Transports

Confusion autour de la desserte maritime de la Corse

Par Patrick Rossi, France Bleu RCFM samedi 9 janvier 2016 à 19:18

Manifestation devant la préfecture de Corse à Ajaccio
Manifestation devant la préfecture de Corse à Ajaccio © Radio France - Alexandre Sanguinetti

Le dossier de la desserte maritime de la Corse se perd en confusions. Blocage de navire à Marseille, manifestation de socio-professionnels à Ajaccio, le trafic maritime reste fortement perturbé après une semaine de grève des marins de la MCM et de la CMN.

Le trafic maritime entre Marseille et la Corse est toujours bloqué ce samedi 9 janvier. Les marins de la MCM et de la CMN ont voté, en assemblée générale, une poursuite du mouvement de grève. Ils ont par ailleurs décidé de mettre en place un service minimum entre le port phocéen, Ajaccio et Bastia. Le "Jean Nicoli" et le "Piana" devraient appareiller prochainement pour la Corse. En retour, les marins attendent de pouvoir participer aux discussions engagées ces derniers jours avec les présidents du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse, de l'assemblée de Corse et de l'office des transports de la Corse, précise Frédéric Alpozzo, le secrétaire général des marins CGT de l'ex-SNCM.

F.Alpozzo évoque la poursuite de la grève votée par les marins

De son côté, le président de l'office des transports de la Corse, Jean-Félix Acquaviva, juge cette avancée insuffisante dans la mesure où un navire d'une compagnie concurrente, à savoir celui de la Corsica Maritima, reste bloqué. Le président de l'OTC se dit cependant prêt à recevoir les syndicats sous certaines conditions.

Réaction de Jean Félix Acquaviva, le président de l'OTC

500 personnes, peut être plus se sont retrouvées par ailleurs en fin de matinée devant la préfecture de région à Ajaccio. Transporteurs, commerçants, artisans, restaurateurs, hôteliers, les socio-professionnels corses ont ainsi répondu à l'appel des dirigeants du consortium Corsica Maritima, consortium d'entrepreneurs insulaires, décidés à lancer leur propre compagnie maritime. Une délégation a été reçue par le préfet de Corse. Mais la rencontre s'est soldée par une désillusion explique François Padrona, porte-parole de Corsica Maritima.

François Padrona exprime sa déception après sa rencontre avec le préfet de Corse

Réaction de la direction de MCM

Suite à la tournure des évènements, la direction de MCM réagit par communiqué de presse.

"Une nouvelle compagnie maritime est née. Elle hérite du passé de la SNCM et porte l’ambition d’une grande compagnie maritime desservant la Corse et le Maghreb au départ de Marseille. Comme s’y était engagé le Président de MCM, Patrick Rocca, la nouvelle compagnie a sauvegardé 900 collaborateurs, permettant de préserver le maximum d’emplois en Corse et à Marseille. En attendant l’appel d’offres qui sera lancé par la collectivité de Corse, le contrat de subdélégation de l’actuelle DSP a été signé avec CMN, avec l’accord de la Commission européenne. Le jour même de sa création, une autre compagnie a lancé une ligne de fret entre Bastia et Marseille, dont la seule explication, en absence de tout besoin économique, est le dépit des candidats recalés à la reprise de la SNCM. Alors qu’ils promettaient il y a quelques semaines d’en sauver les emplois et de préserver le pavillon français 1er registre, leur but est de monter un service concurrent de MCM et de la DSP avec un pavillon européen. Ils n’ont pas pu être les sauveurs de la SNCM, les voilà essayant d’en être les fossoyeurs. Si MCM condamne les entraves faites à la liberté de navigation, cette attaque frontale pose la question de l’équilibre de la DSP : il n’est pas de l’intérêt général que le privé essaie de s’accaparer les lignes rentables, parfaitement desservies par les compagnies de la DSP, et laisse l’argent public couvrir les pertes d’un service de mise en oeuvre du principe de continuité territoriale. MCM appelle à la mise en oeuvre d’une table-ronde sous l’égide des nouveaux élus insulaires pour en débattre dans l’intérêt général du devenir de la desserte de la Corse. Il faut sortir des logiques d’affrontements mortifères qui ne peuvent mener qu’à la destruction des emplois. Le partenariat économique entre Marseille et la Corse se doit d’être renforcé par les légitimes acteurs historiques de la desserte de la Corse sous l’égide des collectivités locales seules habilitées à définir le cadre de la desserte. Le Président de MCM appelle également à la reprise du travail. Tout en prenant acte de la mise en place d’un service minimum, Patrick Rocca souligne que « apporter aux clients le service qu’ils attendent est la seule vraie façon de répondre à la concurrence ».

Le Stena Carrier qui fait des ronds au large de Marseille depuis une semaine n'a pu se mettre à quai malgré la toute récente décision du tribunal de grande instance de Marseille qui oblige la CGT à mettre fin à ses actions de blocage sous peine d'une astreinte financière de 30.000€ par infraction constatée. Une décision qui ne connait pas de suite et qui laissent songeurs de nombreux chefs d'entreprises. Parmi eux, César Filippi, le président du Cercle des Grandes Maisons Corses.

César Filippi, le président du Cercle des Grandes Maisons Corses