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Légendaire Fausto Coppi !

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Par France Bleu

 

 

« C’était le plus Grand ! » Espèce d’échassier aux jambes interminables, au petit torse, à la maigre figure d’oiseau de proie, au nez long et fin, aux yeux globuleux et au regard sombre souvent dissimulé derrière des lunettes noires tel une diva, Fausto Coppi fait encore l’unanimité sur la planète Vélo. Son nom y résonne, synonyme de destin hors du commun. Personnage inégalé et trop tôt disparu, tutoyant avec assiduité et élégance le glorieux, le tragique ou le romanesque, « Le Campionissimo » inspire toujours le respect, la fascination, la nostalgie de ses épopées mémorables, gravées dans la « Légende des Cycles », à l’époque où les coureurs ferraillaient en maillots de jersey, cuissards en coton, et boyaux de secours croisés sur les épaules.

En 1937, âgé de 18 ans, Fausto Coppi remporte sa première course, et se distingue ensuite dans la catégorie  « amateurs et indépendants » sur le Tour du Piémont et la Coupe de la Ville de Pavie.En 1939, il passe professionnel. En 1940, il triomphe dans le Tour d’Italie.Entre 1941 et 1942, bénéficiant d’un régime de faveur des armées pendant la guerre, il empoche les Tours, d’Émilie, de Toscane, de Vénétie, les Trois Vallées varésines, les titres de Champion d’Italie sur route, sur piste et le Record de l’Heure (45, 798 kms au Vigorelli en 1942).Puis, il est envoyé en Tunisie où il est fait prisonnier par les troupes de Montgomery.À partir de 1945, il reprend ses activités professionnelles et poursuit une carrière hors du commun, à l’image de son palmarès aux multiples points forts : - 2 Tours de France (1949, 1952), 9 étapes, 1 classement du Meilleur grimpeur.- 5 Tours d’Italie (1940, 47, 49, 52, 53), 22 étapes.- Sur route, une fois Champion du monde (1953) et 4 fois Champion d’Italie (1942, 47, 49, 55)- Sur piste, en poursuite, 2 fois Champion du monde (1947, 49), et 4 fois Champion d’Italie (1940, 41, 42, 47, 49)- Une somme impressionnante de victoires souvent répétées dans des épreuves aussi variées que Le Critérium des As, Paris-Roubaix, Milan-San Remo, La Flèche Wallonne, les Grands Prix des Nations, de Lugano, de la Méditerranée, du Progès de Lyon, les Tours de Romagne, de Lombardie, de Campanie, le Bol d’Or des Monédières ou le Trophée Baracchi.En 1958, il enlève les 6 jours de Buenos-Aires.En décembre 1959, en compagnie de stars du vélo de l’époque comme Jacques Anquetil ou Raphaël Géminiani, il part au Burkina Faso disputer le Grand Prix de Ouagadougou et y effectue un séjour d’agrément au cours duquel il attrape la malaria. Mal soigné, il succombe peu après son retour, le 2 janvier 1960.De nombreux ouvrages lui sont consacrés parmi lesquels on peut citer les biographies éponymes de Jean-Paul Ollivier (« La tragédie de la gloire », 1979 – « La gloire et les larmes », 2005), Pascal Sergent (« Les années Coppi : 1945-1954 », 2008), ainsi que les livres signés de Roland Barthes (« Mythologies », 1957), Dino Buzzati (« Le duel Coppi-Bartali », 1984), ou Jean Riverain (« Kopa, Coppi… et autres champions », 1961).Il est évoqué à l’écran dans deux documentaires : « Il grande Fausto » (1995), et « Fausto Coppi, une histoire d’Italie » (1996) de Jean-Christophe Rosé.Marié en 1945 à Bruna dont il a une fille née en 1947, il défraie ensuite la chronique en fréquentant à partir de 1953, Giulia, « La Dame Blanche », qu’il épouse en 1958, après qu’elle lui aie donné le petit Faustino en 1955.Des stèles honorent sa mémoire en haut des cols du Stelvio, de l’Arche et du Pordoi.Un stade vélodrome porte son nom à Turin.Saucissons et Mortadelle Quatrième d’une fratrie de cinq enfants, Fausto Coppi voit le jour le 15 septembre 1919 à Castellania, un petit village d’une dizaine d’habitants de la province d’Alexandrie. Ses parents Angiolina et Domenico sont d’humbles agriculteurs italiens que l’enfant aide de bonne heure dans les travaux des champs, ce qui lui forge très tôt et définitivement le caractère : « Chaque fois que me venait en tête l’idée d’abandonner le cyclisme, je songeais à la vie dure que je menais alors, comme tous les paysans ! » À l’âge de 14 ans, lassé des tâches rurales, il se fait embaucher comme commis dans une charcuterie de Novi Ligure, une localité située à 20 kilomètres de chez lui. Deux fois par jour, sur un vieux vélo bien trop grand pour lui, il effectue le parcours en se prenant parfois pour une des gloires locales, histoire de rêver un peu, et d’oublier la route.En 1935, il a 16 ans. Son oncle, un brave officier de la marine marchande, découvrant sa passion pour la bicyclette lui offre une vraie machine de course, avec lequel le jeune Fausto se lance dans ses premières compétitions.Parmi les clients de la charcuterie, il y a Biagio Cavanna, un masseur