans et autour de l'usine Peugeot. - AFP
Mai 68 à Sochaux : les affrontements du 11 juin dans et autour de l'usine Peugeot. © AFP - Archives

L'après-midi même à Belfort, le cortège de manifestants pour protester contre les événements dramatiques à Sochaux rassemble 9 000 manifestants qui défilent en silence. Ce sera l'une des dernières manifestations. L'usine Peugeot ouvre à nouveau ses portes le 20 juin.

L'après 68, l'affaire Lip

En 1973, les salariés de Lip à Besançon, qui sont 1 300 à l'époque, sont menacés de licenciement. Les salariés découvrent une note sur les "480 à dégager" : s'ouvre alors l'un des plus longs conflits sociaux de l'après 1968.  Les salariés occupent l'usine et continuent à produire des montres en autogestion. "On fabrique, on vend, on se paie" devient le slogan des ouvriers. Des artistes de renoms vont s'engager dans leur combat pour la lutte sociale : Simone Signoret, Yves Montand, Agnès Varda et Jean-Luc Godard. En septembre 1973, une manifestation de soutien réuni 100 000 personnes venues de toute la France. L'affaire tiendra la France en haleine jusqu'en 1976.

Une partie des photos visibles dans cet article et dans la vidéo ont été prises par Bernard Faille, photographe à L'Est républicain de 1958 à 1985. Sa famille a fait don de quelque 60.000 négatifs à la ville de Besançon, qui les rend disponibles sur son site memoirevive.besancon.fr. Ses clichés témoignent des manifestations et de la vie quotidienne pendant le mois de mai 68.