Transports

L'Autorité Environnementale tacle le projet d'autoroute entre Toulouse et Castres

Par Bénédicte Dupont, France Bleu Toulouse mardi 11 octobre 2016 à 8:46

Le tracé passe par 25 communes de Haute-Garonne et du Tarn.
Le tracé passe par 25 communes de Haute-Garonne et du Tarn. - Ministère des Transports

De quoi apporter de l'eau au moulin des opposants au projet d'autoroute entre Toulouse et Castres. L'Autorité Environnementale vient de rendre son avis. Si elle ne se prononce pas sur le bien-fondé du projet, l'autorité estime neanmoins que ces études sont soit trop optimistes soit insuffisantes.

Si le les mots utilisés sont soigneusement pesés, les conclusions n'en sont pas moins sans appel. Dans cet avis de trente pages remis le 5 octobre dernier, l'Autorité environnementale qui dépend du Ministère de l'Environnement, saisie en juin dernier par le Ministère des Transports est claire : la copie est à revoir ! Trois points sont plus particulièrement mis en exergue : trop d'impacts sont renvoyés aux études que le concessionnaires qui sera désigné pour l'autoroute devra réalisé après la déclaration d'utilité publique notamment en ce qui concerne la conformité à la loi sur l'eau. Deuxième point : la variante constituée par la mise a deux fois deux voies de la RN126 n'a pas été suffisamment étudiée. L'autorité recommande d'approfondir la comparaison entre les deux options dans le cadre de la loi relative à la transition énergétique. Enfin l'impact socio-économique de l'autoroute est au mieux trop optimiste au pire souffre d'erreurs d'appréciations.

►►► ECOUTEZ L'INVITÉ de ce mardi 11 octobre, Eric Vindimian, ingénieur des ponts, eaux et forêts, membre de l'Autorité Environnementale, co-rédacteur du rapport. Il est interrogé par Bénédicte Dupont.

L'INVITE EN UN CLIC - E. Vindimian, membre de l'Autorité Environnementale

Ce ne devrait pas retarder le projet car les données existent, le maître d'ouvrage n'aura aucun mal à refaire des calculs selon nos recommandations — Eric Vindimian, membre de l'Autorité Environnementale

Exemples de manquements notifiés

sur le gain de temps : 35 minutes gagnées sur le temps de parcours avec cette future autoroute dit l'étude. Il faudrait donc désormais 43 minutes pour parcourir les 77 kilomètres. Oui mais le temps de congestion aux heures de pointe n'a pas été pris en compte. L’état initial ne fournit non plus de "données sur l’usage des transports en commun sur l’axe Toulouse–Castres ni sur leur évolution récente et à venir". L'étude multimodale des transports affirme que la route est le moyen privilégié, mais cette étude est antérieure à la loi de transition énergétique pour la croissance verte qui préconise de favoriser les modes de transports plus verts comme le rail.

► la variante ASP trop vite oubliée, l'alternative de tracé qui suivrait la RN126 existante : "Le dossier écarte rapidement la possibilité d’un aménagement qui reprendrait le plus possible la RN 126 existante (variante « ASP ») et qui pourrait s’avérer moins dommageable pour l’environnement et la santé".

le coût du projet semble sous-estimé dans cette étude : "Le coût prévisionnel global est de 457 millions d'€ HT (...) Le coût maximum du projet avait été fixé par décision ministérielle à 420 millions d'€2020 en valeur 2020 (...) Le financement prévu par le présent dossier inclut une subvention d’équilibre de 220 millions d'euros 2015, donc largement supérieure au plafond décidé par le secrétaire d’État aux transports".

Le rapport met aussi en évidence, parmi d'autres remarques, que la cartographie de la faune et la flore est incomplète. Les champignons ne semblent pas avoir été pris en compte. Or il existe une liste rouge des champignons menacés de Midi-Pyrénées. Autre point, l'étude d'impact porte principalement sur la pollution au dioxyde d’azote et au benzène, mais pas à l'ozone.

Réaction des défenseurs du projet : "Cela fait dix ans qu'on parle de cette autoroute. Les études, les débats, ça suffit, on a dépensé trop d'argent pour ces études (5 millions d'euros). Il faut agir maintenant!" Guy Bousquet, le président de l'Association "Via 81" qui regroupe les chefs d'entreprise du bassin de Castres, favorables à l'autoroute.

LIRE le rapport complet de l'Autorité Environnementale (30 pages)

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