Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Société

Vosges : faute de repreneur, l'unique pharmacie de La Petite Raon ferme ses portes

-
Par , France Bleu Sud Lorraine

Après 33 ans derrière le même comptoir, Daniel Caquard prend sa retraite. Faute de repreneur, l'unique pharmacien de La Petite Raon ferme définitivement son officine centenaire et laisse derrière lui des clients attristés. Un nouvel exemple de désertification médicale dans les campagnes vosgiennes.

Daniel Caquard prend sa retraite après 33 ans passés dans la même officine, celle de La Petite Raon (Vosges)
Daniel Caquard prend sa retraite après 33 ans passés dans la même officine, celle de La Petite Raon (Vosges) © Radio France - Lucas Valdenaire

Vosges, France

"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé". A la Petite Raon, 750 habitants, c'est une page qui se tourne le long du Rabodeau. La pharmacie du village a fermé définitivement ce week-end, faute de repreneur. Daniel Caquard est parti à la retraite et baisse le rideau d'un établissement centenaire (créé en 1903). Le dernier jour d'ouverture, c'était ce 28 décembre. 

"Il n'y a plus rien ici, même plus un bistrot"

En ce samedi matin, la plupart des clients viennent à la pharmacie pour dire au revoir à celui qui est derrière le même comptoir depuis 33 ans. Luc en fait partie. Il se dit triste et en colère. "Franchement, ça me fait ch***, lance-t-il. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il n'y a plus rien à La Petite Raon, il n'y a même plus un bistrot. Tous ceux à qui je discute sont... je ne vais pas dire anéantis, le mot est un peu fort, mais quand même."

Avant de plier boutique, Daniel Caquard a prévenu ses clients grâce à un petit flyer sur le comptoir. - Radio France
Avant de plier boutique, Daniel Caquard a prévenu ses clients grâce à un petit flyer sur le comptoir. © Radio France - Lucas Valdenaire

Désormais, pour ses médicaments, Catherine va devoir longer le Rabodeau sur un peu moins de deux kilomètres jusqu'à Senones, la nouvelle pharmacie la plus proche. "Non ce n'est pas très loin, tempère la cliente. Mais pensez à ceux qui ne peuvent pas se déplacer du tout et qui n'ont pas de voiture. Ma belle-mère a 87 ans et elle a de la chance que je n'habite pas loin. On aurait aimé que quelqu'un reprenne la pharmacie. Monsieur Caquard va nous manquer, c'est évident."

"Il n'y a plus de combattants"

Malgré ses efforts, le pharmacien n'a pas trouvé de repreneur. "Je pense qu'il n'y a plus de combattants. On ne trouve personne pour venir dans la campagne, car il y a une paupérisation. La qualité de l'habitat baisse. La population s'en va. Il y a tout un tas de choses qui font qu'on ne trouve pas de candidats. L'environnement du village fait qu'au bout d'un moment, il y a une désertification."

"Le médecin est parti et il n'a pas été renouvelé. Ces repères : médecins, commerces, écoles, tout cela a disparu. Je dois être l'un des derniers représentants de ce que les gens attendent et c'est ça qui m'inquiète."

"Le village va perdre toutes ces références qu'attendent les habitants et ceux qui pourraient venir, poursuit Daniel Caquard. On est dans une réorganisation de la santé : est-ce qu'elle est véritablement prise en compte ou est-ce qu'on laisse mourir les choses ? C'est une vraie question."

"Je dois être l'un des derniers représentants de ce que les gens attendent et c'est ça qui m'inquiète," confie Daniel Caquard.

"Refus de soins"

Le pharmacien en est conscient : il va laisser un vide derrière lui. D'ailleurs, les clients de La Petite Raon le lui rappellent à chaque instant. "Ce n'est pas un drame sur le plan médical, mais c'était un repère important pour eux, explique le professionnel de santé. Ils en sont attristés, il y en a qui pleurent. Dans les villages, il y a un attachement à ces lieux de santé, surtout chez les personnes âgées. Ils assimilent cela à la décrépitude de leur région. D'autant que ce sont des gens qui ont connu l'explosion industrielle avec, à l'époque, 6.000 habitants à Senones et 2000 à La Petite Raon. Ils sont nostalgiques. Ils voient tout se dégrader. A l'école, il n'y a plus qu'une classe alors qu'il y en avait sept ou huit quand j'ai commencé."

"Mais moi je veux rester positif. Il y a des atouts qu'il faut absolument exploiter dans ce pays, celui des abbayes. Il y a de très beaux lieux. Il faut imaginer d'autres choses et d'autres atouts à développer."

A 67 ans, Monsieur Caquard va maintenant se consacrer pleinement aux associations du territoire : une autre façon, dit-il, d'apporter un peu de vie dans la vallée.

Dans les Vosges, il y a actuellement 138 officines. Dans quelques jours, il n'y en aura plus que 136 puisqu'une autre pharmacie ferme ses portes ce 31 janvier. En Meurthe-et-Moselle, il y en actuellement 261 mais la tendance est à la baisse partout, comme le confirme Pascal Heintz, à la tête de l'officine de Darney et co-président du syndicat des pharmaciens dans les Vosges. "Certaines personnes âgées, ne pouvant se déplacer trop loin, refusent même de se soigner, dit-il. Le problème, c'est déjà de trouver des médecins ! Regardez les ophtalmologues, il n'y en a plus à Épinal et tout le monde ne peut pas aller jusqu'à Nancy !"

Choix de la station

À venir dansDanssecondess

France Bleu