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Attaque mortelle à Strasbourg : ce que l'on sait

Luis Ocaña, un « Grand d’Espagne »

mercredi 19 juin 2013 à 18:27 France Bleu

 

Luis Ocana - Aucun(e)
Luis Ocana - BastienM

 

« C’était un géant, c’était un seigneur, et c’était le soleil ! » Par ces mots pesés, ciselés, l’inimitable écrivain et chroniqueur du Tour de France Antoine Blondin rendait hommage à Luis Ocaña, « L’Espagnol de Mont-de-Marsan », fier hidalgo au sombre regard et aux cheveux de jais, symbole de simplicité, de générosité et de panache au sein des pelotons des années 70. Brève mais intense, sa carrière aussi riche de succès que de drames reste marquée par ses chevaleresques empoignades avec le seigneur de l’époque le grand Eddy Merckx, souvent bousculé et chahuté dans l’exercice d’un pouvoir quasi absolu, au cours de péripéties qui restent gravées dans les annales du sport cycliste.

À partir de 1965, Luis Ocaña se construit chez les amateurs un palmarès conséquent avec notamment le Tour de la Bidassoa (1966), le Grand Prix des Nations, les Tours du Roussillon et du Béarn-Aragon (1967).En 1968, il passe professionnel dans l’équipe « Fagor » et enlève le Championnat d’Espagne sur route ainsi que le Grand Prix de Llodio.En 1969, il gagne le Midi Libre, la Semaine Catalane, le Tour de la Rioja, et le classement du Meilleur grimpeur du Tour d’Espagne, épreuve qu’il remporte en 1970 avant de s’adjuger le Dauphiné Libéré.C’est sur le Tour de France 1971 qu’il devient un champion très populaire, quand, après avoir signé deux victoires d’étapes d’anthologie, après avoir dominé Eddy Merckx dans les Alpes et conquis le Maillot jaune, il chute lourdement dans le col de Mente, et abandonne la route du Tour dans ces dramatiques circonstances. Par ailleurs cette année-là, il triomphe dans les Tours de Catalogne, du Pays Basque, les Grands Prix des Nations et de Lugano, le Trophée Baracchi et À travers Lausanne.En 1972, il réédite ses succès dans Le Dauphiné Libéré et le Championnat d’Espagne sur route.En 1973, après l’avoir porté pendant 18 jours, il ramène le Maillot Jaune à Paris et enlève – au bout de cinq participations – le Tour de France avec plus d’un quart d’heure d’avance sur le second Bernard Thévenet, empochant 6 étapes et le Prix de la combativité. Il épingle de nouveau sur ses tablettes le Critérium de Dauphiné, la Semaine Catalane et le Tour du Pays basque.À partir de 1974, sa carrière décline. Il collectionne cependant des places d’honneur, notamment aux Tours d’Andalousie, des Asturies, à la « Vuelta », dans Paris-Nice, et glane les bouquets du Circuit des Genêts Verts et de « Subida a Arrate ».Il raccroche définitivement en 1977.Il devient alors consultant pour diverses radios ibériques, et un temps directeur sportif de l’équipe cycliste nationale espagnole.Puis il rachète un domaine viticole dans le Gers, à Caupenne, et en compagnie de sa femme Josiane et de ses deux enfants Sylvie et Jean-Louis, se lance dans la production d’armagnac et de Floc de Gascogne.Atteint d’une hépatite, il met fin à ses jours d’un coup de pistolet dans la tempe le 20 mai 1994, à l’âge de 49 ans.Jeune chien fou Né le 9 juin 1945 dans la localité espagnole de Priego, Luis Ocaña passe ses premières années sous les cieux de la péninsule. Son père est un mineur des Asturies qui trime dur et aspire à une vie meilleure pour sa progéniture composée de 5 frères et sœurs. C’est ainsi qu’en 1957 la famille débarque dans le village landais du Houga proche de Mont-de-Marsan, où le chef de famille s’est trouvé une place de bûcheron. Ce père dont il disait : « Il s’est tellement usé au turbin, qu’il est mort en pleine force de l’âge ! »C’est donc vers sa douzième année que le petit Luis découvre les charmes de la Gascogne et des petites routes landaises.Passionné de bicyclette, il prend une licence à la section cycliste du Stade Montois que préside Pierre Cescutti, humaniste, pédagogue, renifleur de talents, et précepteur à ses heures. « Sous ses allures de chien fou, j’ai vite repéré que le gamin avait un gros moteur. Bien qu’il ignorait tout des tactiques de course, je sentais que j’avais entre les mains un joyau à la fois talentueux et fragile ! » se souvient l’ancien dirigeant. Il prend donc la jeune pousse sous son aile, lui inculquant avec patience les bases du métier, agrémentées de ses valeurs personnelles d’honnêteté et de