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"Dessinateur, un métier en sursis" selon Lasserpe et Large devant les lycéens à Bordeaux

Par Xavier Ridon, France Bleu Gironde mercredi 18 mars 2015 à 18:47 Mis à jour le mercredi 18 mars 2015 à 19:00

Les dessinateurs Lasserpe, Large et Urbs devant l'Hôtel de Région d'Aquitaine.
Les dessinateurs Lasserpe, Large et Urbs devant l'Hôtel de Région d'Aquitaine. © Radio France - Xavier Ridon

Plus de 300 lycéens aquitains ont rencontré ce mercredi trois dessinateurs : Gilles Laffit (alias Lasserpe), Marc Large et Rodolphe Urbs. L'amphithéâtre de l'Hôtel de Région les accueillait pour discuter dessins de presse et liberté d'expression. Entretien.

Des lycéens, venus de toute l'Aquitaine, ont rencontré ce mercredi trois dessinateurs de presse. Ils ont pu voir et réagir devant les dessins satiriques de Rodolphe Urbs (Sud Ouest), Marc Large (Sud Ouest, Siné Mensuel...) et Gilles Laffit, alias Lasserpe (Sud Ouest, L'Equipe, Marianne, S!lence...). Entretien avec Large et Lasserpe.

France Bleu Gironde - Comment vous vivez ces rencontres avec des lycéens ?

Large - Habituellement, on fait un travail assez solitaire. On est au bureau. On se concentre tout seul et c’est rare qu’on rencontre des lecteurs dans les festivals ou dans ce genre de rencontre. Ça fait toujours plaisir de rencontrer des lecteurs qui vont poser des questions, critiquer ou rire en live. C’est bien.

"Ils sont crétins !"

Certaines de vos références ne sont pas comprises. Vous ressentez des difficultés à parler à d’autres générations ?

Large - Gilles, tu m’en faisais la remarque. On a dit : ils sont crétins !

Lasserpe - Non, mais quand on parlait du dessin de Luz, ça fait peur parce que la plupart n’ont pas de références et ne connaissent pas le dessin de presse. Ils sont passés à autre chose avec les images sur Internet. C’est intéressant de parler aux enfants, mais ça fait peur parce qu’on se dit qu’on en a plus pour longtemps. C’est un métier en sursis.

Plus de 300 lycéens sont venus de toute l'Aquitaine pour cette rencontre à Bordeaux. - Radio France
Plus de 300 lycéens sont venus de toute l'Aquitaine pour cette rencontre à Bordeaux. © Radio France - Xavier Ridon
Large - Je ne veux  pas caricaturer et parler comme un vieux con. Mais est-ce que la presse est très lue par les jeunes ? Je ne suis pas persuadé.

Pourtant, ils ont des références, les lycéens ont beaucoup ri devant la Une de Charlie faisant parler le Pape François avec les mots de Nabilla…

Large - Oui, mais c’est une référence à la télé réalité…

Lasserpe - Le problème du dessin de presse, c’est qu’on n’arrive pas à être dessinateur de presse à 18 ans. Moi ça a été tout un cheminement. Il faut une certaine culture. Cette culture, ces références ont les recrachent dans le dessin. Si le lectorat ne les a pas, ça ne lui parlera plus du tout. Ça fait un peu peur quoi. Après, des dessins sur Nabilla, il faut en faire. Ça fait partie de l’actualité.

Mais c’est peut-être en multipliant les rencontres qu’on peut convaincre les gens, même s’il n’y en a qu’un ou deux. C’est toujours ça de gagner. Faut rester optimiste !

Ce contact est difficile à maintenir ?

Large - Dans la presse satirique, dans les festivals, on voit pas mal de vieux, des soixante-huitards, des gens qui lisaient Cavanna, Choron, Coluche, Desproges, Reiser et maintenant c’est Gad Elmaleh… c’est un peu plus lisse.

Lasserpe - Mais ce n’est pas une histoire de conflit de générations. On ne dit pas que les jeunes sont des nazes car ils ne nous comprennent pas. Dans toutes les époques, dans ce qu’on fait, dans le satirique, dans le bête et méchant, il n’y a toujours eu que très peu de gens qui adhéraient. Donc dans cet amphithéâtre, il y a toujours la même proportion de gens qui ont aimé ça. Il y en a deux et le reste s’en fout.

C’était pareil dans les années 1960 ou dans les années 1980, la proportion est toujours la même. Il n’y a pas beaucoup de gens qui aiment Groland. Cet humour-là n’est pas très prisé. Et Gad Elmaleh est plus grand public mais n’est pas quelqu’un qui rentre dedans. Ce n’est pas l’humour trash. A l’époque de Coluche et de Desproges, il y avait beaucoup d’humoristes qui faisaient du Gad Elmaleh, cet humour un peu propret.

Lasserpe : "On n’arrive pas à être dessinateur de presse à 18 ans"

"On est condamné à être un petit groupuscule qui rigole en dessinant des zizis."

Les Desporges et Coluche étaient en revanche peut-être plus populaires ?

Lasserpe - Je ne pense pas. Coluche, tout le monde lui tapait dessus. C’est quand il est mort que ça a changé. C’est un peu ce qui arrive à Charlie Hebdo. Je ne sais combien de gens s’abonnent alors qu'ils ne l’ont jamais lu. Ceux qui se sont abonnés ne le liront même pas. Ça ne leurs parle pas. Ils vont ouvrir, ils vont lire, ils vont être horrifiés. C’est malheureux, mais on est condamné à être un petit groupuscule qui rigole en dessinant des zizis.

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