Transports

Gare de Manduel : un couple étouffe au milieu du chantier

Par Hugo Charpentier, France Bleu Gard Lozère dimanche 31 janvier 2016 à 19:33

Helene et Eric Viguier posent devant leur maison
Helene et Eric Viguier posent devant leur maison © Radio France - Hugo Charpentier

Helene et Eric Viguier, un couple d'agriculteurs, vivent à quelques mètres de la future gare de Manduel. Depuis le début des travaux il y a deux ans, leur vie est devenue un enfer. Nous les avions rencontrés en novembre 2014. France Bleu Gard-Lozère est retourné à leur rencontre.

Voilà un peu plus de deux ans que les travaux de contournement ferroviaire Nîmes-Montpellier ont commencé. Petit à petit, la nouvelle Ligne à Grande Vitesse (LGV) prend forme. Sa future gare à Manduel également. D’ailleurs, pour faire état de l’avancée des travaux, le chantier sera ouvert au public le 7 février prochain. Au menu : visite de la tranchée, stands d'information, jeux, et expo.

Bruit, poussière, boue

Les festivités se dérouleront à quelques encablures d’une petite maison isolée. La bâtisse, d’une quarantaine de mètres carrés, est une ancienne maison de garde barrière. Autrefois, il y avait un passage à niveau. Mais depuis bien longtemps maintenant la voie de chemin de fer a été rabaissée quelques mètres plus bas. Hélène et Eric Viguier ont donc toujours –ou presque– vécus au dessus des trains.

Un peu de fret, quelques TER. Depuis qu’ils ont acheté en 1996, la circulation, plutôt faible, ne les dérangeait pas. La donne a changé il y a deux ans, avec la construction de la Ligne à Grande Vitesse (LGV). Le TGV ne passera plus par Nîmes, il faut donc construire une nouvelle voie, et une nouvelle gare. Ce sera à Manduel.

"Nous voulons être expropriés, mais le constructeur refuse ! Qu'on nous reloge, qu'on nous délocalise !" Helene Viguier

Pour avoir les mains libres, les constructeurs, Réseau Ferré de France (RFF) puis Ocvia, ont du racheter trente et un terrains bâtis dans le Gard. Des maisons, des mas qui se trouvaient au beau milieu du tracé. Un véritable déchirement pour les propriétaires qui ont dû déménager. Mais d'autres riverains ont encore eu moins de chance. A l'image d’Hélène et Eric Viguier. Eux, n’ont pas touché la moindre indemnisation. La raison ? Un simple souci d'économie explique maître Sehili, l'avocat de monsieur et madame Viguier.

Maître Sehili

Alerté par un courrier de détresse, France Bleu Gard-Lozère les avait rencontrés en novembre 2014. A l'époque, le couple exigeait la nomination d'un expert pour évaluer les préjudices. Et le verdict vient de tomber : les travaux n'impactent pas leur maison. Mais les « Viguier » restent persuadés du contraire.

"Notre maison a perdu toute sa valeur, personne n'en voudrait. On est coincé ici." Eric Viguier

Ils subissent tous les désagréments qu’impliquent ces travaux hors-normes mais sont coincés, obligés de vivre au milieu des chantiers. Bassin de rétention qui menace de polluer leur puits, antenne relais émettant des ondes électromagnétiques dressé juste derrière leur clôture, routes cabossées qui empêchent aux clients de se rendre chez eux acheter fruits et légumes ou encore tous ces hectares avalés par la poussière, la boue et le béton : plus possible de faire gambader leurs quarantaines de chèvres. Eric voulait se lancer dans la production de Pélardon. Le projet est au point mort.

Les chèvres de monsieur Viguier - Radio France
Les chèvres de monsieur Viguier © Radio France - Hugo Charpentier

En attendant il faut vivre. Le couple ne tire plus aucun revenu de son travail agricole, alors Eric cumule deux emplois : paysagiste à Nîmes, aide à domicile à Arles. Un rythme infernal. Et puis surtout il y a le bruit infernal des machines, des camions de chantiers. Sans arrêt. Nuit et jour. Leur vie est devenue un enfer. Heureusement depuis quelques mois les travaux ont baissé d’intensité.

Reportage

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