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Jacques Anquetil, « Mozart du Vélo »

lundi 17 juin 2013 à 15:54 France Bleu

 

Jacques Anquetil - Maxppp
Jacques Anquetil © Maxppp

 

« Je suis coureur cycliste, pas comédien. Je suis là pour pédaler, pas pour faire le clown ! » énonçait fréquemment Jacques Anquetil, archange blond et phénomène énigmatique des pelotons de la fin des Trente Glorieuses. Plus de vingt ans après sa disparition, il conserve l’image d’un champion hors normes, auteur d’exploits inégalés - assaisonnés à la sauce de la légendaire rivalité « Anquetil-Poulidor » - au franc parler souvent désarmant, grand amateur de bamboches, de champagne, de cigares, et acteur d’une vie sentimentale aussi sidérante que romanesque. Ce qu’il résumait en spécialiste du contre-la-montre : « En vérité, je n’ai pas vécu de façon désordonnée, mais je n’étais pas à la même heure que les autres ! »En 1950, à l’âge de 17 ans, Jacques Anquetil signe sa première licence chez les amateurs. Sous les couleurs du club normand de l’AC Sotteville, il remporte sa première course en 1951, et l’année suivante le Tour de la Manche, et le Championnat de France sur route.En 1953, il passe professionnel et entame une série impressionnante de victoires parmi lesquelles : Grand Prix des Nations contre la montre (9 fois entre 1953 et 1966 – Record absolu), Grand Prix de Lugano (7 fois entre 1954 et 1965), Champion de France de Poursuite (1955 – 1956), Record du monde de l’heure sur piste (1956 – 46, 519 km/h).En 1957, à l’âge de 23 ans, il dispute son premier Tour de France et s’impose, avant de récidiver en 1961, 62, 63 et 64 devenant ainsi le premier coureur à monter 5 fois sur la plus haute marche du podium à Paris vêtu du Maillot Jaune.En 1960, il est le premier Français à remporter le Tour d’Italie, dont il est également lauréat en 1964, après avoir en 1963 vaincu dans le Tour d’Espagne. Sur ces trois grands Tours, il totalise 23 victoires d’étapes.À son palmarès figurent également Paris-Nice (1957, 61, 63, 65, 66), Le Critérium de Dauphiné Libéré (1963 – 1965), Les Quatre Jours de Dunkerque (1958 – 1959), Le Critérium National (1961, 63, 65, 67), et des classiques comme Gand-Wevelgem (1964), Bordeaux-Paris (1965) et Liège-Bastogne-Liège (1966).En 1967, il bat à nouveau le record de l’heure avec 47, 493 km/h, mais sa prestation n’est pas homologuée pour cause de refus de se soumettre au contrôle antidopage.Il met un terme à sa carrière sportive en 1970. Il devient correspondant du journal « L’Équipe », consultant sur Europe1, puis sur Antenne 2, directeur de course de Paris-Nice et du Tour méditerranéen, directeur sportif de l’équipe de France, et se retire dans sa ferme de 700 hectares à Neuville-Chant-d’Oisel près de Rouen.Auteur d’une biographie « En brûlant les étapes » (1966), il fait l’objet de plusieurs ouvrages comme « Un sportif normand exceptionnel » de Cécile-Anne Sibout (2002), « Anquetil-Poulidor, un divorce français » de Jacques Augendre (2008), « Anquetil tout seul » de Paul Fournel (2012) Dans un registre plus intimiste, sa fille Sophie Anquetil a publié en 2004 : «  Pour l’amour de Jacques ».Chevalier de la Légion d’Honneur ainsi que dans l’Ordre National du Mérite, il est titulaire des titres de « Gloire du Sport », « Champion des champions français » attribué par « L’Équipe » et Sportif international de l’année » de la BBC en 1963, du Prix Henri Deutsch de l’Académie des sports (1957, 1963) et du Trophée Edmond Gentil de l’exploit cycliste de l’année (1953, 60, 63).Atteint d’un cancer à l’estomac, il disparaît en 1987. Il est inhumé à Quincampoix, en Seine-Maritime.Cageots de fraises Né le 8 janvier 1934 à Mont-Saint-Aignan dans la banlieue de Rouen, Jacques Anquetil est le fils de Marie et d’Ernest, maître-maçon. Lequel, refusant de collaborer avec l’occupant pour construire le « Mur de l’Atlantique », est remercié par son entreprise et se lance dans la culture des fraises à Quincampoix.Dès l’âge de 4 ans, l’enfant reçoit une bicyclette en cadeau, mais c’est à 14 ans qu’il enfourche la machine pour de bon afin de se rendre au collège technique de Sotteville située à 15 kilomètres du domicile familial : « Mon meilleur copain s’était lancé dans les courses, ce qui lui donnait une grosse côte avec les filles. Du coup, j’ai décidé d’en faire autant ! »À la maison, pour aider la famille, il ne rechigne pas à se coltiner les cageots de fraises ce qui lui permet de grappiller les quelques sous avec lesquels il se paie sa première licence, et il s’aligne dans les épreuves locales où il décroche les places d’honneur.Ce qui ne l’empêche pas de décrocher son CAP d’ajusteur-fraiseur, puis de trouver un emploi dans une boîte des environs. Au sein de son club, on a bien perçu son potentiel, ce qui le motive pour s’entraîner avec assiduité. Cette belle application n’est guère du goût de son