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Laurent Fignon : le panache et la méthode

lundi 17 juin 2013 à 17:50 France Bleu

 

Laurent Fignon - Maxppp
Laurent Fignon © Maxppp

 

« Un coureur est là pour faire le spectacle, pas pour se plaindre ! J’ai horreur des pleureuses ! » Avec ses yeux bleus, ses cheveux blonds, sa queue-de-cheval à catogan, ses lunettes rondes de prof, Laurent Fignon, bachelier à l’élocution claire et au franc-parler redouté, est souvent surnommé « L’Intello ». Star atypique et infatigable baroudeur des pelotons des années 80, il reste dans la mémoire collective – davantage qu’un double vainqueur de l’épreuve – celui qui perdît le Tour de France d’un souffle sur les Champs-Élysées, puis le commentateur avisé de Télévision capable de bousculer la langue de bois. Face à la maladie implacable, il est resté jusqu’au bout le vaillant bagarreur qui ne plie qu’au dernier moment. En 1976, Laurent Fignon signe sa première licence à la Pédale Combs-la-Villaise en Seine-et-Marne, et gagne la première course qu’il dispute, à Vigneux-sur-Seine, prélude à la cinquantaine de victoires qu’il remporte chez les amateurs.En 1982, il passe professionnel au sein de l’équipe Renault dirigée par Cyrille Guimard, s’octroyant d’emblée le Critérium International. D’abord équipier modèle, il contribue aux succès de son patron Bernard Hinault dans le Tour d’Italie, puis, en 1983 dans le Tour d’Espagne.Cette année-là, Hinault déclarant forfait pour le Tour de France, il saisit sa chance, ramène le Maillot Jaune à Paris, et remporte ainsi son premier Tour à l’âge de 23 ans.En 1984, Champion de France sur route, il réédite l’exploit et s’offre le doublé aux Champs-Élysées, assorti du titre de meilleur grimpeur et de 5 victoires d’étape.Entre 1985 et 1988, il traverse une période délicate et ne brille guère dans la Grande Boucle. Mais il parvient à s’adjuger la Semaine Cycliste Internationale (1985), la Flèche Wallonne (1986), Milan-San Remo, Paris-Camembert, Le Tour de la Communauté Européenne (1988), de nombreuses places d’honneur dans les classiques comme le Grand Prix des Nations ou Paris-Roubaix, et des étapes sur Paris-Nice, La Route du Sud ou le Dauphiné Libéré.En 1989, il triomphe au Tour d’Italie et s’aligne en favori au départ du Tour qui se termine par un mano a mano  au cours duquel il perd l’épreuve pour 8 secondes au profit de l’Américain Greg Lemond. Cette mésaventure légendaire lui acquiert l’affection du public et fait de lui un champion populaire.À son palmarès figurent également le Tour des Pays-Bas, le Grand Prix des Nations, le Trophée Baracchi, le Tour du Mexique, les Six Jours de Grenoble.Il met fin à sa carrière sportive en 1993.Il se lance alors dans l’organisation de courses cyclistes comme Paris-Nice ou le Trophée des Grimpeurs, et des expériences parfois difficiles, comme celle de monter un hôtel restaurant et centre d’entraînement du sport cycliste à Bagnères-de-Bigorre. À partir de 1994, il devient consultant pour Eurosport puis pour la Radio Télévision belge francophone en 2004 et 2005.En 2006 il intègre l’équipe de France Télévisions et relate durant les années suivantes les évènements en direct aux côtés d’Henri Sannier, puis de Thierry Adam.Après avoir annoncé d’être atteint d’un cancer du tube digestif, et malgré une voix altérée par son état, il est encore fidèle au poste en juillet sur le Tour 2010, avant de succomber le 31 août à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à l’âge de 50 ans.Il fait l’objet de trois ouvrages : « Laurent Fignon » par Jean-Paul Ollivier (2001), « La Dernière Échappée » par Laurent Versini (2010), « Laurent », écrit par sa femme Valérie, le docteur Michel Cymes, et le journaliste Patrice Romedenne (2013).En 2009, avec la collaboration de Jean-Emmanuel Ducoin, il a publié une autobiographie intitulée : « Nous étions jeunes et insouciants ».L’appel des routes verdoyantes Laurent Fignon voit le jour le 12 août 1960, à Paris, au pied de la Butte Montmartre. Trois ans plus tard, son père chef d’atelier dans une usine de tôlerie et sa maman, mère au foyer décident de partir respirer le bon air de la campagne en Seine-et-Marne. C’est donc à Tournan-en-Brie que grandit le futur champion dont se souvient encore l’une de ses enseignantes, Irène Frain : « C’était un gamin blond, mal attifé, mi-sérieux, mi-narquois. C’était un rationnel, un pragmatique, et sous ses airs sages, un rebelle ! »Si Ronsard, Rabelais ou Corneille ne sont pas la tasse de thé de l’adolescent, la future romancière parvient peu à peu à faire de son élève un fan de livres et de littérature.D’abord adepte de foot, de hand, de natation, voire de volley, le jeune Laurent décroche son baccalauréat, entre en fac, et s’imagine vétérinaire ou ornithologue.Cependant, avec leurs bicyclettes, ses copains sillonnent les routes dans la nature briarde et se lancent des défis gigantesques au cours de folles chevauchées. Du coup, il demande à son père de ressortir son vieux biclou de la cave pour se joindre à ses petits camarades : « Ce fut une vraie révélation ! » Adieu la Fac, les amphis, les plans de carrière… Bonjour les courses de village, et le début d’un parcours amateur en ascension permanente jusqu’à l’admission à l’école militaire des sportifs de haut niveau du Bataillon de Joinville.