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Jacques Goddet, l’entrepreneur visionnaire

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Par France Bleu

Jacques Goddet
Jacques Goddet © Maxppp

 

« Derrière les coureurs, j’ai vécu une aventure fabuleuse ! Elle m’a plongé dans un roman-fleuve dont je ne me suis jamais lassé de tourner les pages ! » écrit dans ses Mémoires Jacques Goddet. Casque colonial, short et chemisette kaki, chaussettes blanches consciencieusement tirées jusqu’aux genoux, visage ovale à fine moustache, verbe généreux, l’emblématique directeur du Tour de France au look de général de l’Armée des Indes a mené durant 50 ans - debout dans son Hotchkiss et porte-voix en bandoulière - ses troupes de cyclistes avec la maestria d’un chef d’orchestre rompu aux pièges de toutes les partitions. Journaliste consciencieux, homme de presse avisé, directeur estimé du journal « L’Équipe », il a traversé le XX° siècle en perpétuel mouvement : « La passion ne prend pas de retraite. J’envisage la vieillesse comme un privilège. Le seul inconvénient, c’est qu’il ne dure pas ! » Son inlassable activité a pourtant cessé le jour de son départ vers l’au-delà, le 15 décembre 2000. 

 

Les soubresauts de l’Histoire

Né à Paris le 21 juin 1905 à Paris, Jacques Goddet est le fils de Victor, contrôleur au Vélodrome parisien, et grand copain du coureur Henri Desgranges. Les deux amis fondent le journal « L’Auto-Le Vélo » qui organise le premier Tour de France en 1903.Le jeune Jacques passe ses premières années dans les ambiances enfiévrées du vélodrome, fasciné par les champions de l’époque. Puis il est envoyé en Angleterre pour suivre ses études au collège d’Oxford. Il s’y ouvre l’esprit tout en pratiquant l’aviron, la course à pied et surtout le rugby qui devient sa grande passion. En 1920, son père le rappelle à « L’Auto » et il tourne dans les services du journal avant de partir en 1932 à Los Angeles où il est le seul journaliste de la presse française envoyé spécial aux Jeux Olympiques.En 1936, couvrant les JO de Berlin, il se fait connaître par le ton de ses articles : « Ce ne sont pas les Jeux de Berlin, ce sont les Jeux du Reich ! Les Jeux défigurés ! L’idéal de Pierre de Coubertin s’est évanoui effacé par la propagande ! »Il devient rédacteur en chef, et assiste Henri Desgranges à la direction du Tour de France.Survient la seconde guerre mondiale qui chamboule les champs de bataille, les esprits, et les calendriers sportifs. À la Libération, la parution de « L’Auto » est suspendue et ses biens mis sous séquestres. Il est reproché à Jacques Goddet d’avoir publié dans son journal des articles commandés par l’Occupant, et d’être propriétaire du « Vel’d’Hiv », théâtre de la rafle de sinistre mémoire. Il se défend en précisant que son imprimerie a beaucoup travaillé la nuit pour fabriquer tracts et autres publications clandestines pour la Résistance et qu’il a refusé d’organiser le Tour malgré les injonctions allemandes durant toute la guerre. L’intervention et le soutien de résistants notoires comme le « colonel Guillaume », Émilien Amaury ou Jacques Chaban-Delmas lui permettent de relancer en 1947 un nouveau journal de sport intitulé « L’Équipe », et du coup, par la même occasion, le Tour de France.

Carte de Presse

« Écrire dans un journal d’actualité, c’est dépeindre et faire comprendre, apporter une explication, juger même, influencer peut-être, donner des idées en tout cas. Cela peut devenir une sorte de mission ! » estime Jacques Goddet tout au long de sa carrière de journaliste, qu’il considère comme un genre de sacerdoce au service de l’éducation populaire : « Faire ce métier est la fierté de ma vie ! ». La morale est son grand souci. Éditorialiste redouté, c’est également « le Patron » de « L’Équipe », qui ne prend pas de gants pour houspiller ses collaborateurs  : « C’est lamentable ! C’est pitoyable ! On se déshonore ! » sont des formules encore présentes dans l’oreille de quelques témoins de houleuses conférences de rédaction.C’est que l’homme de presse pense sans arrêt à la bonne marche de son entreprise qui est devenue avec le temps « le » journal de référence en matière de sport. C’est pour en améliorer sans cesse le tirage qu’il « invente » dans les années 50 des épreuves devenues prestigieuses comme les Coupes d’Europe de Football, de Basket, d’Athlétisme, la Coupe du monde de Ski, puis la « Route du Rhum », course de voile, et d’innombrables réunions de cyclisme ou de boxe, dirigeant par ailleurs le Parc des Princes, le Palais des Sports, et le Palais Omnisport de Paris Bercy, créant de surcroît en compagnie de Raymond Marcillac l’émission de télé « Les Coulisses de l’Exploit ». « Je n’ai eu pour seul souci que de regarder devant moi ! » écrit-il dans sa propre biographie, omettant de préciser - sans doute par modestie - son appétit pour les nouveautés techniques qui lui permettent de mener à bon port son entreprise jusqu’en 1965, où « L’Équipe » dont il conserve la direction jusqu’en 1984, est rattachée au « Parisien Libéré ».Comme l’écrit l’historien Philippe Brunel : « Ce bâtisseur de légendes avait horreur de l’immobilisme. C’était tout le contraire d’un sentimental. Son influence s’étendait dans tous les domaines du sport dont il défendait les valeurs fondamentales : la volonté, le courage, le fair-play ! »De son côté, le sociologue Reydecali considère qu’ « archétype du visionnaire, ce prophète inspiré a laissé à ses héritiers un legs perpétuel et permanent, en traversant le siècle tel une étoile filante dont la lumière incandescente balise encore nos routes ».

