Transports

Toulouse : deux passagers assignent Air France pour avoir annulé leur billet retour après avoir raté leur vol aller

Par Bénédicte Dupont, France Bleu Toulouse mercredi 2 novembre 2016 à 17:21

Les passagers font la queue au comptoir d'Air France
Les passagers font la queue au comptoir d'Air France © Radio France

Le tribunal de Toulouse examine ce 3 novembre la requête de deux passagers d'Air France. Faute d'avoir pu prendre leur vol aller Toulouse-Paris, leur retour, bien que payé, est annulé. Ils se retrouvent contraints d'acheter un nouveau billet retour, au prix fort d'un vol sec cette fois.

Cela vous est peut-être arrivé de rater votre avion. C'est embêtant, mais a priori vous avez pu partir quand même, moyennant finance, et prendre votre vol retour sans encombre. Et bien ça n'est pas ce qui est arrivé à une cliente toulousaine d'Air France et son ami. En mai 2015, après avoir raté son vol Toulouse-Paris, elle s'est rendue compte que son Paris-Toulouse avait du coup été annulé. Stella Bisseuil et son ami ont dû payer un autre billet. Cette avocate toulousaine a saisi la justice pour pratiques abusives. Le procès a lui ce jeudi 3 novembre au tribunal d'instance de Toulouse.

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EN UN CLIC - Le reportage de Bénédicte Dupont (1'14'')

Stella Bisseuil lancera peut-être une action collective. - Radio France
Stella Bisseuil lancera peut-être une action collective. © Radio France - Bénédicte Dupont

Stella Bisseuil et son ami avait en effet acheter un billet aller retour entre Toulouse-Blagnac et Paris-Orly pour rendre visite à un proche malade. Mais l'état de ce dernier se dégradant, les deux amis sont partis en urgence, plus tôt que prévu, en prenant un vol simple Toulouse-Paris opéré par EasyJet. Au retour, n'ayant pas annulé son voyage avec Air France, l'avocate arrive à l'aéroport avec les références de son billet retour en main. Mais la compagnie française leur apprend que leur vol retour est automatiquement annulé dès lors qu'ils n'ont pas pris le vol aller.

On nous a proposé un vol sec, au dernier moment, au prix fort, 400 euros, pour le même vol dont j'avais pourtant le billet. J'ai relu les conditions de vente de mon billet : Air France parle d'un réajustement tarifaire de 75 euros. Pas du tout d'une annulation pure et simple ! — Stella Bisseuil

Air France réplique qu'un vol segmenté n'est plus le même produit et n'a donc pas le même prix

L'avocate a écrit à la compagnie pour traiter le litige à l'amiable mais a reçu une fin de non-recevoir. Les conclusions, sur 27 pages de l'avocat de la compagnie, expliquent que les clients ont essayé de tricher en achetant un vol aller-retour alors qu'un vol simple est plus cher, qu'ils auraient joué sur les tarifs. Stella Bisseuil assigne Air France en justice, elle confie sa défense à une consœur et demande le remboursement de ce vol sec et un préjudice de 3.000 euros pour elle et son amie. La compagnie répond du tac-au-tac réclamant même dans ce procès des dommages et intérêts de 8.000 euros pour procédures abusives.

La procédure générale (hors compagnies low-cost) veut que le billet retour ne soit pas annulé en cas de raté sur l'aller, c'est vrai. En revanche, dès lors que vous segmentez votre voyage, les conditions de ventes ne sont plus les mêmes donc vous ne bénéficiez plus du même tarif. Il y a donc une différence tarifaire appliquée. — le service communication d'Air France

Elle reçoit des témoignages d'autres passagers et envisage une action collective

Stella Bisseuil a médiatisé son histoire et recueilli près d'une trentaine de témoignages similaires, la majorité mettant en cause Air France. Il y a par exemple le cas de Jean-Jacques, un habitant de Bagnols-sur-Cèze dans le Gard. Cet été, il achète deux allers-retour Marseille-Southampton via Orly. À l'aller, pas de problème. Au retour, les plans de Jean-Jacques et sa femme changent, leur croisière en bateau les mène au Havre plus tard que prévu, inutile de revenir en Angleterre, ils choisissent de rallier directement Orly pour prendre leur vol retour Paris-Marseille, en prévenant Air France quelques heures avant. Veto de la compagnie qui leur oppose une rupture de contrat et exige dans un premier temps le rachat global des deux aller-retours, 1.500 euros, avant de proposer un plan B, un aller-retour dont ils ne prendraient finalement que l'aller, pour 720 euros. Jean-Jacques et son épouse refusent et prennent une voiture de location pour rentrer dans le Gard.

C'est comme au restaurant, vous prenez un menu. Vous n'avez plus faim, et vous refusez de manger le plat de résistance. On ne vous fait pas payer trois fois le menu parce que vous n'avez pas mangé le plat. C'est de l'escroquerie — Jean-Jacques, un passager Air France

Avant de prendre contact avec la Toulousaine, le Gardois a écrit à la répression des fraudes qui lui a conseillé de se rapprocher de son assurance. Le règlement tarifaire des compagnies est extrêmement complexe, il n'est pas de règle absolue. En revanche, certaines compagnies appliquent la "no show fee", l'amende pour non-présentation d'un passager sur son vol aller.

Stella Bisseuil attend la décision de la justice pour peut-être monter une action collective.

Vous avez un litige avec une compagnie aérienne, contacter la Fnaut

Consulter la fiche pratique des droits des passagers aériens, rédigée par l'Institut National de la Consommation