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VIDÉO - Un club de foot sarthois se mobilise pour Ousmane, apprenti menuisier menacé d'expulsion

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Par , France Bleu Maine, France Bleu

Après deux CAP, Ousmane Keyra, 20 ans a trouvé un contrat d'apprentissage à Sablé-sur-Sarthe en septembre dernier. Mais ce jeune Guinéen, hébergé par une prof militante au Mans depuis trois ans, s'est vu refuser son titre de séjour. Son club de football se mobilise.

Veste floquée aux couleurs de l'USN Spay football, Ousmane Keyra passe tous ses mercredi à entraîner les enfants, la catégorie U9. "C'est un plaisir. C'est important pour moi de partager ce que j'ai appris du football avec les enfants, car d'autres avant l'ont fait avec moi" explique avec un sourire timide le jeune Guinéen. Depuis un an, le jeune de 20 ans joue à Spay en tant que défenseur central. Mais ses coéquipiers et entraîneurs  découvrent son histoire lorsque Ousmane leur fait part de la décision de la préfecture de la Sarthe, reçue mardi 26 janvier : refus de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire sous 30 jours.

C'est important pour moi de partager ce que j'ai appris du football avec les enfants, car d'autres avant l'ont fait avec moi - Ousmane Keyra

Le jeune Guinéen, aujourd'hui âgé de 20 ans, a quitté son pays à 15 ans pour des raisons familiales. Il arrive en Lybie, où il travaille uniquement pour le couvert et le logis. "Je n'avais rien, on ne me versait pas de salaire. Un jour celui qui m'employait est venu me voir, il m'a dit 'On part'". Ousmane traverse alors la mer Méditerranée à bord d'un pneumatique, une traversée de 11 heures. Mais ils restent trois jours au large de l'Italie, jusqu'à ce qu'un bateau les secourt et les dépose en Calabre. Le jeune homme, alors adolescent, y reste un moment, le temps de faire venir ses papiers et documents officiels de Guinée, avec la France en tête. "Je comprends la langue française car j'ai étudié dans mon pays." De Vintimille, Ousmane marche jusqu'à Nice, empruntant le tunnel. Puis il monte dans un train, et arrive au Mans. 

Ousmane Keyra pose à côté de Dominique Levillain qui l'héberge depuis trois ans au Mans.
Ousmane Keyra pose à côté de Dominique Levillain qui l'héberge depuis trois ans au Mans. © Radio France - Solène de Larquier

Il est logé trois semaines à l'hôtel par l'Aide sociale à l'enfance avant de passer un entretien. "Là, ils m'ont posé pleins de questions. L'enquêteur a commencé à dire que je n'étais pas mineur, il m'a accusé de raser les poils sur mes bras pour paraître mineur. Il m'a dit : "Dis la vérité, sinon tu ne dormiras pas au chaud", mais moi je n'avais pas d'autre vérité que ça...." raconte Ousmane encore marqué par cet entretien. L'Aide sociale à l'enfance refuse son dossier. C'est alors que le jeune rencontre Dominique Levillain, enseignante et militante associative. Elle l'accueille chez elle depuis trois ans maintenant et se bat à ses côtés pour obtenir un titre de séjour. Il y a un peu plus d'un an, ils font une première demande, refusée. Mais Ousmane ne se décourage pas, puisqu'il a trouvé sa vocation : construire des maisons. "Car une maison, c'est ce qui apporte la stabilité dans la vie. C'est comme ça que j'ai choisi la maçonnerie"

Une promesse d'embauche en menuiserie à Sablé-sur-Sarthe

Le jeune décroche d'abord un premier CAP en maçonnerie au lycée Hélène Boucher au Mans, mais ne peut pas travailler sans papiers. Il passe donc un second CAP en menuiserie aluminium et verre et l'obtient aussi. Cette filière qu'il découvre l'intéresse. "_Les machines me passionnen_t" raconte-t-il avec le sourire. Ousmane enchaîne les stages et l'un de ses employeurs le recommande à Vincent Masson, gérant de l'entreprise de menuiseries Ateliers Dabin, qui accepte de le prendre en apprentissage en septembre 2021. "Je l'ai rencontré, il m'a semblé très motivé. On a fait le tour de l'atelier, il a posé pleins de questions, il réfléchissait déjà à son logement pour venir travailler ici à Sablé." Mais ce contrat est conditionné à l'obtention du titre de séjour.