Jubilation de gamin

« Vous êtes le président de la France en vacances ! » lui écrit un jour Françoise Giroud.C’est sûr, la grande affaire de Jacques Goddet reste le Tour de France qu’il retrouve de 1936 à 1987, toujours « avec une jubilation de gamin ». Certes il n’a pas le caractère facile, mais c’est un séducteur, un enjoué, un classieux pétri de culture anglaise qui adore les calembours et les bonnes histoires. Thé et œufs au bacon au petit-déjeuner, familier et affectueux avec ses collaborateurs qu’il appelle tous « mon vieux », et comme s’en souvient Robert Lelangue son chauffeur, très méticuleux : « Il se soignait comme s’il disputait lui-même le Tour, surveillant scrupuleusement son alimentation et ses heures de sommeil, et puis, c’était un curieux inlassable, il voulait être tenu au courant de tout ! » Ce qui peut paraître logique pour le Grand Timonier de cet univers de tous les courages et de toutes les combines, surtout quand il faut contrôler ses mutations durant un demi-siècle qui va de l’entre-deux-guerres à la civilisation post-industrielle en passant par les trente glorieuses. Des maillots en coton avec boyau de secours croisés dans le dos de Coppi aux roues lenticulaires et casque profilé de Greg Lemond. Là-dessus le Guide n’a jamais été pris au dépourvu : « Le Tour appartient à tout le monde ! Il fait partie du patrimoine ! Il doit refléter son époque ! Il doit rendre la France plus visible et plus vivante ! »Internationaliste convaincu, là où il est, il ne doit pas être mécontent de l’évolution de la composition du peloton, au sein duquel sont désormais présents tous les continents de la planète. On est loin du vieux conciliabule entre français, belges, espagnols et italiens. Le Luxembourg, l’Autriche faisant office de contrées exotiques.Revers de la médaille, les pratiques ont elles aussi évolué, ce qui n’a jamais échappé au général en chef : « Mon pire souvenir, c’est la mort de Simpson sur les pentes du Ventoux en 1967, victime de la chaleur et des amphétamines. Ce jour-là, je me suis demandé si on devait continuer à organiser une compétition qui pousse un athlète à se conduire de pareille façon ! »Pour parer à ce qu’il a toujours appelé « le doping » - on l’a dit « ébloui » par les années 50, mais « aveuglé » dans les années 60 - il a fini par se forger une certitude : « Cette course à l’armement musculaire, ces transformations du corps et de l’esprit font courir un grand danger à tous les sportifs. On devrait créer La Confédération Mondiale du Sport, une espèce d’ONU, un organisme indépendant pour arriver à contrôler et à éradiquer tout ça ! »Paroles sages et prophétiques - restées vœu pieu - et qui, à l’aune de la monumentale escroquerie de Lance Armstrong entre autres, montrent bien la lucidité mais aussi l’impuissance du « Major ».

Fantastique atelier d’écriture

Cumuler les casquettes d’organisateur et de directeur du Tour avec celles de journaliste n’a jamais causé de souci à Jacques Goddet, éditorialiste lyrique et exigeant se permettant de traiter dans ses colonnes un Anquetil passif revêtu de la toison d’Or, de « Nain Jaune », et pestant régulièrement quand la course prenait des allures de promenade de santé.Sous sa férule, la plus romanesque des épreuves où tout est démesuré - exploits, défaillances, joies, drames et scandales - a conservé son caractère de fantastique atelier d’écriture ambulant. Après Colette, Albert Londres, Hemingway et Céline, il a inspiré des plumes telles que Frédéric Dard, Jean D’Ormesson, Luis Nucera, et bien sûr Antoine Blondin pour qui « il faut gagner à Ventoux ! ». Aragon évoque « cette odeur d’asphalte, d’essence et de sueur qui préside à cette fête d’énergie nationale qui mêle la réclame, les affaires, l’industrie et l’héroïsme ». Décoré de la Légion d’Honneur, de l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre 1939-1945, Médaille de la Résistance et du Mérite Sportif, auteur de « L’Équipée Belle », son autobiographie parue en 1991, Jacques Goddet s’en est allé en déclarant : « Le Sport a des avenirs merveilleux ! »

 

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