Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Société

VIDÉOS - Mai-68 à Toulouse et dans sa région : c’était comment ?

mercredi 2 mai 2018 à 6:05 Par Oanna Favennec et Olivier Lebrun, France Bleu Occitanie

A l’aide d’archives, de témoignages et de l’analyse de Gilbert Laval, auteur de l’ouvrage "Le gauchisme flamboyant : l’après-68 à Toulouse", retour sur ce mois de mai 1968, il y a 50 ans, et ses traductions dans la région toulousaine.

En Mai-68, des manifestations monstre ont lieu à Toulouse et dans sa région.
En Mai-68, des manifestations monstre ont lieu à Toulouse et dans sa région. © Radio France - INA

Midi-Pyrénées, France

De Mai-68, tout un chacun retient les barricades, les pavés, les étudiants qui bloquent les facultés. Des slogans aussi : "Il est interdit d’interdire", "CRS, SS"… Mais les images qui viennent en tête à ceux qui ne l’ont pas vécu ou qui étaient trop jeunes pour s’en souvenir sont souvent celles du quartier latin, à Paris. Comment les habitants de Toulouse et de sa région ont-ils vécu ce grand mouvement de société ? France Bleu a retrouvé des images.

Pour nous éclairer, France Bleu Occitanie a sollicité Gilbert Laval, ancien correspondant du journal Libération, auteur de l’ouvrage Le gauchisme flamboyant : l'après 68 à Toulouse, écrit à partir d'entretiens avec 49 acteurs de Mai-68 à Toulouse.

France Bleu Occitanie : Mai-68, ça a vraiment été un tournant ?

Gilbert Laval : Mai-68 a été comme un mur qui s'écroulait. Un mur qui protégeait une société faite de contraintes et d'interdits. Tout d'un coup, tout devenait possible. Les jeunes pouvaient dire non aux leurs parents, les femmes pouvaient dire non à leur mari, les soldats à leurs gradés. C'était une libération, une émancipation, un défi permanent à toutes les autorités. 

Qu'est-ce que Toulouse avait de spécifique en Mai 68 par rapport à d'autres villes ? 

Chaque ville en France a eu son identité d'extrême gauche : à Grenoble c'était les maoïstes, à Rouen c’était les trotskistes. Toulouse avait cette particularité avec Paris d'offrir tout l'éventail de l'extrême gauche. Mais avec la spécificité de n'être qu'à deux heures de voiture de l'Espagne, où Franco garrotait tous les révolutionnaires.

Et puis il y avait tous les enfants des républicains espagnols...

Toulouse était la capitale de l'exil républicain où il y avait encore Federica Montseny, la ministre de la République, le président de la République Rodolfo Llopis qui habitait à Albi, Felipe Gonzalez qui allait devenir président du gouvernement (NDLR : entre 1982 et 1996). Tout l'exil républicain y était très vivant, très fort. Et donc l’anti-franquisme a été la couleur toulousaine de l'antifascisme. 

On menaçait de faire exploser le consulat d'Espagne à Toulouse. Pourquoi tout ça n'a pas basculé dans la lutte armée ? Le Gersois Jean-Marc Rouillan, le fondateur d'Action directe, est-il vraiment une exception ? 

Oui c'est tout à fait une exception parce que le climat politique général était violent. Il y avait la guerre du Vietnam avec le bombardement des digues. Il y avait Franco qui garrotait ses révolutionnaires en Espagne. Il y avait les colonels grecs de l'autre côté. C'était très violent. Le combat politique ne se faisait pas avec des fleurs il faisait plutôt avec des cocktails Molotov et quelques séjours en prison. A Toulouse, en plus de tout ça, il y avait des armes que détenaient les anarcho-syndicalistes de la CNT dont le chef se vante d'avoir fourni 80% des armes de Rouillan. Donc les armes étaient à disposition. Il suffisait de les prendre. Mais personne ne les a pris. Les révolutionnaires imaginaient trop la révolution, réfléchissaient trop à la révolution, pour laisser le plomb et la poudre l'emporter sur les mots et les idées. Donc c’est le débat qui a été le plus fort.

Que sont devenus les ex-soixante-huitards ?

J'aurais pu faire un tout un chapitre sur les quelques-uns qui sont devenus conseillers dans les cabinets ministériels, toubibs ou professeurs. Mais que dire des autres ? Les autres, c'est la masse de ceux qui ont fait le mouvement. Par exemple les établis en l'usine, qui avaient choisi d’y travailler, comme un de mes amis, le dénommé La Gaume qui, établi à Albi, a fini dans un atelier de production à Carmaux et qui vient de prendre sa retraite. Un autre qui avait quitté ses classes prépa d'agronomie à Paris pour devenir ingénieur agronome est venu s'établir ici dans une laiterie puis ensuite dans une usine métallurgique en dessous du Tarn et aujourd'hui, il est encore à tailler ses vignes du côté de Rabassin. Donc le gauchisme n'est pas le fait de ceux qui l'ont incarné aux yeux du public. C'est le fait de tout le monde, de tous ceux qui se sont engouffrés dans ce mouvement, qui ont produit de la vie, qui ont transformé des vies. 

Est-ce qu’un Mai-68 serait toujours possible aujourd’hui ?

Tout est toujours possible. On ne peut jamais désespérer du genre humain. Ce rêve collectif, l'ambition d'une société heureuse et libre, a été le carburant d'un mouvement anti-autoritaire général, donc on ne peut pas ne pas espérer que cela existe un jour ou l'autre. Mais pour l'instant il n'y a pas l'étincelle, pas de mouvement collectif qui pourrait le produire.