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Les conversations fécondes de Jacques Chancel

mercredi 19 juin 2013 à 18:42 France Bleu

 

Jacques Chancel - Maxppp
Jacques Chancel © Maxppp

 

« J’ai été vieux trop tôt, et je suis jeune trop tard ! » À 84 ans, Jacques Chancel conserve ses yeux narquois, son aisance de diplomate, ses prévenances de chanoine, ses discrétions d’éminence grise, et surtout sa voix onctueuse aux accents parfois ironiques qui constitue sa marque de fabrique. « Je ne regarde jamais derrière moi. Non pas que j’oublie, mais c’est un autre temps, et les souvenirs empêchent d’avancer ! », estime ce pionnier des ondes et du petit écran, grand amoureux du Tour de France, véritable mémoire vivante de l’odyssée médiatique du siècle dernier. Dès l’âge de 17 ans, Jacques Chancel s’embarque pour l’Indochine, où, pour Radio France-Asie, il devient le plus jeune correspondant de guerre sur cette zone. De 1950 à 1958, il parcourt le Sud-est asiatique en écrivant aussi des articles pour Paris-Match, et il termine ses études de Droit entre Saigon et Pékin.Fort de ces expériences, il rentre en métropole, où il intègre la rédaction de « Paris-Jour », dont il prend ensuite la direction, puis celle de « L’Heure de Paris ».En 1968, il entre à France Inter où il crée et anime « Radioscopie ». Cet entretien d’une heure avec une personnalité rencontre un vif succès, et devient, jusqu’en 1990, un rendez-vous phare de la station avec la diffusion de 6 826 épisodes. Toujours sur la radio du Service Public, il propose « Singulier Pluriel » de 1985 à 1987, puis « Parenthèses », « Figures de proue », et dans les années 90, « Guetteur du Siècle ».Parallèlement, il débute en 1968 sa carrière à la télévision sur la Deuxième chaîne de l’ORTF, en présentant « L’invité du dimanche », puis « Le grand amphi ». À partir de 1975, et jusqu’en 1986, il est aux commandes du « Grand Échiquier », qui s’installe pendant trois heures sur le petit écran, au cours de soirées où sont invités des invités prestigieux comme Léo Ferré, Angelo Branduardi, Herbert Pagani, Arthur Rubinstein, Lino Ventura, Maurice André, Pia Colombo, ou Herbert von Karajan.Sur un plan plus institutionnel, il collabore avec Hervé Bourges à la mise en place de France Télévision, et en compagnie de Marcel Jullian, à la création d’Antenne 2. Il est également considéré comme l’un des « pères » de FR3, et de la régionalisation des antennes. Sur cette dernière chaîne, il anime « Lignes de mire » durant la décennie 1990.Il est actuellement administrateur du groupe Canal Plus, et conseiller de son président Bertrand Méheut.Écrivain, et essayiste, il a publié une quarantaine d’ouvrages, parmi lesquels : « L’Eurasienne » (1950), « Le Temps d’un regard » (1978 – Prix de l’Académie Française), « Tant qu’il y aura des îles » (1980 – Prix des Maisons de la Presse), « Le Guetteur de rives » (1985), « Le Désordre de la vie » (1991), « Le Journal d’un voyeur » (1997), « Fugacités » (2001), « Nouveau Siècle : Journal 1999 - 2002), et « L’inachevé » (2009).Ses entretiens de « Radioscopie » font l’objet de publications écrites en plusieurs volumes.Ancien directeur de la collection Idées Fixes aux éditions Julliard, il a fondé, en 1993 la revue « Les Écrits de l’image ».Commandeur de la Légion d’Honneur, des Arts et des Lettres, Officier dans l’Ordre national du Mérite, il est également titulaire du Prix Henri Desgranges de l’Académie des Sports, et administrateur de l’université d’Ifrane, au Maroc.L’enfer des rizières Joseph Crampes - alias Jacques Chancel - voit le jour le 2 juillet 1928 à Ost, un petit village des Hautes-Pyrénées. Très tôt, il est envoyé pensionnaire chez les bons pères de Saint-Pé de Bigorre, ce qui ne contrarie guère l’enfant : « C’était un lieu de rêve pour l’époque. Une piscine, un fronton, un tennis, un potager, et un enseignement de qualité ! » Les séjours à la maison sont du même tonneau. Son père, menuisier, Compagnon du Devoir, construit des escaliers. Il initie de bonne heure le gamin aux charmes du massif pyrénéen : « Nous partions faire des longues promenades à pied qui éveillaient ma curiosité. Dans ces décors magnifiques, j’ai découvert l’art du silence, j’ai développé ma soif d’apprendre. Plus tard, c’est en vélo que nous avons franchi tous les cols de la région, Tourmalet, Aubisque, Aspin, on allait même jusqu’au Cirque de Gavarnie ! Là sont mes sources, ma terre, mon ciel, mon enfance ! » Un temps, il rêve de devenir médecin.Sa maman possède une bibliothèque dont il dévore les volumes comme des fruits juteux, au milieu des copeaux qui volent : « Ce sont toutes ces lectures qui m’ont donné envie d’aller voir ailleurs ! Je