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Jeannie Longo et l’impossible éternité

-
Par France Bleu

 

jeannie Longo
jeannie Longo © Maxppp

 

« Je suis une battante ! J’ai toujours tout donné en essayant d’être utile ! Rien n’est plus beau et plus indispensable ! Lorsqu’on ne sert plus à rien, on n’existe plus ! » Bouclettes au vent, visage taillé à la serpe, traits quelque peu burinés par les efforts et les épreuves de la vie, regard encore juvénile bien que parfois empreint de mélancolie et tête rentrée dans les épaules, Jeannie Longo conserve à 55 ans l’allure d’une adolescente récalcitrante au caractère bien trempé. « Je n’ai toujours pas l’impression d’être une adulte ! » confesse la championne la plus titrée d’Europe, véritable phénomène de longévité sportive qu’on a du mal à imaginer un beau jour sans son vélo.

Après avoir brillé au sein de l’équipe de France de ski alpin, Jeannie Longo se lance dans le cyclisme en 1978, à l’âge de 20 ans.En 1979, elle remporte le championnat de France sur route. Ainsi, elle entame une carrière d’une durée exceptionnelle et unique en son genre : 35 ans de pratique au plus haut niveau. En même temps, elle inaugure un palmarès d’une richesse inégalée dont on peut – faute de pouvoir être exhaustif – dégager les grands faits d’armes : - Médaille d’Or de cyclisme sur route aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, médaille d’argent en 1994, médaille de bronze en contre-la-montre en 1996 et 2000.- 13 titres de Championne du monde (5 sur route, 4 contre-la-montre, 3 en poursuite, 1 en course aux points).-  59 titres de Championne de France dont 20 sur route, 12 contre-la-montre et 5 de poursuite.-  Trois Tours de France, assortis de 27 victoires d’étapes.-   Recordwoman de l’heure en 1996 à Mexico (48,159 km)-   Victorieuse des Tours du Colorado (1981, 85, 86, 87), de Colombie (1987, 88), du Texas (1984, 85), de Norvège (1985), -   Une ribambelle de bouquets dans des épreuves comme le Grand Prix des Nations, le Chrono des Herbiers, le Ronde de l’Isère, l’Étoile vosgienne, les Tours de Vendée, de l’Aude ou du Finistère, le Women’s Challenge, la Killington stage race, ou la North End Classic.Elle est également lauréate des Six Jours de Grenoble (1984, 86, 87, 88), du Critérium des As (1984, 86, 87, 89), du Super Prestige Pernod (1985, 86, 87), en et cross-country VTT, vice-championne du monde (1993), championne de France (1994), et détentrice de la Coupe de France en 1995.En 1987, elle est élue « Champion des champions » successivement par le journal L’Équipe et par Antenne 2, « Sportif européen de l’année » en 1989, et en 2000 « Guidon d’Or » et « Sportive du siècle ».Elle est l’auteur de trois ouvrages : « Du miel dans mon cartable » (1988), « Vivre en forme » (2002), « Jeannie par Longo » (2010).Commandeur de la Légion d’Honneur et dans l’Ordre National du Mérite, Médaille d’Or de la Jeunesse et des Sports, elle est également titulaire des médailles du Mérite et du Dévouement français, du Mérite sportif de la Côte d’Ivoire, Chevalier du Mérite colombien et Citoyenne d’Honneur du Texas.Contrôlée positive à l’éphédrine et suspendue un mois en 1987, « relaxée de toute poursuite disciplinaire » par la Fédération Française de Cyclisme en 2011 après s’être soustrait à trois contrôles anti-dopage, elle est mariée depuis 1985 avec son entraîneur Patrice Ciprelli, récemment mis en examen pour achat de produits dopants. Le couple vit dans la cité iséroise de Saint-Martin-le-Vinoux.Pianiste à ses heures, elle fut – de 1989 à 1995 – adjointe au maire de Grenoble, Alain Carignon. Bergère ou ermite Jeannie Longo voit le jour le 31 octobre 1958 à Annecy. Son père Jean, entrepreneur en travaux publics, est un montagnard accompli. Sa mère Yvette – institutrice et prof de gym de formation – s’occupe du foyer tout en pratiquant l’athlétisme et le basket. C’est dans une ambiance chaleureuse et sportive que grandit la petite Jeannie : « Mes sœurs et moi, on était choyées. À la pause de midi, maman venait nous chercher à l’école avec les sandwiches, et on filait à la piscine. Le week-end, on partait avec les casse-croûte faire des grandes balades en montagne. A vélo, on allait en classe, chercher le lait, et dès l’âge de 12 ans, avec les copines, on montait les cols des Aravis, de la Colombière et on se régalait des paysages grandioses des Alpes ! »Précoce, la gamine, mais loin d’envisager sa vie sur une selle, car, amoureuse de la nature, elle se voit plutôt « bergère ou ermite ».En attendant, c’est une élève brillante,  : « Maman m’ayant appris à lire, écrire et compter bien avant 6 ans, j’ai démarré ma scolarité sur les chapeaux de roues. Mais au lycée, ça