Transports

A Nantes le vélo n'a pas la côte

Par Pascale Boucherie, France Bleu Loire Océan lundi 30 janvier 2017 à 18:16

 Les voitures respectent rarement les sas vélos, en dépit du marquage au sol.
Les voitures respectent rarement les sas vélos, en dépit du marquage au sol. © Radio France - Pascale Boucherie

Les actifs nantais utilisent beaucoup moins leur vélo pour le trajet domicile-travail que les actifs bordelais ou strasbourgeois. C'est ce qui ressort d'une étude publiée par l'INSEE. "Place au vélo" dénonce des comportements qui empêchent le cycliste de se sentir en sécurité.

6% des actifs nantais partent travailler à vélo, d'après une étude de l'INSEE qui fait suite au recensement 2015. 6% seulement. C'est deux fois moins que les actifs bordelais et c'est même dix points de moins que les actifs strasbourgeois. Il n'y a pas beaucoup d'excuse à ce faible pourcentage. Nantes Métropole investit dans des plans vélos : 40 millions d'euros en 2006-2012, 50 millions en 2014-2020. Ce qui fait que l'agglomération compte aujourd'hui 530 kilomètres d'aménagements cyclables quand Bordeaux en dispose de moins de 200.

A Nantes, le vélo est utilisé pour parcourir de petites distances : moins de quatre kilomètres dans neuf cas sur dix. La voiture demeure le mode de déplacement le plus utilisé par les actifs nantais, avec 53% qui y ont recours.

Problèmes comportementaux

L'association nantaise Place au vélo dénonce un manque de visibilité de la cyclabilité ; pas assez par exemple de panneaux indiquant les durées de parcours. Et elle dénonce surtout des problèmes comportementaux qui empêchent le cycliste de se sentir en sécurité : la vitesse à 30km/h et les sas vélos au feu rouge sont rarement respectés, les pistes cyclables sont souvent encombrées de véhicules en stationnement, sans parler des appuis-vélos occupés par les deux roues motorisés (alors que depuis cet automne, les motos et scooters stationnés en dehors des emplacements dédiés risquent 35 euros de PV).

Inventaire de ce qui pourrit la vie du cycliste nantais : appui-vélo inexistant ou occupé par un deux-roues motorisé, voiture encombrant la piste cyclable, sas-vélo ignoré par les automobilistes et panneaux signalétiques trop rares. - Radio France
Inventaire de ce qui pourrit la vie du cycliste nantais : appui-vélo inexistant ou occupé par un deux-roues motorisé, voiture encombrant la piste cyclable, sas-vélo ignoré par les automobilistes et panneaux signalétiques trop rares. © Radio France - Pascale Boucherie.

Nantes, mauvais élève en matière de cyclisme. Annie-Claude Thiolat est déçue. Elle pense qu'il suffirait de pas grand chose pour remonter la pente. Elle est secrétaire générale de "Place au Vélo" (1350 adhérents, une des plus grosses associations d'usagers de vélo en France) et vice-présidente de la FUB (Fédération des Usagers de la bicyclette).

Annie-Claude Thiolat

Des travailleurs qui voudraient mais qui ne peuvent pas

Pour essayer de comprendre où le bas blesse, rien de tel que de faire la sortie d'un des parkings réservés au personnel du CHU dans le centre de Nantes. Il est 16h30, les voitures du personnel sortent du parking à la queu leu leu, Christian est aide-soignant, il habite Orvault, il aimerait bien utiliser son vélo pour aller de chez lui à l'hôpital mais :

J'emmène les enfants à l'école et je les récupère le soir, je ne peux pas le faire à vélo ça.

Christelle habite Bouguenais. 12 km à vélo c''est inenvisageable. Même si elle se rapprochait de Nantes elle préférerait la voiture pour des raisons de sécurité.

Pour avoir travaillé aux urgences, on voyait beaucoup d'accidentés de vélo. On n'est pas en sécurité, au niveau des ronds-points avec les voitures qui poussent c'est la jungle.

16h40 les voitures continuent de défiler à la sortie du parking du CHU, les employés sont pressés, la plupart ont encore pas mal de route à faire avant de rentrer chez eux.

J'habite à 50 km donc j'ai besoin de ma voiture.

Françoise demande sa mutation depuis 13 ans. Aller travailler à vélo ce serait son rêve.

C'est le sport, la nature, ça permettrait de ne pas être stressée.

D'après l'association "Place au vélo", il suffirait que 15% des travailleurs européens se déplacent à vélo, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 15 à 20%. Avec 6% de travailleurs à vélo, Nantes a encore beaucoup de chemin à faire.