détestais la routine et je voyais mes copains de Tarbes ou de Rabastens préparer des examens, se marier, s’installer… L’horreur, quoi ! »À table, on parle beaucoup de l’Indochine, où un oncle dresse des éléphants, et dirige une plantation de caoutchouc. Banco ! Le jeune homme s’embarque pour l’aventure : « À 17 ans, j’ai demandé à l’instituteur de mon village, officier de l’état civil, de falsifier ma date de naissance, et de me vieillir de trois ans. Il a bien voulu accepter. J’ai pris mon baluchon, je suis parti faire l’école des transmissions à Montargis, et je me suis retrouvé affecté comme correspondant à la radio de Saigon ! »C’est ainsi qu’il découvre les mystères de l’Asie, un autre monde, une autre civilisation, des êtres d’exception, mais aussi tout ce qui fait la réalité de la guerre et de ses souffrances. Il n’aime guère s’épancher sur ses « années jaunes », au cours desquelles on sait seulement qu’il a sauté sur une mine, et qu’il a perdu la vue pendant plusieurs mois. Pudique et secret, il s’en tire par une formule lapidaire : « J’ai tout connu, tout vécu ! Le pire, et le merveilleux ! Je suis né une seconde fois ! »Accoucheur de confidences Quand il regarde dans le rétroviseur - ça lui arrive - Jacques Chancel ne peut s’empêcher d’éprouver une tendresse particulière pour ses « Radioscopies » : « C’est là que j’ai appris tout ce que je ne savais pas ! C’était un moment de grâce ! Quand je recevais des grands personnages qui me dépassaient de cent coudées, comme Jean Rostand, Jacques Monod, ou Claude Lévi-Strauss, j’étais à la fois étonné  d’être à côté d’eux, et curieux de ce qu’ils pouvaient m’apporter ! » Au départ, on ne donne pourtant pas cher de son idée, au motif « qu’il n’y a guère plus cent personnes qui soient intéressantes à interviewer à Paris », surtout pendant une heure, et sans musique. Ce sont l’intimité et la tranquillité des entretiens qu’il pense être l’un des secrets de sa réussite : « Si on devait se dire tout ce qui constitue une émission en marchant sur un sentier, dans la lande, en forêt, à la campagne ou en ville, la promenade prendrait au moins quatre heures. On serait toujours distrait par un chien, une paysanne, une rencontre, une conversation… Dans un studio, on n’est pas dérangés, le fil n’est pas rompu ! Et comme on est en direct, on ne peut pas tricher ! »Certes, on l’a parfois brocardé pour sa « gentillesse de bonbon au miel », son ton parfois pontifiant, voire lénifiant, mais tout le monde s’accorde à le considérer comme un interviewer hors pair, un « accoucheur » de haut vol, qui procède au charme, et à l’instinct. On lui accorde également une rare faculté d’écoute, assortie d’un sens du respect, et de l’intérêt porté aux autres. Pour lui, « la véritable impertinence se tient dans la courtoisie, lucide, et non servile ».Incapable d’avoir une quelconque préférence parmi les plus de 6 000 « clients » qui se sont livrés à son micro, il garde cependant en mémoire des moments forts : « Comme quand Jean-Paul Sartre est venu pour parler du journal « Libération ». Au bout de quelques minutes, il a complètement oublié la politique, et il s’est mis à évoquer sa mère comme il ne l’avait jamais fait auparavant ! » Quelques regrets aussi : « Je n’ai pas reçu le Général de Gaulle, et, un jour que j’étais fort malade et alité, j’ai raté Picasso qui m’a attendu en vain dans un studio à Nice ! », ainsi qu’une fierté légitime : « Au cours de toutes ces années, pas un seul invité n’a refusé de venir ! »Son fameux « Et Dieu, dans tout ça ? »  Pure affabulation, selon lui, et qui le fait bondir : « C’est une question que je n’ai jamais posée ! Où alors, si rarement ! »Racines et porte-plume À Miramont, au cœur de sa Bigorre natale, Jacques Chancel réside dans une demeure  plusieurs fois centenaire, adossée à un mur qui date de l’an 950. Loin de la jet-set parisienne, « une troupe, un gang, une basse-cour, un ghetto de riches si pauvres de l’essentiel », il savoure le coup d’œil qu’il pose sur les sommets pyrénéens qu’il n’a jamais vraiment quitté : « Mon bonheur, c’est ici ! »La littérature, la peinture, la musique, le tennis, le golf et surtout le Tour de France, sont ses passions tenaces.L’écriture reste sa grande histoire personnelle : « Depuis l’âge de 14 ans, je tiens mon journal intime. Au petit matin ou tard dans la nuit, dans les trains, les avions, chez moi, j’écris au moins trois heures par jour. C’est une ardente nécessité ! »Dans ses années noires et secrètes, il s’est forgé un credo définitif : « Ne pas vivre avec mes vieux fantômes ! Être toujours en chemin, et me soumettre à l’obligation d’espérance ! »

 

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