Société

Vivre sans chauffage, sans eau courante : la France est "malade du mal-logement" selon la Fondation Abbé Pierre

Par Clémence Gourdon et Marina Cabiten, France Bleu jeudi 28 janvier 2016 à 9:32 Mis à jour le jeudi 28 janvier 2016 à 14:49

Le nombre de SDF a augmenté sensiblement
Le nombre de SDF a augmenté sensiblement © Maxppp

Plus de 15 millions de personnes touchées par la crise du logement : la Fondation Abbé Pierre dresse le tableau d'une France "malade du mal-logement" et appelle, dans son rapport annuel publié jeudi, à plus de "volontarisme politique".

Hausse du nombre de personnes sans domicile, renonçant à se chauffer, ou contraintes de vivre chez des tiers : de nombreux indicateurs sont au rouge, indique le bilan publié par la fondation Abbé Pierre ce jeudi.

Le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre est issu de l'exploitation de la dernière édition de l'enquête nationale logement (ENL), réalisée en 2013 par l'Insee. Au total, 3,8 millions de personnes sont mal-logées et 12,1 millions de personnes "fragilisées", soit "15 millions de personnes touchées, avec une intensité diverse, par la crise du logement", a souligné Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.

Il y a une aggravation du mal-logement qui touche avant tout les classes populaires

— Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre

Le nombre de sans-abri a bondi de 50% entre 2001 et 2012 : 141.500 personnes se retrouvent à la rue, à l'hôtel, sous un abri de fortune ou en centre d'hébergement. En outre, près de 2,9 millions de personnes vivent dans des conditions très difficiles, dont 2,1 millions qui ne possèdent pas d'eau courante, de WC intérieurs, de douche, de moyen de chauffage ou de coin cuisine, ou vivent dans un immeuble à la façade très dégradée. Et 934.000 personnes vivent en "surpeuplement accentué" c'est-à-dire qu'il leur manque deux pièces par rapport à la norme de peuplement.

L'extrême pauvreté, c'est-à-dire les personnes touchant moins de 40% du revenu médian (660 euros par mois et par unité de consommation), qui avait diminué entre 1996 et 2002, est repartie à la hausse.

Des engagements politiques "reniés"

Côté politique, si la fondation se félicite de "certaines avancées" comme le chèque-énergie qui doit remplacer en 2018 les tarifs sociaux de l'électricité et du gaz pour les ménages modestes, elle constate que certains engagements politiques "ont été tout simplement reniés".

Pour exemple, la garantie universelle des loyers, mesure phare de la loi Alur votée en 2014, puis abandonnée car jugée trop coûteuse. Ou encore l'objectif de construction de 500.000 logements par an, dont 150.000 logements sociaux, "bien loin d'être atteint", souligne le rapport.

Engageons des politiques volontaristes !

— Christophe Robert

La Fondation Abbé Pierre appelle une nouvelle fois les pouvoirs publics à agir, en particulier en construisant des logements, et surtout des logements sociaux accessibles aux ménages les plus modestes. Elle demande aussi que les pouvoirs publics logent les ménages reconnus prioritaires Dalo (Droit au logement opposable), mènent une politique de prévention des expulsions locatives et des évacuations de terrain et régulent les marchés de l'immobilier. 

Alors que près de 500 décès de sans-abri sont dénombrés chaque année, la Fondation Abbé Pierre incite à un sursaut :

La sixième puissance du monde ne peut pas laisser crever autant de personnes à la rue comme cela se passe encore aujourd'hui.

Aucun(e)

Partager sur :