aveugle au talent très prisé par les sportifs de renom de la péninsule. Ayant détecté les talents du futur prodige, il le chaperonne consciencieusement, et le prépare à se lancer dans le grand bain.Habité par le panache « Héros parfait. Sur un vélo, il a toutes les vertus ! C’est un fantôme redoutable ! » écrit le sémiologue Roland Barthes dans ses « Mythologies ». Pourtant « Le Campionissimo » n’est pas vraiment un canon de l’esthétique masculine, comme le remarque Pierre Chany, grande plume des péripéties de pédalier : « 1m 77, 67 kilos, buste court, poitrine en forme de tonnelet et longues pattes, il a tout du héron. Mais sous une carrosserie légère et friable il cache un moteur de forte cylindrée et il approche la perfection du style. Au paroxysme de l’effort, il reste bien en ligne, ses jambes tournent avec onctuosité, ses traits figés dans l’indifférence trahissent moins l’effort que l’ennui ! »Considéré « Hors concours » par la plupart de ses concurrents qui estimaient qu’arriver derrière lui « c’est comme gagner la course », le Grand Fausto Coppi laisse le souvenir de ses chevauchées héroïques et solitaires dans les décors prestigieux des cols alpestres et pyrénéens et garde le record absolu de ne jamais avoir été rejoint pendant plus de 3000 kilomètres. Des exploits qu’il regrettait presque en fin de parcours, sans doute assagi : « Ces raids interminables, ces arrivées avec tant d’avance sur les autres, ces efforts insensés, c’étaient des erreurs de jeunesse ! L’important, c’est de figurer au palmarès ! »Un palmarès unique en son genre, mais qui me mentionne pas ses nombreuses chutes et cabrioles se soldant par de multiples fractures des membres et du bassin de son « squelette de verre », et surtout la perte de Serse, frère bien aimé mort en course en 1951, le laissant longtemps dévasté.La « Bomba » Pour l’historien Jacques Augendre : « C’est un révolutionnaire qui a inventé le cyclisme moderne pour le transformer en science précise ». C ertes, en matière de diététique, il s’est inspiré des recommandations du Centre médico-sportif de Milan, au plan du matériel il a vulgarisé les machines légères, les cale-pieds, les souliers spéciaux, et ses méthodes d’entraînements courts et intenses ont fait école. Moins convaincant, son apport au « modernisme », sous la houlette du silencieux et énigmatique masseur aveugle Cavanna, réside dans sa pratique de la « Bomba » - dopage aux amphétamines - clairement revendiquée : « La Bomba, j’en prends pratiquement tout le temps, comme tous les coureurs ! Ceux qui prétendent ne jamais en prendre ne méritent pas qu’on parle vélo avec eux ! » Du coup, pour essayer de suivre « Le Campionissimo » sur les routes pentues, le peloton se mit à la « médecine sportive », et à la « Bomba ». Pionnier, Fausto le fut, mais pas que dans le meilleur.Dans l’homérique et légendaire combat de titans qui l’a longtemps opposé à Bartali, « Gino le Pieux » - qui marchait à la « pasta », à la pizza et au coup de rouge - était obsédé par les trouvailles chimiques de « Fausto l’insurpassable » : « Le matin, au risque d’arriver en retard au départ, dès qu’il avait quitté sa chambre, j’y pénétrais, et je raflais flacons, bouteilles, fioles, tubes, suppositoires… J’étais devenu si expert dans l’interprétation de toute cette pharmacie que selon ce qu’il avait pris, je devinais comment il allait courir ! »Comme l’a écrit joliment Malaparte : « Il y a du sang dans les veines de Gino, dans celles de Fausto, il y a de l’essence ! »« La Dame Blanche » Dans la mémoire collective transalpine des années 40 et 50, « La Dame Blanche » occupe une place particulière qui sent le soufre, l’interdit et la transgression. C’est Giulia, la femme qui tombe sous le charme de Fausto le jour où elle vient lui demander un autographe. Elle quitte son mari médecin et sa progéniture, il plaque femme et enfant, et les voilà devenus un couple de l’amour et de l’adultère sous le regard courroucé des bien-pensants de la Botte. Selon leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses, un peu à l’image de Don Camillo et Peppone, les « tifosi » sont encore une fois divisés entre « Gino le Pieux », et « Fausto l’iconoclaste ». Même le pape refuse de bénir le peloton passant par Castel Gandolfo, au motif que s’y trouve celui par qui arrive le scandale. Comme si, remarque l’écrivain Lawrence Durell : « Il avait transformé ses organes sexuels en selle de bicyclette ! »Mais Fausto tiendra bon jusqu’au bout, jusqu’au remariage au Mexique, bien que non reconnu par la papauté. Mettant un point final à son existence peu ordinaire, sa disparition brutale, dramatique et injuste  est à l’image du champion d’exception, idole romantique à la force invincible et à l’extrême fragilité. Un héros mortel, pétri de gloire et de larmes.

 

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