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Les vertus rurales de Raymond Poulidor

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Par France Bleu

Raymond Poulidor
Raymond Poulidor © Maxppp

 

« J’ai toujours été comme ça : un type content de la vie ! » Les cheveux ont blanchi et les traits se sont un peu empâtés, mais la bonne bouille et le sourire presque angélique de Raymond Poulidor se reconnaissent encore aisément, comme l’attestent les milliers de fans qui, sur la route du Tour, continuent à lui dispenser généreusement bises, poignées de main, et galéjades en témoignage d’affection et de respect. « J’ai connu la gloire, la joie, la tristesse, la souffrance, la douleur, mais j’ai exercé le métier de mes rêves, une formidable école de l’existence ! » s’enthousiasme le sémillant septuagénaire « Poupou », qui reste incontestablement - après plus d’un demi-siècle de vie publique - l’un des sportifs les mieux ancrés dans la mémoire collective nationale.

En 1954, Raymond Poulidor remporte sa première course : Le Grand Prix de Quasimodo à Saint-Léonard-de-Noblat en Haute-Vienne. Avec une éclipse due à son service militaire effectué en Algérie, il se distingue ensuite chez les amateurs. Repéré par Antonin Magne directeur sportif de l’équipe « Mercier », il passe professionnel en 1960.Contrairement à ce que l’on peut croire, sa carrière comporte de nombreuses victoires parmi lesquelles : Championnat de France sur route, Milan-San Remo (1961), Flèche Wallonne, Grand Prix des Nations (1963), Tour d’Espagne, Super Prestige Pernod (1964), Critérium du Dauphiné Libéré (1966 – 1969), Critérium des As (1972), Grand Prix du Midi Libre (1973), Critérium National (1964, 66, 68, 71 et 72), Paris-Nice (1972 – 1973).Huit fois présent – à la deuxième ou troisième marche – il détient le record des podiums à l’arrivée du Tour de France dont il est vainqueur d’étapes à 7 reprises, ramenant le titre du classement par équipes en 1967, 72, et 75. Il totalise 14 participations à la Grande Boucle.Son palmarès est riche d’une ribambelle de places d’honneur décrochées dans les épreuves les plus diverses du calendrier cycliste : Grand Prix de Fourmies, Tour de Lombardie, Quatre Jours de Dunkerque, Paris-Roubaix, Trophée Baracchi, Tour du Limousin, Semaine Catalane…Il met fin à sa carrière en 1977.Il devient alors consultant sur Antenne 2 de 1978 à 1986.« Conseiller » à la vente des vélos « Mercier » et « Poulidor » pour le compte de Manufrance, il apparaît également dans quelques publicités à la télévision.Depuis plusieurs années, il suit le Tour au sein du groupe « LCL » partenaire du Maillot Jaune.En 1968, il publie « La gloire sans maillot jaune », en 2004 ses mémoires, « Poulidor par Poulidor », avec la complicité de Jean-Paul Brouchon, en 2007 « Poulidor intime », et en 2012 « Mes 50 Tours de France », écrits en collaboration avec Serge Laget et Jean-Paul Vespini.En 2008 paraît « Anquetil-Poulidor, un divorce français » signé du spécialiste Jacques Augendre. Chevalier de la Légion d’Honneur, il donne son nom à la route qui fait le tour du Lac de Vassivière, dans la Creuse.À l’instar de naguère l’accordéoniste André Verchuren, depuis 2009 le groupe punkrock d’Amiens « Les Poulidoors » évoque le coureur à travers une composition originale intitulée « Pou Pou Pou ». Marcel Cerdan et « Miroir Sprint » Raymond Poulidor voit le jour le 15 avril 1936 à Masbaraud-Mérignat, petit village de la Creuse où Martial et Maria, ses parents, sont métayers au domaine des Gouttes. Très tôt, le gamin aide aux travaux de la ferme : « Je labourais, j’arrachais les pommes de terre, j’abattais les arbres pour faire des réserves de bois pour l’hiver ! » se souvient-il, et aussi d’un détail prémonitoire : « Ma mère qui aurait voulu avoir une fille m’avait confié la tâche des commissions. C’est en enfourchant régulièrement mon vélo pour aller à l’épicerie du village que j’ai donné mes premiers coups de pédale ! »Les activités agricoles – en particulier brasser plus d’une tonne de fumier par jour – lui sculptent de bonne heure une carrure d’athlète. Sa première grande passion, c’est la boxe : « À 10 ans à peine, les jours de pluie, j’épuisais mon énergie d’enfant à cogner dans un grand sac de sable pendu dans la grange. Les poings bandés dans un chiffon, je finissais les mains en sang ! » À la radio, il écoute les exploits de celui qu’il rêve d’égaler, son idole Marcel Cerdan : « Quand j’ai appris sa mort, j’avais 13 ans, j’ai reçu une droite foudroyante. Le cœur fendu, je ne mangeais plus, je pleurais dans ma soupe. Ça m’a dégoûté d’enfiler les gants ! »Heureusement, quelques bons génies vont consoler l’adolescent meurtri. Comme il est excellent élève à l’école – « J’ai eu mon certificat d’études, j’aurais bien aimé poursuivre, mais mes parents n’avaient pas les moyens ! » – il emporte régulièrement le cadeau de l’instituteur, le magazine « Miroir Sprint » qui glorifie les exploits de Louison Bobet ou Raphaël Géminiani, cadors cycliste de l’époque. Ce qui lui change les idées : « Du coup, avec le vélo de ma mère, je me suis mis à rouler avec les meilleurs coureurs du coin, et je les semais tous ! »Avisé, perspicace et généreux, le marchand de cycles de la ville voisine lui offre un vrai « demi-course », et c’est ainsi que le vaillant fils de ferme qu’on surnomme « La Pouliche » s’envole pour la gloire.Bonté désarmante Démarrer son premier Tour de France la main dans le plâtre, crever dans les moments cruciaux, chuter lourdement dans un ravin de montagne, se faire renverser par une voiture suiveuse, prendre une gamelle à cause d’un mécanicien trop empressé à le relancer après un incident technique, attaquer trop tôt ou trop tard pour des chevauchées héroïques et vaines, casser des rayons à quelque encablures de l’arrivée, oublier de faire un dernier tour de vélodrome et choper la pénalité fatale, sont quelques unes des invraisemblables infortunes et des exploits inachevés qui jalonnent la carrière de Raymond Poulidor.Face à ces avanies, il reste toujours d’un flegme qui sidère même son directeur sportif de l’époque Antonin Magne : « Je voudrais qu’il se rebiffe, qu’il se cabre, qu’il explose, qu’il abandonne son éternel sourire. Mais non ! J’ai l’impression d’avoir affaire à un bœuf placide… »Il en faut davantage pour énerver un gars de la campagne : « Pourquoi protester ? On nettoie mon vélo, on me masse tous les soirs, je suis logé, je mange bien, c’est la vie rêvée ! »C’est sans doute ce solide bon sens, cette apparente modestie, cette simplicité souriante et  son indiscutable panache qui chavirent le cœur de ses supporters quand dans les années 60 son duel au sommet avec Jacques Anquetil divise la France entre les « Anquetiliens » et les « Poulidoristes ». Face à la supériorité froide et scientifique de « Maître Jacques », une grande partie de la population – souvent laborieuse – s’identifie passionnément aux valeurs généreuses et aux malheurs répétés de son « éternel second ». Comme l’écrit Antoine Blondin : « Sa chance, c’est qu’il convoite des eldorados sans cesse reculés et différés, à l’image de nos rêves avortés et de nos ambitions déçues ! C’est la Vox Populidori ! »C’est ainsi que sans avoir gagné le Tour, ni même avoir jamais porté le Maillot Jaune, « Poupou » est devenu l’enfant chéri des foules enfiévrées, et la parfaite illustration du champion populaire.La paix des braves Cette notoriété bon enfant et un brin paradoxale fait aujourd’hui sourire « Poupou », qui s’autorise quelques analyses originales qui ne manquent pas d’humour : « Plus j’étais malchanceux, plus le public m’appréciait, plus je gagnais du fric ! Les gens m’aimaient quand je perdais ! Cette popularité, je ne me l’explique toujours pas. Mais elle ne m’a pas rendu vraiment service, car elle a souvent modéré mes ambitions : j’ai fini par penser que la victoire ne m’apporterait pas grand-chose de plus. C’est sans doute mon tort ! »Quoiqu’il en soit, après avoir connu les joies et les drames d’une carrière sportive exceptionnellement longue qui l’ont vu ferrailler contre Bobet, Anquetil, Mercx et Hinault, puis les « angoisses déboussolantes » de l’adieu au peloton, « Poupou » savoure désormais depuis belle lurette les délices du suiveur de la Grande Boucle le plus sollicité, le plus aimé, le plus choyé. Presque un monument vivant. Il se délecte d’être encore celui qu’on reconnaît le mieux dans la caravane : « Si j’avais gagné le Tour, on ne parlerait plus de moi. Tandis qu’aujourd’hui, on évoque des « Poulidor » dans la politique, l’économie, le sport, les concours de chant… Mon nom est passé dans le langage courant, c’est ma plus grande réussite ! »Le cyclisme moderne et ses dérapages chimiques le désolent : « Je ne m’y reconnais plus ! »Il est toujours heureux de rentrer dans son cher Limousin et de pédaler parfois autour du Lac de Vassivière en compagnie de ses trois petits-enfants. Redoutable joueur de cartes, il y cultive des amitiés fidèles et des souvenirs intenses comme la surprenante et forte amitié qu’ils ont finalement vécu avec Jacques Anquetil : « Pendant 15 ans, on ne s’est pas parlé, et il a pris sa retraite. Un soir d’étape, il frappe à ma porte d’hôtel : « Bonjour, je te présente ma fille Sophie, elle n’a pas deux ans. C’est une de tes grandes fans. Elle a su dire Poupou avant Papa ! T’as pas une casquette pour la petite ? » Comment refuser ? C’est comme ça qu’on a commencé à devenir des vrais amis !  Jusque sur son lit de mort, où je me souviendrai toujours de ses paroles extraordinaires : « Mon pauvre Poupou, tu vas encore finir deuxième ! »

> Retrouvez la série France Bleu Limousin avec Raymond Poulidor, sur ses dix souvenirs les plus marquants

Retrouvez toutes les légendes du Tour.

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