Culture – Loisirs

Plongée dans les coulisses de la Cité de la Mer

Par La rédaction, France Bleu Cotentin mercredi 24 août 2016 à 18:10

A la Cité de la Mer, les biologistes veillent jour et nuit au bien-être de ses poissons.
A la Cité de la Mer, les biologistes veillent jour et nuit au bien-être de ses poissons. - La Cité de la Mer

306 espèces, plus de 3500 poissons et près de 223.000 visiteurs en 2015... Que se cache-t-il derrière les aquariums de la Cité de la Mer ? En compagnie des biologistes du musée, France Bleu Cotentin vous emmène dans les coulisses, là où le public ne va jamais.

A la Cité de la Mer, l'une des attractions phares, c'est le grand aquarium abyssal. 11 mètres de profondeur, réparti sur trois niveaux, 320 m3, une vitre de 40m², il est une reproduction parfaitement crédible d'un récif polynésien avec ses zones de vie, de reproduction et de repos. 86 espèces, soit environ un millier d'individus y cohabitent parmi lesquels un requin à poites noires - qui fascine les petits comme les grands - des raies-léopards, des poissons-licornes, des chirurgiens mais aussi une multitude de coraux...

"On est des nettoyeurs professionnels en grande partie, nous explique Laurent Fouré, adjoint au responsable biologiste. L'idée c'est de s'occuper au maximum de l'aquarium et des ses pensionnaires pour qu'ils soient dans les meilleures conditions possibles et que le spectacle présenté au public se rapproche au mieux de ce qu'on peut voir dans le milieu naturel si on a un masque et un tuba. Notre objectif principal est d'avoir des comportements naturels."

Inévitablement, une aquarium hors-normes comme celui-ci demande de l'entretien.

Bien caché du public, un escalier nous mène au-dessus du grand bassin. L'ambiance y est très différente, le bruit des pompes est incessant. Autour du bassin sont fixés des filets, des combinaisons de plongée... et même un kayak ! "Tous les coups sont permis pour accéder aux différentes zones du bassin", précise Laurent Fouré.

Quant au nettoyage de la vitre de 40m², hors de question évidemment d'utiliser nos lave-vitres habituels. Ici, le nettoyage se fait en tenue de plongée avec une éponge en fibres et éventuellement un peu de vinaigre - inoffensif pour les occupants de l'aquarium. Ce nettoyage s'effectue une fois par semaine et il faut un peu moins d'une heure au plongeur pour venir à bout de l'immense vitre. Laurent Fouré nous l'assure, les poissons ne sont pas dérangés par sa présence.

"L'aquarium est assez grand pour que la densité de poissons ne soit pas trop forte. S'ils veulent fuir l'impact du plongeur, ils peuvent trouver une zone de tranquillité."

Le grand aquarium abyssal, reproduction d'un récif polynésien, vu du dessus... - Radio France
Le grand aquarium abyssal, reproduction d'un récif polynésien, vu du dessus... © Radio France - Pauline Mareix

Au bord du bassin, on trouve également une sorte d'immense bassine ronde et grillagée. Il s'agit en fait d'une cage qui permet aux nouveaux venus de s'acclimater avant d'être définitivement intégré. Mais avant cela, il faut passer par la quarantaine. Laurent Fouré nous emmène dans une pièce, non loin des visiteurs, avec plusieurs bacs. Les bassins de quarantaine ont plusieurs fonctions : accueil des nouveaux arrivants, isolement d'un poisson malade ou blessé, tests de cohabitation entre les espèces, élevages de coraux et, enfin, stockage de certaines espèces qui seront ensuite exposés au public.

Dans le plus grand d'entre eux, un jeune requin-léopard, baptisé Mitsou par les biologistes. Il devrait intégrer le grand aquarium polynésien d'ici un mois. En attendant, les biologistes l'entraînent à venir manger sur une cible.

