Transports

Quand TBC se bat contre la fraude dans les transports, d'autres surfent dessus à Bordeaux

Par Rebecca Gil, France Bleu Gironde mercredi 14 octobre 2015 à 19:24

Romain Favraud, administrateur de la page facebook Cache-Cache TBC
Romain Favraud, administrateur de la page facebook Cache-Cache TBC

Alors que TBC lutte activement pour réduire la fraude dans les transports en commun dans les tramway et les bus, un groupe Facebook se développe. Il permet aux utilisateurs de localiser en temps réel les contrôleurs et d'avertir les membres du groupe.

7 millions d’euros: c’est le manque à gagner que représente la fraude à Bordeaux selon Keolis. 11,2 % de fraudeurs qui empruntent chaque jour les transports en commun. Une tendance que la direction de Keolis tente d’inverser à tout prix. Depuis janvier, de nombreux dispositifs sont mis en œuvre pour lutter contre cette fraude. La semaine dernière encore, une nouvelle campagne de communication a été mise en place: des affiches ont été placardées un peu partout dans la ville avec dessus, des slogans forts tels que « si vous pensez avoir le droit de frauder, ne pensez pas, c’est mieux ! »

La nouvelle campagne de communication de TBC contre la fraude - Aucun(e)
La nouvelle campagne de communication de TBC contre la fraude

Pendant ce temps, un groupe se développe sur le réseau social numéro 1: facebook. Ce groupe, cache-cache TBC mais où sont les contrôleurs rassemble plus de 22 000 membres depuis son ouverture il y a deux ans. Il est géré par Romain Favraud, un jeune chargé de projet web de 21 ans dans une start-up. Ce groupe propose aux utilisateurs (entre autres) d’informer et d’être informé en temps réel des zones d’action des contrôleurs dans les transports. Le jeune homme est conscient du côté polémique de son groupe, mais assume pleinement.

Les fraudeurs existaient déjà avant Cache-Cache TBC, ils ne sont pas plus nombreux aujourd’hui

« Ce que je regrette, c’est que ce soit un sujet qui fâche. Pour autant, les fraudeurs existaient déjà avant l’existence de ce groupe, ils se sont juste rassemblés à travers cette page. D’ailleurs je serais curieux de connaître le nombre de fraudeurs avant Cache-Cache TBC et après, je suis sûr qu’il n’a pas beaucoup changé. Evidemment, il y a une part de gens qui découvre la fraude à travers cette page, mais je suis persuadé que ce n’est pas à grande échelle. »

Rencontre avec Romain Favraud, reportage de Rebecca Gil

En ce qui concerne les effets négatifs pour TBC, Romain Favraud n’est pas persuadé que ce soit le cas: « je suppose qu’ils se servent du feedback du groupe pour leurs actions commerciales mais aussi pour communiquer avec les usagers, et d’autre part c’est de bonne guerre. Ils s’en servent parfois pour communiquer de fausses alertes afin d’inciter les gens à valider leur ticket et leur montrer qu’ils sont présents en nombre sur le terrain. » Pour autant, ce groupe ne plait pas forcément à tout le monde, à commencer par les responsables de Keolis, mais également certains usagers.

Je paie mon abonnement tous les mois, s’ils ne paient pas ils n’ont qu’à marcher

Sandra a 20 ans et apprécie guère l’utilisation de ce groupe à des fins de fraude. « Sincèrement si je n’ai pas ma carte, si ce n’est pas loin, je préfère marcher. Je ne vais pas m’amuser à frauder et payer 90 euros d’amende. Certains ont leur carte dans leur poche et ne la passent pas dans la machine, par simple flemme. C’est ridicule. Après ils se plaignent que l’Etat prend trop d’argent. Tout citoyen doit payer son abonnement, celui qui n’en a pas n’a qu’à marcher, ou prendre un vélo. C’est le cas de ma mère, elle n’a pas les moyens de payer un abonnement, alors elle va travailler en vélo, même en hiver. »

Sandra 20 ans, utilisatrice de TBC en colère contre les fraudeurs

Alors, légal ou pas ?

L’utilisation de ce groupe est-elle illégale ? C’est la question que l’on pourrait se poser au vu de ses répercussions. Nous avons posé la question à un avocat spécialiste en droit pénal, et même pour lui, la réponse n’est pas aussi nette et tranchée« On est à la limite de la légalité, il y a une forme d’incitation indirecte à la fraude. Mais de là à dire que la démarche initiale est celle-là, ce n’est pas forcément le cas. Il s’agit peut-être tout simplement d’une démarche de solidarité avec les personnes qui sont en difficulté financière et qui n’ont pas les moyens de se procurer un titre de transport. Dans le code pénal, est-ce que l’on peut qualifier cela d’escroquerie ou de complicité d’escroquerie, cela se discute. C’est compliqué à définir. Néanmoins, l’objet principal est quand-même de contourner un système de contrôle, et donc d’utiliser les transports en commun sans titre de transport. On est sur une frontière très délicate. »

Pour cet avocat spécialiste de droit pénal on est à la frontière de l'illégalité

En attendant, Romain Favraud réfléchit à l'avenir de ce groupe, et "il y aura un totalement différent, très bientôt" assure-t-il.