Société

Violences sexuelles de l'enfance : un rapport inquiétant dénonce des manques de prise en charge des victimes

Par Julie Guesdon, France Bleu lundi 2 mars 2015 à 4:00

Pour 81% des victimes, les premières violences sexuelles sont survenues pendant l'enfance
Pour 81% des victimes, les premières violences sexuelles sont survenues pendant l'enfance © MaxPPP

L'association Stop au déni et l'Unicef publient ce dimanche un rapport sur l'impact des violences sexuelles de l'enfance à l'âge adulte. Selon l'enquête, dont les conclusions seront remises au cours d'un colloque ce lundi à Paris, 81% des victimes l'ont été pendant l'enfance. Des victimes qui, souvent ignorées, vont jusqu'à tenter de se suicider dans un cas sur deux.

"Près d'un enfant sur deux victime de violences sexuelles tente de se suicider" , a alerté ce dimanche le Dr Muriel Salmona, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie qui publie ce dimanche un rapport sur l'impact des violences sexuelles de l'enfance sur l'âge adulte.

"Les mineurs qui ont subi des violences sexuelles sont encore le plus souvent ignorés"

Par ce rapport, publié sur le site "stop au déni" en lien avec l'Unicef, et remis ce lundi lors d'un colloque à Paris, le Dr Salmona lance un appel aux pouvoirs publics : "ce scandale doit cesser, il faut briser la loi du silence".

"Il faut que les pouvoirs publics prennent conscience des carences de la prise en charge de ces victimes par la protection de l'enfance, l'institution judiciaire et le corps médical"

Cette enquête, conduite de mars à septembre, "est une grande première" : 1.214 victimes, dont 95% de femmes, ont accepté d'y répondre. En France, une femme sur cinq et un homme sur quatorze déclarent avoir subi des violences sexuelles. Les enfants sont les principales victimes : 81% ont subi ces agressions avant l'âge de 18 ans , dont 51% avant 11 ans et 21% avant 6 ans. Et, poursuit le Dr Salmona, "Plus la victime est jeune au moment des faits, plus les conséquences sont lourdes" , avec notamment une propension aux tentatives de suicide sept fois plus élevée que la normale.

Par cette étude, l'Unicef et Stop au déni espèrent alerter les pouvoirs publics sur les moyens à mettre en œuvre pour mieux prendre en charge les victimes : "Nous voulons aussi redonner espoir aux victimes. Bien soignées, elles peuvent s'en sortir et les violences sexuelles qu'elles subissent souvent à l'âge adulte du fait de leur vulnérabilité ne se répèteront pas". 

Autre combat à mener, selon elle, l'allongement du délai de prescription des viols de mineurs, aujourd'hui de 20 ans après la majorité. Beaucoup ne portent plainte que très longtemps après les faits, surtout quand ils sont commis dans le cadre familial.

"Culpabilisées, menacées, les victimes considèrent souvent ne pas en avoir le droit. De plus, beaucoup souffrent d'amnésies traumatiques qui peuvent durer des années" , remarque le Dr Salmona, espérant que cette enquête "contribuera à améliorer la situation" .

Retrouvez l'ensemble de l'étude sur le site stopaudeni.com.

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