« Vainqueur et loser » « Ma grande fierté, c’est d’avoir gagné toutes sortes de courses, et de toutes les façons possibles ! Au sprint, en partant de loin, échappé tout seul, des arrivées en montagne, des contre-la-montre en plat, en côte, des prologues, des classiques d’un jour et des épreuves par étapes ! Et de mes débuts jusqu’à ma retraite, d’avoir tous les ans soulevé des bouquets de vainqueur ! » C’est ainsi que Laurent Fignon revisitait sa carrière sportive faite d’heures de gloire, de sales pépins, tendinites, refroidissements, ver solitaire, périodes de doute, longs retours à l’anonymat, sombres naufrages et brillantes résurrections : « Je ne sais pas gérer les moments de crise, il faut toujours que j’aille au fond du trou ! » Mais sans cesse fidèle à son principe : « Un cycliste, c’est quelqu’un qui se relève toujours, quelle que soit la chute ! »Certes, lui restaient en travers de la gorge ce Giro de 1984 volé par Moser et les magouilles transalpines, et surtout ces 8 secondes concédées à Lemond équipé d’un guidon de triathlète non réglementaire à l’arrivée du Tour 1989 : « Ah ! ces 8 secondes ! » tempêtait-il « pas une semaine sans qu’on m’en parle ! On ne fait jamais son deuil d’un événement aussi violent ! » Son manager Cyrille Guimard note : « Après ça, il ne fut plus jamais le même ! C’est le plus bel exemple de carrière inachevée ! »Champion de caractère Au-delà de cette mythique défaite gravée sur les tablettes de l’histoire de la Petite Reine, chacun aime à évoquer chez Fignon, le puncheur de dimension chevaleresque, fin tacticien, inlassable attaquant au courage exemplaire, si différent de ses collègues, et au caractère bien trempé.Pour Jean-Marie Leblanc ex-directeur du Tour : « C’était un franc-tireur, un insoumis, qui avait la certitude parfois agaçante d’avoir toujours raison ! » Certains le disaient « hautain, cassant, froid, indifférent ». D’autres le voyaient « ombrageux, provocateur, mais aussi sincère et attachant, genre ni Dieu, ni Maître ». D’où de nombreux et parfois cocasses épisodes avec les journalistes qui le considéraient comme « pas toujours très accommodant ». Il s’en expliquait avec sa simplicité coutumière et sa franchise qui pouvait gêner : « C’est vrai qu’après ma deuxième victoire dans le Tour, je ne touchais plus terre. J’ai pris la grosse tête. J’étais imbuvable ! Mais après, je me suis amélioré ! En fait, si j’étais fait pour devenir un champion, je ne n’étais absolument pas programmé pour être un homme public ! Et puis, sans être un bourgeois, j’avais quand même fait quelques études, et je n’étais pas disposé à tout supporter ! »Ses proches le décrivent comme « tout le contraire d’un ascète, et qui n’envisageait la pratique de son sport que dans la bonne humeur ».Transparence et dignité Contrôlé deux fois positif, Laurent Fignon, a su jouer cartes sur tables en matière de dopage : « J’ai connu la période « hippie » du vélo. Comme tout le monde, pour améliorer les performances, j’ai pris des amphétamines, de la cortisone… Comme on dit, j’ai « fait le métier » et je n’en ai pas honte. La tricherie est partout dans la société ! Mais en 1993, quand j’ai vu des modestes équipiers monter le Galibier et l’Izoard comme des avions le sourire aux lèvres, j’ai compris qu’on avait changé d’époque. Pour ne pas passer à l’EPO ou aux manipulations sanguines, je suis parti sur la pointe des pieds, et sans aucun regret ! Je ne vois guère comment on peut s’y prendre pour arrêter ce dopage scientifique ! »D’après ses médecins, ce n’est pas forcément ses recettes encore artisanales pour « saler la soupe » qui sont à l’origine du cancer qui a constitué la dernière grande bataille livrée – avec transparence et dignité – par l’ancien boutefeu des joutes dantesques et colorées de l’armada pédalante aux muscles d’acier et aux fortes âmes.À sa fidèle et solide compagne Valérie, l’amateur de golf, de plongée sous-marine et de belles lectures s’est confié avant le grand départ : « J’aurais voulu être champion du monde, gagner plus de Tours, plus de classiques… Mais j’ai vécu des années fantastiques, et j’ai eu la plus belle vie que l’on puisse imaginer ! Je n’ai pas d’autres mots pour le dire ! »

 

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