s’est gâté. Je me suis dissipée. On m’appelait « Calamity Jane », vu mes talents à faire des bêtises ! »Lectrice assidue, l’adolescente profite des talents maternels : « L’autre passion de ma mère, c’était le piano. J’ai pu très tôt profiter de ses leçons. J’étais assez douée, ça m’a donné le virus. J’ai failli me présenter au Conservatoire ! »Mais c’est à la fac de Grenoble qu’elle s’illustre, décrochant des diplômes en Mathématiques, Gestion des entreprises, en Droit et Économie du Sport. Matheuse, et philosophe entichée de Nietzsche, le théoricien du « dépassement de soi ». Déjà.Ses talents de skieuse lui ouvrent les portes de l’équipe de France Universitaire. C’est là qu’à 18 ans, elle rencontre Patrice Ciprelli, un slalomeur talentueux et solitaire qui va la mettre pour de bon sur un vélo, et lui tracer un destin.Jus de carottes et purées de betterave Les premiers succès de Jeannie Longo, acquis sous la présidence de Giscard, datent d’avant le téléphone portable et Internet, une époque où ses dernières concurrentes n’étaient pas encore nées. Cette longévité unique dans les annales du sport de haut niveau soulève stupéfaction, admiration, respect et interrogations. Elle l’explique d’abord par une hygiène de vie irréprochable : « Je suis totalement bio ! Mon corps ne supporte pas la chimie, pas plus que le parfum ou la lessive. Je ne mange que du frais que je passe un temps fou à cuisiner, et quelques compléments alimentaires. Je suis capable d’efforts intenses, je sais gérer mon corps et emballer mon cœur ! Et je m’entraîne toute l’année, même en plein hiver quand d’autres se bronzent au soleil des tropiques ! » À ces recettes basiques, son ostéopathe rajoute « une force mentale hors du commun ».Cependant, la planète du vélo en est persuadée, elle ne serait pas devenue « La Longo » sans Patrice Ciprelli, à la fois mari, manager, entraîneur et mentor. Pygmalion discret, homme de l’ombre surnommé « Le Sanglier », professionnel aguerri et exigeant en matière de discipline sportive avec qui elle forme un couple fusionnel qui a toujours tracé son sillon de façon marginale, avec ses propres méthodes, sans se mélanger au gros du peloton. « Une sorte de secte à deux qui a toujours fait bande à part », persifle un directeur sportif.Les triomphes ont longtemps fait passer au second plan les bisbilles avec la Fédération, le caractère entier de celle qui se vantait d’être « l’emmerdeuse », les prises de bec avec les concurrentes parfois jalouses qui auraient bien « poussé un peu mamie dans les orties ». Seule la victoire est jolie.Un tandem qui déraille En 2011, l’EPO et la justice rattrapent l’équipage et les années se font plus pesantes dans les mollets de l’inoxydable championne. Alors le rideau se déchire sur des réalités moins souriantes. Un mari volage surnommé « Cipré – du – lit » se mettant à coacher la jeune cycliste et principale rivale Edwige Pitel, jusqu’à en faire sa maîtresse. Une Jeannie désappointée, déçue, amère, qui se lâche avec sincérité : « Je suis la poupée qu’il a fabriquée ! C’est un vrai tyran, un jusqu’au-boutiste. Chaque fois que j’ai voulu arrêter, il a toujours su me relancer. Si j’ai si longtemps couru, c’est pour ne pas le perdre. Notre lien, c’est le vélo. Sans le vélo, tout est fini ! »  Il arrive un moment où il faut savoir « tuer le père », mais elle n’en paraît pas capable. Elle évoque souvent l’enfant qu’elle a longtemps désiré, et dont il n’a jamais voulu. Elle n’a jamais caché ses « pensées noires, suicidaires », et ses amis se font parfois du souci…On ignore dans quelle ambiance ils survivent, retirés dans leur beau chalet montagnard de Saint-Martin-le-Vinoux, mais Jeannie continue à y savourer son amour pour la nature : « Je suis en compagnie des rouges-gorges qui cognent au carreau, des mésanges huppées qui s’étirent sur le bord de la fenêtre, avec mes copines les trois chèvres Binette, Binet, et Diabolo ! »Quand elle ne gravit pas un col, elle soigne ses poules, ses lapins, mijote des petits plats et astique sa maison.Au milieu des innombrables coupes et trophées  qui s’entassent dans le salon, témoins de son épopée formidable, elle entretient ses doigts de pianiste – spécialiste de Bach – cultive son goût pour la lecture, l’écriture, et la philosophie : « Vieillir, c’est une injustice, mais je ne cours pas après une éternelle jeunesse ! »Heureusement quelques petits bonheurs sont toujours au rendez-vous : « Maintenant, on commence à voir mon vrai caractère, mon côté plus humain ! Plein de gens me congratulent et me remercient de leur redonner le moral ! »C’est sûr, « La Longo » n’a pas encore mis pied à terre !

 

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