On a besoin de former nos jeunes, alors laissez-nous les former ! - Vincent Masson, gérant des Ateliers Dabin

Vincent Masson écrit donc plusieurs courriers à la Préfecture de la Sarthe : "J'ai essayé de mettre en avant la situation de nous autres, entrepreneurs du BTP. On a du mal à trouver du personnel qualifié, alors l'une des solutions c'est l'apprentissage. On a besoin de former nos jeunes, alors laissez-nous les former !" demande le gérant en ajoutant : "Il ne faut pas croire que ce jeune prend la place d'autres, on a beaucoup de besoins, la place n'est pas un problème, c'est rendre nos métiers attractifs le problème." 

Malgré cette promesse d'embauche, fin janvier, c'est non seulement un refus que reçoit Ousmane Keyra, mais également une obligation de quitter le territoire sous 30 jours. Le refus de la Préfecture se base sur une vice de forme : il y a une erreur dans le nom d'Ousmane sur son acte de naissance. "Mais tous mes documents sont valides dans mon pays" affirme le jeune homme qui a fait valider ses papiers d'identité par l'ambassade de la Guinée en France. Émus, ses coéquipiers se mobilisent. Ils partagent son histoire sur les réseaux sociaux et ne s'arrêtent pas là. "On a des réseaux, on connaît parfois des joueurs professionnels donc on les contacte aussi pour qu'ils partagent l'histoire d'Ousmane. On joue un sport collectif, donc son histoire" explique Charlie, qui joue avec Ousmane. 

Ses coéquipiers alertent les réseaux sociaux et envisagent une grève de la faim

La mère de l'un des joueurs est d'ailleurs entrée en contact avec le boulanger de Besançon qui a entamé une grève de la faim pour attirer l'attention sur son apprenti menacé d'expulsion, guinéen lui aussi. "Si malheureusement il faut se mettre en grève de la faim, on le fera. On a l'impression que pour obtenir des résultats, pour faire bouger, il faut se mettre en danger" regrette Charlie. Petit à petit, l'ensemble du club se mobilise, ses entraîneurs aussi. "Même si on n'y connaissait rien" sourit Mathieu Dupont qui s'est plongé dans les documents juridiques et a rencontré Dominique Levillain ainsi que d'autres citoyens engagés à plusieurs reprises. 

"Si malheureusement il faut se mettre en grève de la faim, on le fera. - Charly, coéquipier d'Ousmane

Le coach explique : "C'est un garçon complètement exemplaire, assidu, toujours à l'heure, il a même été demandeur de s'investir auprès des plus jeunes. On ne le lâchera pas. C'est comme sur le terrain : on aime être compétitif. Là, il y a un défi, il faut le relever et l'emporter." Cette situation, le patron sabolien, la regrette aussi : "Je ne comprends pas qu'un jeune motivé, formé, avec ces références là, avec un contrat, on ne lui donne pas sa chance" explique Vincent Masson avant d'ajouter : "ça doit être très dur [pour lui], d'autant plus qu'il était sur une dynamique forte et là, on casse tout. C'est désolant, vraiment désolant." Aujourd'hui, avec l'aide de son accompagnante, Ousmane Keyra est en contact avec une avocate pour appuyer son recours.
 

Le club de foot de l'USN Spay (Sarthe) se mobilise pour Ousmane, jeune guinéen menacé d'expulsion.
Le club de foot de l'USN Spay (Sarthe) se mobilise pour Ousmane, jeune guinéen menacé d'expulsion. © Radio France - Solène de Larquier
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