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Louison Bobet, virtuose fragile et consciencieux

mardi 18 juin 2013 à 16:31 France Bleu

 

 

« Chaque course est une aventure ! » dixit Louison Bobet, authentique symbole du cyclisme de l’après-guerre, incarnant le renouveau d’une France qui se requinque de ses blessures, et déguste les victoires de son chouchou en écoutant la voix de rogomme du speaker Georges Briquet à la TSF grésillante, posée sur la toile cirée de la cuisine. « Vas-y Bobet ! » clame-t-on en ville ou sur le bord des routes, pour encourager au passage le « cyclard » amateur dans son effort. Champion plein de panache et de fragilité, tendre et bavard, fier et perpétuellement angoissé, classieux, élégant et pourtant simple, il est resté gravé dans la mémoire collective, la ferveur populaire, et les tablettes dorées du Tour de France.

Junior à partir de 1941, Louison Bobet remporte sa première course en 1942. Puis il transporte des messages pour la Résistance et intègre l’armée après le débarquement allié du 6 juin 1944.Démobilisé en 1946, il décroche le titre de Champion de France chez les amateurs.En 1947, il passe professionnel, s’adjuge le Circuit des Boucles de la Seine et le Tour du Finistère.En 1948, pour sa seconde participation au Tour de France, il endosse le Maillot Jaune à deux reprises, enlève deux étapes, et finit 4° à Paris.Il se pare ensuite de deux titres de Champion de France sur route (1950 – 1951), de deux premières places au classement de la Montagne assorties de deux victoires d’étapes (Tour de France 1950 – Tour d’Italie 1951) et de nombreuses victoires parmi lesquelles Milan- San Remo, le Critérium National (1951), Paris-Nice (1952), Le Critérium des As, le Challenge Desgranges-Colombo, les Tours de l’Ouest, de Lombardie, les Grand Prix des Nations, de l’Écho d’Alger, d’Espéraza, de Cannes et de Cenon. En 1953, 54, et 55, il réalise un triplé historique en remportant trois Tours de France consécutifs. Une première. Champion du Monde sur route en 1954, il est également lauréat du Critérium du Dauphiné Libéré, des Tours du Luxembourg et des Flandres (1955), Paris-Roubaix (1956), Gênes-Nice (1957), Bordeaux-Paris (1959), et récipiendaire de nombreux bouquets sur les étapes des grands Tours et titulaire de multiples places d’honneur.Son palmarès qui compte plus de 122 victoires est l’un des plus riches de l’histoire du cyclisme. En 1961, il met fin à sa carrière sportive, et devient directeur d’un Centre de Thalassothérapie d’abord à Quiberon, puis à Biarritz.Marié à Christine et père de deux enfants Philippe et Maryse, il décède d’un cancer le 13 mars 1983, à l’âge de 58 ans.Un musée lui est dédié dans sa commune natale de Saint-Méen, et une stèle à sa mémoire est érigée près de celle de Fausto Coppi dans la Casse Déserte du col de l’Izoard.Avec son frère Jean Bobet, professeur d’anglais et coureur professionnel à ses côtés qui lui a consacré l’ouvrage « Louison Bobet, une vélobiographie » (1958), il a signé les ouvrages « En selle » (1955), et « Champion cycliste » (1959). Décoré de la Légion d’Honneur, il est mentionné par l’écrivain Georges Pérec dans son livre « Je me souviens », et il fait l’objet d’une chanson du groupe Ludwig von 88 : « Louison Bobet for ever ».La tournée du boulanger Louison Bobet voit le jour le 12 mars 1925 à Saint-Méen-le-Grand, un village de la Bretagne intérieure, où ses parents tiennent une boulangerie. Le père pétrit et cuit la pâte, et les enfants sont convoqués de bonne heure à participer à l’entreprise familiale. En compagnie de sa sœur Madeleine et de son jeune frère Jean, Louison – dès l’âge de 10 ans – apprend le métier et livre le pain dans les campagnes avoisinantes de l’Ille-et-Vilaine. Sur des sentiers étroits, à travers les prairies humides, il découvre les joies de la bicyclette sous la forme d’un vieux biclou grinçant et poussif chargé de 40 kilos de miches, ce qui lui apprend vite à garder l’équilibre et à pousser fort sur les pédales. Du coup, ses loisirs de mitron sont plutôt tournés vers le tennis de table dont il devient Champion de Bretagne.Cependant son oncle Raymond, président d’un club cycliste parisien détecte ses belles dispositions en la matière, ce qui change la donne comme s’en souvient le frère Jean : « À 12 ans, pour le récompenser d’avoir décroché son certificat d’études, la famille lui a offert un vrai vélo de course ! Il le couvait et le bichonnait comme si c’était une poupée ! Il le faisait même régulièrement briller au Mirror, comme un vrai bijou ! »Le tonton a vu juste, le neveu s’entiche de la machine et du sport qui va avec. Mais la guerre stoppe ce bel élan, le