Transports

Catastrophe de Brétigny : ce que disent les rapports des experts

Par Alexandre Chassignon, France Bleu Berry, France Bleu Creuse, France Bleu Limousin et France Bleu Orléans lundi 7 juillet 2014 à 20:19

Le train Paris-Limoges accidenté en gare de Brétigny-sur-Orge
Le train Paris-Limoges accidenté en gare de Brétigny-sur-Orge © @rtenews

Questions-réponses | Le rapport de deux experts judiciaires confirme les observations du Bureau enquête accident sur l’origine de la catastrophe de Brétigny-sur-Orge, en pointant des déficiences de la SNCF dans la maintenance de la voie ferrée, très fréquentée à l’endroit de l’accident. Le déraillement d’un train Paris-Limoges a fait sept morts et 30 blessés le 12 juillet 2013.

De quels rapports parle-t-on ?

Dès le mois de janvier, le BEA-TT (Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre) publiait son rapport d'étape. Cet organisme dépendant du ministère des Transports donnait dans le même temps des propositions d’amélioration de la maintenance , destinées à éviter que ce genre d’accident se reproduise. Il y aura donc un second rapport, définitif celui-là, du BEA-TT.

Le second rapport, dont des extraits ont fuité ce lundi, est destiné à l’enquête. Ses auteurs, Michel Dubernard et Pierre Henquenet, deux experts judiciaires, l’ont remis aux juges d’instruction chargés de l’enquête sur le déraillement. Ce sera donc une pièce du dossier en vue d’un procès . Il existe une troisième enquête, interne à la SNCF et à RFF.

Sur quoi les experts sont-ils d’accord ?

Le train a déraillé en roulant sur une éclisse, sorte d'agrafe métallique de plusieurs kilogrammes fixée entre deux morceaux d’un même rail. Elle s’était auparavant retournée à plus de 100 degrés en pivotant sur l’unique boulon (sur quatre) qui la tenait encore. La maintenance n’était donc pas suffisante, concluent les deux rapports.

Brétigny : l'éclisse à l'origine du drame - Aucun(e)
Brétigny : l'éclisse à l'origine du drame

En quoi précisément la maintenance est-elle en cause ?

Le BEA assurait que la défaillance d’au moins un des boulons aurait pu être détectée lors d’une visite de contrôle réalisée le 4 juillet, soit huit jours avant le drame. Les experts judiciaires vont plus loin, après avoir visité l’ensemble des voies de la gare de Brétigny : ils ont trouvé plus de 200 “anomalies”. Dont trois critiques . L’une au niveau de l’aiguillage, où "le déraillement serait sans doute arrivé quelques trains plus tard". Deux autres éclisses reliait l’aiguillage aux rails voisins avaient des boulons défaillants : exactement le problème à l’origine du trame, mais à un stade moins avancé.

Nos collègues de [France Info](http://www.franceinfo.fr/actu/faits-divers/article/bretigny-un-etat-de-delabrement-jamais-vu-selon-l-expertise-judiciaire-528341) se sont procuré des extraits de l’expertise judiciaire.A l’endroit précis de l’accident, le rapport souligne qu’une fissure dans le rail, qui augmentait les efforts sur l’éclisse, avait été **repérée dès 2008** . Pour les deux auteurs, une maintenance insuffisante pendant des mois, voire des années, est donc à l’origine de "l’état de délabrement" de cet aiguillage - une expression que [la SNCF et RFF jugent "outrancière"](http://www.sncf.com/ressources/cp_45_rff-sncf_.pdf). Quelles conséquences pour la SNCF ? ----------------------------------- La mise en examen de l’entreprise publique, envisagée dès les jours suivant l’accident, devient de plus en plus probable. La SNCF assume d’ailleurs ses responsabilités et assure qu’elle ne ferait pas appel d’une telle mise en cause. En parallèle, elle tente de convaincre qu’un accident pareil ne peut pas se reproduire, à Brétigny ou ailleurs. Mais les experts judiciaires qui ont contrôlé la gare de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) y ont également [trouvé la situation inquiétante](http://www.francebleu.fr/infos/sncf/catastrophe-de-bretigny-le-president-de-la-sncf-reconnait-la-responsabilite-de-l%E2%80%99entreprise-publique-1653007). Si elle joue la transparence sur les causes de l’accident, la SNCF est aussi mise en cause : les experts judiciaires critiquent les **instructions données par l’entreprise à ses agents** : des "référentiels de maintenance volumineux, surabondants, parfois inadaptés voire contradictoires". Les [premières recommandations du BEA](http://www.bea-tt.developpement-durable.gouv.fr/recommandations-a562.html) vont dans le même sens.