patron qui le vire sans ménagement avec le justificatif écrit : « Préfère faire du vélo que de travailler ». Un petit mot qu’il a toujours conservé, comme un talisman.Exploits et agapes Cœur solide au rythme particulièrement bas – 47 pulsations à la minute au repos – capacité pulmonaire exceptionnelle, grande souplesse musculaire, sens tactique particulièrement développé, gestion scientifique de l’effort au point de paraître calculateur, froid, indifférent, sont les marques de fabrique de Jacques Anquetil, chez qui certains pointent l’art de « pédaler moins pour gagner plus », et qu’Antoine Blondin surnommait : « Le gérant de la route ».Réussir son pari de porter le Maillot Jaune de la première à la dernière étape du Tour en 1961, gagner coup sur coup le Dauphiné Libéré  et Bordeaux-Paris séparés de quelques heures seulement passés dans un avion, constitue des hauts-faits d’armes au panache indiscutable, gravés en lettres d’or sur les tablettes du cyclisme. D’un autre côté, il n’a jamais caché ses folles nuits à engloutir langoustes, poissons, fruits de mer – ses péchés mignons – arrosés de muscadet, de champagne, et à battre les cartes de poker ou de whist entre les verres de whisky et la fumée des cigarettes, en joyeuse compagnie : « Il suffit que je me sente prisonnier d’un mur pour que je le saute ! C’est un réflexe ! Sur le Tour, je bois et je mange ce qui me plaît, parce que là, j’élimine ! Et j’ai gagné le Tour de Sardaigne en goûtant chaque soir aux spécialités locales ! »De quoi rendre perplexe plus d’un émerveillé de son élégant coup de pédale, surtout qu’en matière de dopage, il n’a jamais entretenu de quelconque mystère : « Il faut être imbécile ou faux jeton pour prétendre qu’un cycliste professionnel peut tenir le coup en marchant à l’eau minérale. Tout le monde se dope, et moi aussi ! Il suffit de regarder mes fesses, avec les piqûres de seringues, ce sont des véritables écumoires ! » Sa fille Sophie confirme : « À la ferme, il dopait le personnel, et même les poissons rouges, pour voir ! »Trop fort pour être aimé En général dès le retour des hirondelles, la France sportive des années 60 se coupe en deux et commence à s’enfiévrer d’un psychodrame qui atteint son paroxysme à l’approche du Tour. Alimentée par la radio, la télé, les journaux, la rivalité Anquetil-Poulidor – avec ses batailles homériques comme la montée du Puy de Dôme au coude à coude – divise le pays entre les « Anquetiliens » et les « Poulidoristes ». Dans ce combat de Titans, « Poupou », artisan consciencieux du pédalier, modeste agriculteur du Limousin, malchanceux en diable et « éternel second » suscite la compréhension, l’affection, voire la tendresse de ses admirateurs. Pour « Maître Jacques », comme le nomment ses fans, c’est très différent. Comme le note l’écrivain Paul Fournel : « Sur son vélo, c’était Superman. Un vrai aristo. Il régnait en maître, superbe, bravache, iconoclaste. Son copain Géminiani considère qu’il « faisait du cyclisme comme Mozart de la musique ! » On l’admirait, on pouvait s’identifier à lui, mais il n’était pas populaire. Il était distant, il fuyait la foule. Être aimé n’était pas son souci. Courir était pour lui un métier, pas une passion ! D’ailleurs, à partir du jour où il a raccroché, il n’est jamais remonté sur une bicyclette ! »Pour l’ancien champion Cyrille Guimard : « C’était un prince ! Il avait un truc en plus, un supplément d’âme et de classe ! » Bonne fille, l’Histoire a fini par faire des deux rivaux longtemps irréconciliables les meilleurs amis du monde.Le sultan et son harem familial En 1957, Jacques Anquetil séduit Jeanine la femme de son médecin. Le toubib est furieux et séquestre la belle. Le « Vicking de Quincampoix » vient la délivrer, l’épouse, et recueille Annie et Alain, les enfants de la fugueuse, qu’il élève tel un papa gâteau.  La belle blonde « Nanou » devient son coach, mais ne peut lui donner de descendance. Elle demande donc à Annie de s’y coller. À 18 ans, la jeune fille – amoureuse de son beau-père – accepte et devient la mère de Sophie. Dès lors « Maître Jacques » partage ses jours et ses nuits entre Nanou et Annie. Laquelle finissant par se lasser d’une telle situation, part changer d’air. Furieux, « Le Sultan », comme l’ont baptisé ses compagnes, embarque alors Dominique, la femme d’Alain à qui il fait un autre enfant, Christopher, et qui restera à ses côtés jusqu’à la fin. Vous avez suivi ?Cette saga sentimentale fait écrire à Jean-Louis Le Touzet dans « Libération » : « Sa vie de champion a souvent été un outrage au bon sens et à la morale ! »Quoi qu’il en soit, lui qui aimait observer les étoiles avec son télescope ne manquait pas d’humour. À Raymond Poulidor venu le visiter sur son lit de mort, il déclara tout de go : « Mon pauvre Poupou, encore une fois, tu vas finir deuxième ! »

 

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