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Société

L'idée d'une consigne sur les bouteilles en plastique fait débat dans l'Yonne

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Par , France Bleu Auxerre

Le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire doit être examiné par le Sénat ce mardi 24 septembre. Mais l''idée d'une consigne sur les bouteilles en plastiques a déjà été refusée par les sénateurs.

Le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire contient une mesure phare: une consigne sur les bouteilles en plastique.
Le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire contient une mesure phare: une consigne sur les bouteilles en plastique. © Maxppp - Christophe Morin

Yonne, France

Quelques bouteilles d'eau en plastique dans son sac et un sandwich pour son déjeuner, Rémi, un habitant de Tonnerre, ne s'était jamais vraiment interrogé sur la mise en place d'une consigne sur les bouteilles en plastique. «_La consigne peut être une bonne chose pour les plastiques si cela permet de valoriser ce produit plutôt que de le jeter systématiqueme_nt », analyse le jeune homme. Mais quelques sénateurs de la Commission développement durable dénoncent les dangers et les effets pervers de cette mesure.

Le recyclage par le tri, menacé ?

«Nous n'avons pas attendu la loi pour se rendre compte que nous plafonnions dans les emballages en plastique que nous récupérons avec les poubelles jaunes. Ce constat a été fait dès 2014. Dans l'Yonne et dans le pays, on a mis en place "l'extension des règles de tri" avec un message simple qui est que tous les emballages alimentaires vont dans la poubelle jaune», explique Nicolas Soret, président de la Com'Com du Jovinien et président de la commission déchet de l'association des maires de France.

Cette mesure a été possible grâce à la modernisation des centres de tri dans l'Yonne comme celui sur la commune d'Ormoy et partout en France. «Et nous atteindrons nos objectifs dès 2022. Et ce que l'on dit à la ministre de la transition écologique, Brune Poirson, c'est attendez le 1er janvier 2023 et nous serons au rendez-vous avec l'objectif européen de 90% des collectes des emballages ( objectif fixé par l'UE pour 2029, ndlr).»

Nicolas Soret explique les aménagements déjà effectués par les commune sur le recyclage du plastique.

Un manque à gagner pour les collectivités

La consigne sur les bouteilles en plastique amputera de 20% le budget des collectivités territoriales. «Nous, on revend la matière aujourd'hui. Quand on va chercher votre poubelle jaune, votre bouteille d'eau, de coca, on la revend 350 euros la tonne. C'est un système qui est mis en place depuis 25 ans dans le pays pour motiver les élus à tout faire pour rechercher la maximum d'emballage», détaille Nicolas Soret.

La consigne, c'est de l'argent directement enlevé des caisses des collectivités territoriales qui n'auront d'autre choix que d'augmenter la fiscalité pour compenser - Nicolas Soret, président de la Com'com du jovinien

Sans ce manque à gagner pour les collectivités territoriales, une seule solution existe : l'augmentation de la fiscalité. «Et ça, ce n'est pas possible», soutient Nicolas Soret avant d'ajouter « moi je vois ce qui va se passer. On va me dire "Mais M. Soret, avant le boulot c'est vous qui le faisiez en venant chercher nos bouteilles, maintenant c'est à nous de les remettre en point de vente donc vous allez baissez les impôts", et je vais devoir expliquer que non seulement on ne va pas baisser les impôts mais on va les augmenter parce qu'en choisissant de remettre votre bouteille à Coca, vous nous privez d'à peu près 20% de notre budget donc il va falloir les compenser», fait valoir Nicolas Soret.

«La consigne profitera aux industriels de la boisson»

Pepsi, Coca Cola-Company, Nestlé, Danone, «la consigne profitera aux industriels parce que non seulement ils n'auront plus à payer ce qu'on appelle le point vert à hauteur de 160 millions d'euros mais là ils vont avoir une recette tout à fait inespérée de l'ordre de 240 millions d'euros puisqu'on estime que 10% des personnes en France ne ramèneront pas leur bouteille», évoque Nicolas Soret.

Les industriels sont dans le collimateur de tous les élus vent debout contre cette mesure. «Quand vous aurez payé 15 centimes sur votre bouteille, si vous ne la ramenez pas parce que le point de collecte est trop loin ou parce que vous avez une consommation nomade et que vous ne rapportez par votre contenant, ces 15 centimes ils les empocheront», insiste le président de la Com'com du Jovinien. 

Les élus vont continuer de se pencher sur la question. Et trouver d'autres solutions comme simplifier le geste de tri et rapprocher le lieu de collecte de déchet de son lieu de production. «C'est pour ça qu'on est passé depuis ces dix dernières années à la collecte au porte à porte, on vient chercher la poubelle au pied des foyers», renchérit Nicolas Soret.

Le modèle allemand, un véritable modèle ?

En Allemagne, depuis la loi de 2003, le «pfand», c'est-à-dire la consigne sur les bouteilles en plastique et en verre est mise en place. Et depuis, le pays a largement atteint les objectifs européens. «Quand je vais au supermarché, je paie 8 centimes de plus pour la bouteille en verre et 25 pour la bouteille en plastique», raconte Dominique Franck, une ancienne auxerroise qui habite désormais à Worms, à 70km au sud de Francfort.

Lorsque je ramène mes bouteilles, ça vaut le coup parce que ça me fait 12,13 euros - Dominique Franck, ancienne Icaunaise

«J'ai des gros sacs à la maison et lorsqu'ils sont pleins je les ramène au magasin et ça vaut le coup puisque ça me fait 12, 13 euros à chaque fois», poursuit l'ex Icaunaise. Mais le modèle allemand suscite également des interrogations. D'après la sénatrice des Yvelines Marta de Cidrac (LR), «la consommation de plastique à usage unique a augmenté de 60%». Le revers de la médaille ? « Quand on parle de l'Allemagne on ne parle pas de la même chose, leur système est différent du nôtre, c'est très technique mais on nous vante le modèle allemand mais on n'oublie de dire que des pays comme la Suisse et la Belgique qui n'ont pas mis la consigne en place ont réussi à atteindre les objectifs européens», soutient Nicolas Soret.

En France, la moitié des bouteilles en plastique est recyclé contre 9 bouteilles sur 10 en Allemagne.

Une loi qui suscite des interrogations

Les Icaunais de plus de 30 ans peuvent se rappeler ce qu'était la consigne sur les bouteilles en verre dans les années 1980 en France. «Aujourd'hui, dans la loi, il n'est absolument pas question de cela, ni du verre puisque l'on parle du plastique, ni de réemploi puisqu'on parle du recyclage», s'exaspère Nicolas Soret.

La loi ne s'attaque pas à l'origine de la production du plastique - Nicolas Soret, président de la Com'Com du Jovinien

«Le vrai sujet c'est la production du plastique or la loi ne s'attaque pas à cela et elle va provoquer tout un changement dans l'ensemble du dispositif français de collecte et de traitement de l'emballage sans être certain que nous arrivions à un meilleur taux de recyclage par rapport à ce que nous faisons aujourd'hui», poursuit Nicolas Soret. Et le sujet crispe et suscite beaucoup d'interrogations. «Il faut se poser la question du meilleur recyclage, la consigne ou le tri par les poubelles», réagit Michel, un auxerrois interrogé à la sortie d'un supermarché.

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