Transports

Une nouvelle journée sans service public maritime pour la Corse?

Par Patrick Rossi, France Bleu RCFM lundi 11 janvier 2016 à 8:23

Le Girolata à quai à Bastia
Le Girolata à quai à Bastia © Radio France - Patrick Rossi

Les jours se suivent et se ressemblent en Corse où tout un chacun attend une reprise du trafic maritime entre Marseille et la Corse. Le service public est bloqué depuis une semaine maintenant. Et la tension se fait chaque jour plus forte dans l'île.

Comment la Corse pourra se sortir de cette nouvelle ou énième situation conflictuelle dans les transports maritimes? Le torchon brûle entre les responsables des différentes compagnies privées qui naviguent ou veulent naviguer entre Marseille et la Corse. Recours en justice, blocages de navires, tous les coups sont permis pour tenter de remporter une bataille navale bien mal engagée. Car personne ne semble vouloir faire un pas vers l'autre.

Corsica Linea continuera de bloquer les navires de la CMN et de la MCM

Le bras de fer se poursuit donc entre les différents acteurs de ce dossier maritime. Le dernier communiqué publié par le consortium Corsica Maritima en atteste : "Suite à l’échec de la réunion en Préfecture d’Ajaccio samedi matin nous indiquant que l’Etat n’interviendrait pas pour que notre bateau puisse accoster à Marseille malgré une décision de justice demandant aux grévistes de suspendre leurs actions, Corsica Linea a décidé à son tour d’empêcher les navires de la CMN et de la MCM, ex SNCM, d’accoster en Corse. Au moment où notre compagnie ne peut exercer librement son activité sur Marseille, il n’est pas concevable de laisser ceux qui nous empêchent de travailler sur le continent, d’exercer en toute impunité leur rotation. Aujourd’hui notre revendication est simple. Nous voulons que le droit soit tout simplement appliqué et demandons à l’Etat de prendre toutes les dispositions afin que notre navire puisse accoster sur le port de Marseille.La non-intervention des forces de l’ordre pour débloquer notre navire est une entrave à la liberté d’entreprise et de circulation. Nous ne pouvons l’accepter."

Le Stena Carrier bloqué au large de Marseille - Maxppp
Le Stena Carrier bloqué au large de Marseille © Maxppp - maxppp

Patrick Rocca : "On rajoute du désordre au désordre"

Invité à s'exprimer sur la situation, Patrick Rocca, le président de la MCM à la rédaction de RCFM

_"On vient rajouter du désordre au désordre. Depuis une semaine nous communiquons en interne. Nous essayons de ramener les salariés à la raison. On leur demande de cesser le mouvement et de permettre une libre navigation aux autres compagnies. Nous n’avons pas plus que ça de devoirs de police en mer. Nous avons condamné à plusieurs reprises cette entrave à la navigation de toutes les compagnies. Aujourd’hui on ne peut pas faire plus.Nous avons pris acte de la démarche en justice de Corsica Linea. Le TGI de Marseille lui a donné raison. La CGT a levé son blocage et mis en place un service minimum même si des craintes persistent dans les rangs des marins. Mais ce n’est pas grave. La ligne fonctionne. Mais maintenant les socioprofessionnels de Corsica Linea viennent bloquer le service public. On n’y comprend plus rien. Donc nous avons enclenché à notre tour un référé. On va essayer d’avancer dans le calme pour voir comment on peut s’en sortir. Mais ça semble très complexe. Et on ne comprend plus trop les motivations de certains.

_**N’y a-t-il pas un problème d’égo?

"Je ne dirai pas ça de cette manière. Nous avons en face des chefs d’entreprise. J’espère pour eux que le débat se situe au-delà. Aujourd’hui, il y a eu une décision de justice m’attribuant la SNCM en date du 20 novembre. Il y a eu des personnes qui n’ont pas été retenues. Des personnes se rassemblent pour monter une compagnie concurrente. Ils usent des voies légales pour contester la décision du tribunal. Dont acte. Mais dans la foulée ils viennent bloquer les bateaux de la desserte, je ne comprends pas. Aujourd’hui, la subdélégation est signée. Le service est assuré."

Quels contacts avez-vous avec l’exécutif et l’Etat pour essayer de régler cette situation ?**_

"L’Etat est aux abonnés absents. Il n’y a eu aucune discussion avec les services de l’Etat. Il aurait dû permettre de débloquer le port de Marseille pour que tous les navires puissent naviguer. L’exécutif de la collectivité territoriale, je l’ai rencontré la semaine dernière. Il y a des discussions sur la compagnie régionale, très bien. Mais que faisons-nous dans la situation d’urgence actuelle ? On n’en sait rien. Donc on attend. Sauf qu’aujourd’hui nous avons une compagnie maritime avec 900 salariés qui est à l’arrêt."

N’avez-vous pas peur que les choses vous échappent dans une telle situation ?

"Toutes les conditions sont réunies à ce jour pour que cela explose. Et d’après moi il n’y en a plus pour longtemps. Attendons encore un peu et vous verrez où nous allons arriver !"

Quelle est la solution ?

"Patrick Rocca n’a pas la solution. Il y a des décisions de justice qui ont été rendues. Il y a des instances politiques qui sont en place. Que disent les salariés ? Il y a un bateau qui est arrivé, sans respecter les règles, les « OSP ». Qu’est- ce qu’on attend donc à minima de l’office des transports ? Qu’il dise si les pratiques sont légales ou pas. Si elles sont légales, l’Etat doit faire respecter l’accès au port pour tous les navires. Mais à ce jour, les interrogations des salariés restent sans réponse."_

Patrick Rocca, le patron de la MCM (ex-SNCM)

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La Corsica Ferries ... pompier de service

Les bateaux devant assurer le service public bloqués, c'est une fois encore la Corsica Ferries qui joue le rôle de pompier. La compagnie aux bateaux jaunes a mis en place un tarif unique pour que les transporteurs corses puissent reprendre leurs activités. Pierre Mattei, le directeur général de la Corsica Ferries.

Pierre Mattei, le directeur général de la Corsica Ferries

Regard des responsables politiques sur le conflit

Jean Félix Acquaviva, le président de l'Office des Transports de la Corse - Radio France
Jean Félix Acquaviva, le président de l'Office des Transports de la Corse © Radio France - Patrick Rossi

Jean Félix Acquaviva, le président de l'office des transports de la Corse, était ce lundi matin l'invité de la rédaction. Il livre son point de vue sur la situation de crise que connait la Corse et indique les pistes sur lesquelles il travaille avec le président de l'exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse et le président de l'Assemblée de Corse.

Jean Félix Acquavia, le président de l'office des transports de la Corse

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