remettant derechef au fournil, puis dans les camions de l’Armée française, jusqu’en 1946. Il se remet alors en selle, se marie et monte une petite épicerie avec sa toute jeune moitié : « On ne sait jamais… »Louisette Bonbon « Il a un magnifique tempérament de lutteur, un sens aigu de l’organisation. C’est un calculateur, il vise réalistement à gagner. Son mal, c’est un germe de cérébralité. Il connaît l’angoisse, l’orgueil blessé, c’est un bilieux ! » C’est ainsi que le critique littéraire et essayiste Roland Barthes dépeint Louison Bobet, que son frère Jean, universitaire, écrivain, et lui-même coureur résume à peu près de la même façon : « Un fin stratège, un professionnel méticuleux, mais son moteur, c’est l’inquiétude ! »Le chevalier de la Grande Casse de l’Izoard, le héros du Ventoux, et autres lieux mythiques du Tour de France n’a pourtant pas l’heur de débuter sa carrière par des sucreries. Durant ses premières années, il découvre les cols interminables, la soif, la défaillance, l’asphyxie, la longueur des courses à étapes, l’angoisse de mettre pied à terre, la dure loi de la course d’équipe. Il lui arrive de s’en plaindre et ces souffrances font parfois couler des larmes sur son visage. Du coup, quelques concurrents charitables et spirituels l’affublent de surnoms tels que « La Pleureuse », « Bobette », ou « Louisette Bonbon ». Jusqu’à son rival Robic qui ose : « Moi, Bobet, j’en ai un dans chaque jambe ! »Soupières et beurre salé C’est alors qu’apparaît l’Ange salvateur, sous les traits de Raymond Le Bert, kiné à Saint-Méen, qui prend le champion en main. Massages, diététique, musculation, fiches bristol, rythmes de sommeil, entraînement calibré à 150 kilomètres par jour font en un tournemain de « Louisette Bonbon » un tigre, un aigle, un ogre qui dévore trois Tours de France, un Championnat du Monde et autres amuse-bouche. Qui fait valser les soupières les soirs de mauvaise humeur, et qui exige du beurre salé à table parce qu’« en Bretagne, c’est comme ça ! » Il y a aussi le célèbre « petit bidon » de Raymond, mais les adversaires qui s’en emparent pour le goûter sont unanimes : « Du café, des liqueurs mystérieuse et amères… Tout juste bon à aller de l’hôtel à la ligne de départ ! »Plus tard, ses déclarations sont sans équivoque : « Je n’ai jamais touché à ces stimulants épouvantables ! J’ai fait 30 000 kilomètres par an pendant 14 ans, et je ne pense pas avoir une tête de ravagé ! »Mais la France des années 60 reste divisée entre les « Bobétistes », plutôt urbains, et les « Antibobétistes », plutôt ruraux, ce que Jean analyse à sa manière : « Nous, les Bobets, on ne se mouchait pas dans nos doigts, on avait des mouchoirs ! On essayait de s’exprimer convenablement et on ne se chargeait pas à coups de gnôle ! On tentait de s’élever dans les cols et dans la vie ! »Pour Antoine Blondin : « Louison porte sur ses épaules tout le patrimoine de la tradition cycliste française. C’est le mariage de la harpe et de la trompette ! »Les exploits du champion ayant fini par faire rendre les armes aux « Antibobétistes », la patrie des pédaliers se réconcilie. L’émotion est donc générale le jour où il tire sa révérence, avec un art consommé de la mise en scène : Théâtral, drapé dans une grande tristesse, au sommet du col de l’Iseran, le plus haut d’Europe, à 2 764 mètres. Rideau !Envols « Arriver avec le Maillot Jaune au Parc des Princes devant 40 000 personnes, ça donne la chair de poule, et c’est inoubliable ! Aujourd’hui, j’ai troqué ma tenue de sportif pour celle de l’homme d’affaire, mais je ne regrette rien ! » La reconversion de Louison dans la Thalasso reste un exemple dans la profession, même s’il convenait qu’elle n’était pas sans risque : « J’ai fait trembler mon entourage et mes amis, car je n’avais aucune formation pour diriger une entreprise ! Mais j’ai conservé mon tempérament de gagneur, et ça, c’est le plus important ! »Ses dernières années furent marquées par un sentiment de bonheur et de plénitude : « J’ai une femme merveilleuse, des enfants charmants, je vis dans un pays agréable, entouré d’amis adorables ! »Surtout, il s’adonnait sans modération à son plus grand plaisir : conduire son petit avion, en pilote chevronné, passionné de voyages aériens, ce qui, vu son nouveau métier lui faisait joindre l’utile à l’agréable : « Papa en avait acheté un en 1933. Enfant, j’en ai souvent fabriqué en papier, en imaginant qu’un jour, c’est moi qui serai dans les airs, aux commandes ! »En guise d’au revoir, Jean Bobet a déclaré : « Louison était un petit garçon qui n’en finissait pas de poursuivre ses rêves ! »

 

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