Mitsou, le requin-léopard encore en quarantaine, nourri à la pince par Julien, technicien biologiste. Au menu : crevettes, gambas et un calamar en dessert. - Radio France
Mitsou, le requin-léopard encore en quarantaine, nourri à la pince par Julien, technicien biologiste. Au menu : crevettes, gambas et un calamar en dessert. © Radio France - Pauline Mareix

"Quand on met une cible de couleur rouge, il doit pouvoir venir vers le soigneur pour prendre la nourriture. Le bac est très grand, l'idée c'est d'éviter de devoir plonger à chaque fois pour le nourrir."

Qu'en est-il du nourrissage, justement ?

Juste à côté du bassin tactile (et oui, à la Cité de la Mer, on peut toucher librement des raies et des petits requins !), se trouve la cuisine. C'est ici que les repas de tous les pensionnaires se préparent. Des cuves abritent du plancton et trois grands congélateurs conservent moules, crevettes, gambas, éperlans, sardines, épinards et brocolis - en remplacement des algues fraîches qui ne sont pêchées qu'une fois par semaine.

Les pensionnaires de la Cité de la Mer sont nourris le matin, parfois la nuit. Certains ont même droit à un repas supplémentaire aux alentours de 13 heures. C'est le cas des trois raies-léopards et du requin à poites noires.

Retour au-dessus du grand aquarium. C'est Julien Heuclin, technicien biologiste, qui est chargé du nourrissage. Au menu pour les raies : gambas et crevettes. Elles sont nourries à la pince par Julien, qui s'assoit au bord de l'aquarium pour les faire manger. Et il n'y a pas intérêt à tomber !

Vient ensuite le tour du requin... Pour lui, ce sera de l'encornet, "un morceau bien frais, comme on en trouve dans les restaurants", nous assure Julien.

"Vous verrez, les poissons vont d'abord manger les tentacules, ensuite les raies viendront grignoter une partie de l'encornet. Et à la fin, le requin va attaquer pour manger le meilleur morceau. Ça marche à tous les coups !"

Il existe deux techniques pour nourrir le requin. La première consiste simplement à tendre une perche. La seconde est bien plus appréciée du public : il s'agit d'une corde lestée de plomb et plongée dans le bassin, le calamar, une fois rincé et débarrassé de son encre, y est solidement attaché.

Sous les plafonds du musée

La Cité de la Mer est aussi bien connue pour ses méduses Aurélie. En ce moment, environ 450 sont exposées dans un bassin, il y a parfois des pics à 600 individus ! On trouve également dans cet espace des bassins qui abritent des hippocampes ou encore des nautiles.

La Cité de la Mer fait naître les méduses et les élève avant de les envoyer dans les différents aquariums de France. Pour s'en occuper, il faut se rendre tout en haut du bâtiment. Là, sous les plafonds, il y a intérêt à regarder où l'on va. Au risque de se cogner !

Ici, les biologistes ont accès à tous les bacs et vérifient constamment que tout va bien.

"On fait un check-up général le matin et on vérifie à nouveau le comportement des poissons pendant le nourrissage et le nettoyage. Et la nuit, les gardiens sont au courant des problèmes techniques que l'on peut avoir. Là, par exemple, les méduses sont bien réparties, l'eau est bien transparente et le courant est bon. Tout va bien."

Dans ses laboratoires, la Cité de la Mer possède ses propres élevages. Ici, du plancton destiné au nourrissage des invertébrés. - Radio France
Dans ses laboratoires, la Cité de la Mer possède ses propres élevages. Ici, du plancton destiné au nourrissage des invertébrés. © Radio France - Pauline Mareix

Devant les aquariums, en train d'admirer le requin ou de s'amuser à toucher les poissons dans le bassin tactile, les visiteurs sont loin de s'imaginer que rien n'est laissé au hasard et qu'en coulisses, de jour comme de nuit, on s'active pour assurer le spectacle tout en veillant au bien être des poissons.

Plus d'infos : www.citedelamer.com

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