Société

"Pas de profil type" : le témoignage du maire de Wissembourg, ville natale d'un des terroristes du Bataclan

Par Lucile Guillotin, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu jeudi 10 novembre 2016 à 5:00

Christian Gliech le maire de Wissembourg devant l'hôtel de ville
Christian Gliech le maire de Wissembourg devant l'hôtel de ville © Radio France - Lucile Guillotin

Il y a un an, tous les regards étaient braqués sur Wissembourg. Foued Mohamed-Aggad, l'un des trois terroristes du Bataclan, est né dans cette petite commune du Nord de l'Alsace. Pour la première fois, le maire, Christian Gliech, s'exprime longuement sur cette affaire pour France Bleu Alsace.

La commune de Wissembourg, située dans l'extrême Nord de l'Alsace, est devenue tristement célèbre quelques semaines après la tuerie du Bataclan. Foued Mohamed-Aggad, natif de cette ville de 8.000 habitants, a été identifié comme l'un des trois terroristes. Le maire, Christian Gliech, avait alors refusé de répondre aux médias "puisque je l'avais appris par un gendarme, qui lui même l'avait appris par la presse, et je ne voulais pas réagir à chaud sur un sujet, alors qu'on ne s'y attendait pas du tout". Un an après, Christian Gliech s'exprime pour la première fois longuement sur cette affaire pour France Bleu Alsace.

Aucune commune à l'abri

"Wissembourg est l'un des endroits de France où l'on a le moins de délinquance. Je crois qu'on est même la zone de gendarmerie où il y a le moins de vols pour 1.000 habitants de toute la France, on a un taux de chômage le plus bas de France donc on n'est pas du tout dans une zone défavorisée et pourtant on n'est pas à l'abri. Mais personne n'est à l'abri.", défend l'édile.

"On a quand même quelques exemples en Alsace de jeunes qui n’ont pas de consonances maghrébines ou autres, qui sont "bien de chez nous" comme on dit, qui viennent même de petits villages et pourtant, ils se sont convertis à un certain islam. Ils ont voulu partir, donc ça veut dire qu'on a besoin de détecter ça."

La lutte contre la radicalisation

Christian Gliech est très impliqué sur ce sujet. Il a participé à Paris aux premières rencontres nationales entre l’Etat et les collectivités contre la radicalisation le 21 octobre : "Déjà, l'Etat a tenu son engagement parce que nous étions un certain nombre et moi en tête à réclamer qu'il y ait plus de transparence et de communication. Ce qui en est ressorti, il n'y a pas de profil type d'une personne qui peut se radicaliser. Moi j'ai expliqué qu'à Wissembourg, ce n’était pas la peine de mettre en place un adjoint spécial à ça, mais simplement faire fonctionner les instances qui existent comme le conseil de sécurité et de prévention locale de la délinquance."

Une prise de conscience

"A Wissembourg, cette histoire a permis une prise de conscience des différents acteurs : enseignants, forces de police et de gendarmerie, médecins, parents d’élèves. Rien que d'en parler, de s'échanger des informations, fait qu'on est plus vigilants et on détecte un certain nombre de choses qu'on ne voyait pas forcément avant parce qu'on n'y était pas sensibilisés. L'Etat a été aussi moins étanche et a compris qu'il fallait des relais locaux comme les maires."

Tourner la page

"Les Wissembourgeois ont été touchés par cette affaire parce que Foued Mohamed-Aggad a été le bon copain de pleins de gens. Quand il était jeune, il était plutôt serviable, plutôt effacé, donc c'est quelqu'un qui n'a pas posé plus de problèmes que ça. Particulièrement parmi les jeunes de son âge, j'ai pu voir des réactions réfléchies, surtout au moment du débat sur s'il fallait l'enterrer à Wissembourg ou pas. Il a commis l'irréparable, il est allé dans le mur mais en même temps, on l'a connu autrement donc les réactions les plus extrêmes n'étaient pas dans la commune. Et aujourd'hui ils cherchent à tourner la page et moi-même, j'aurais tellement d'autres choses à vous dire sur Wissembourg."