Transports

PORTRAITS | Trois gabiers de l'Hermione prêts à vivre l'aventure

Par Mélodie Pépin, France Bleu La Rochelle et France Bleu Poitou jeudi 16 avril 2015 à 6:00

Les gabiers de l'Hermione en plein préparatifs
Les gabiers de l'Hermione en plein préparatifs © Radio France - Pascal Cléro

L'aventure de l'Hermione c'est avant tout une aventure humaine. Un équipage de 160 personnes, dont 80 volontaires qu'on appelle les gabiers. Des jeunes, des moins jeunes, venus de la région pour vivre cette traversée et manoeuvrer à bord de l'Hermione. Il a fallu faire beaucoup de sacrifices et tout apprendre pour certains. Ils sont aujourd'hui prêts pour le grand départ le 18 avril.

Manon, gabière sur l'Hermione ok - Radio France
Manon, gabière sur l'Hermione ok © Radio France

Manon Bernard a 26 ans, elle est originaire des Charentes, et c'est la première fois qu'elle va traverser l'Atlantique. Et ça s'annonce déjà douloureux. " J'ai bien le mal de mer, c'est très désagréable."

  Manon n'avait jamais fait de bateau avant, alors quand elle a vu un jour l'annonce dans un journal "ça me paraissait tellement exotique, et je me suis dit il faut que je tente!" . Et l'aventure a débuté. " J'ai décidé de venir sur le bateau tous les jours pour participer aux travaux d'entretien, c'est important de bien se préparer avant d'embarquer, c'est important de pouvoir appliquer les ordres  sur le pont et de pouvoir y répondre sans avoir l'air perdu. Il y a énormément de vocabulaire à apprendre, c'est très dur, on utilise le vocabulaire du 18e siècle, y'a 25 kilomètres de cordages, chaque bout a une fonction très précise, on n'a pas vraiment droit à l'erreur." À quelques jours du grand départ, Manon "appréhende un peu", mais n'a pas peur. Ce qui l'inquiète le plus, c'est la colocation à 80, la proximité : "faut voir le bateau, c'est un espace réduit, c'est un challenge, c'est le jeu".

S'il y a une chose qu'elle retient de cette frégate si particulière, c'est l'odeur . "Le goudron, ça sent très fort, un peu mauvais pour certains, un peu comme de la sauce barbecue. Une fois qu'on a travaillé 24 heures sur le pont on a l'impression que ca reste collé à soi pour la vie. Ça tache, c'est sale, on n'arrive pas à l'enlever, et pourtant c'est ce qui fait ce bateau, y'en a partout!"

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Célestin, gabier sur l'Hermione - Radio France
Célestin, gabier sur l'Hermione © Radio France

 

"Quand on arrive la première fois sur le site on tombe sous le charme, et on se dit, il faut que j'en sois ! " Célestin, originaire du Mans, a pris un appartement à Rochefort pour être plus près du chantier quand il a débarqué dans la région. "Mon truc c'est les bateaux, c'était vraiment ce que je voulais faire, je suis arrivée dans la région au bon moment..." c'est-à-dire au moment des appels à candidature pour être volontaire sur l'Hermione. Pourtant, Célestin ne connaissait pas bien l'histoire de cette frégate et de son marquis de La Fayette. "J'ai tout découvert en arrivant ici." Mais à peine le pied posé sur le chantier de l'Hermione à Rochefort, Célestin a succombé quitte à faire des sacrifices. " Ca impliquait de devoir se débrouiller financièrement. Ça fait un an que je suis impliqué sur le bateau, ça ne laisse pas beaucoup de temps pour travailler à côté, donc le sacrifice a surtout été de ce côté là. Mais ici personne ne regrette les sacrifices, le jeu en vaut la chandelle." 

Ce qui l'effraie le plus : "comme tous les marins, ces histoires d'incendie, de voie d'eau, de chavirage encore que sur ce bateau y'a peu de chances".

Ce qui l'excite le plus : " ma première transat, je n'ai encore jamais traversée l'océan en bateau, ce sera une première et sur quel bateau !"

Ce qu'il emmène  à bord absolument : "mon cahier et mon stylo"

Célestin, gabier sur l'Hermione

 

Adam, un américain sur l'Hermione - Radio France
Adam, un américain sur l'Hermione © Radio France

 

Un américain à bord de l'Hermione et en costume! Adam, 22 ans, est originaire de Boston. Et sa passion, c'est l'histoire. Pour ce voyage pas comme les autres, il sera lui aussi habillé pas comme les autres, en costume d'époque qu'il a entièrement conçu et cousu lui-même. "Pendant tout l'hiver, j'ai cousu plein de vêtements pour le voyage." À part son téléphone portable et son harnais de sécurité, il est "tout 18e" . Son objectif est de vivre la traversée comme au 18e siècle pour susciter aussi des réactions auprès du public lors des étapes. "Le public est intéressé, provoqué par comment je m'habille. Et ça commence une conversation, un dialogue pour partager l'histoire de ce bateau." Une histoire qu'il a appris ici "grâce aux guides, aux musées, au chantier". Même s'il connait parfaitement celle du marquis de La Fayette venu aider les américains lors de la guerre d'indépendance. "Lafayette est franchement beaucoup plus connu aux Etats-Unis qu'en France" . Une expérience qu'il veut mettre à profit ensuite pour sa carrière professionnelle, comme historien. Il poursuivra ses études à La Rochelle au retour. 

Adam n'a pas vraiment peur de la traversée, mais plutôt de faire des bêtises. "Pour moi américain entouré de Français, y'a beaucoup de choses à apprendre. Ne pas faire de bêtises culturelles ou linguistiques. J'ai monté sur la "verge" la première fois, parce que je n'ai pas compris que c'était "vergue" [la pièce de bois perpendiculaire au mât qui porte la voile, ndlr ]...", sourit-il dans un français presque parfait. 

hermione adm

Adam, un américain à bord de l'Hermionepar francebleu-grandouest

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