droiture. Ainsi chaperonné, le futur champion est un apprenti consciencieux qui se fait un nom dans le Landerneau pédalant des catégories amateurs, mais que les formations françaises professionnelles rechignent à embaucher. Ce qui n’est pas le cas de l’équipe madrilène « Fagor », trop contente de mettre le grappin sur le phénomène, et de lui proposer un contrat en bonne due forme à condition qu’il conserve sa nationalité espagnole. C’est ainsi que le jeune Luis quitte son emploi de menuisier ébéniste pour se lancer dans la grande aventure, sans pour autant couper les ponts avec son mentor qui constate encore, aujourd’hui fringant nonagénaire : « Sportivement, c’est ma plus belle réussite ! »La légende des cycles Comme les grands classiques du genre, la grande pièce dramatique du Tour 1971 se déroule en trois parties. Acte 1, 11° étape – Tel Don Quichotte sur sa monture,  Ocaña donne le signal de la révolte peu après le départ de Grenoble. Il s’échappe en compagnie du portugais Agostinho, passe tous les cols en tête, lâche son camarade, arrive seul à Orcières-Merlette avec plus de 8 minutes d’avance sur Eddy Merckx, et s’empare du Maillot jaune. Pour la première fois, le « Le Cannibale » mord la poussière, mais apparemment fataliste et beau joueur, il s’écrie : « Le Castillan nous a matés comme un matador le fait de son taureau ! »Acte 2, 12° étape – Touché mais pas coulé et encore moins résigné, le champion belge fait parler la poudre. Il se lance dans une échappée de 215 kilomètres et se pointe à Marseille avec presque deux heures d’avance sur l’horaire prévu. Du coup, il n’y a presque personne dans les gradins pour applaudir l’arrivée des coureurs, et notamment Gaston Deferre, maire de la ville n’est pas encore là. Dégât collatéral : ce dernier, fort vexé de l’épisode snobera longtemps le Tour qui sera proscrit de la cité Phocéenne jusqu’en 1989. Cependant le baroud du grand Eddy est un coup d’épée dans l’eau, Luis conserve son Maillot jaune et apparaît comme vainqueur probable à Paris.Acte 3, 13° étape – Entre Revel et Luchon, sous un ciel d’encre, les éclairs, la grêle et un orage apocalyptique, les coureurs descendent le col de Mente à tombeau ouvert. Dans un virage traître et glissant, les deux protagonistes au coude à coude chutent lourdement, et Luis est emporté à l’hôpital, images émouvantes qui constituent l’épilogue de ce combat de titans. Grand seigneur, le Belge refusera de porter le maillot jaune le lendemain, déclarant sur les Champs-Élysées : « J’aurais préféré terminer deuxième et livrer bataille jusqu’au bout ! »Ces événements entrés dans l’Histoire du Tour sont le point fort d’une rivalité longtemps vive entre les deux hommes, et qu’évoquera plus tard « L’Espagnol de Mont-de-Marsan » : « Eddy m’irritait parce qu’il voulait toujours tout gagner, tout régenter ! Le battre était devenu pour moi une obsession, et j’étais exaspéré par la passivité des autres adversaires ! »Sa femme Josiane se remémore un détail cocasse : « Jusqu’à sa victoire dans le Tour en 73, vaincre « Le Cannibale » lui prenait la tête jusque dans sa vie à la maison. Il avait appelé notre chien « Merckx », et lui disait souvent entre la plaisanterie et le sérieux : Je suis ton maître et je le resterai ! »Finalement, ces bisbilles de Géants de la route finiront par s’arranger grâce à une longue conversation dans un avion et les deux preux chevaliers du guidon aux caractères bien trempés deviendront de vrais copains à l’heure de la retraite.Coups durs en série Faite de chevauchées triomphales et de cuisants échecs, glorieuse et laborieuse, semée d’embûches, de souffrances, de cabrioles, de maladies, la carrière sportive de Luis Ocaña lui valut parfois le surnom de « Martyr ». L’ombrageux et généreux Castillan – à l’image de certains héros littéraires – a trimballé ce mauvais œil jusque dans sa reconversion, au cours de laquelle, pourtant il n’était pas le dernier à refaire joyeusement le monde en compagnie d’anciens camarades champions cyclistes, devant des assiettes et des flacons bien garnis.Plus graves que la grêle malmenant les vignes de sa belle propriété gersoise de Caupenne ou quelques dettes commerciales malencontreuses, deux accidents de voiture l’ont durement secoué, l’un d’eux nécessitant une transfusion sanguine à la suite de laquelle il s’est trouvé touché par une hépatite C tenace, menaçante et épuisante.Ces revers accumulés et peut-être des blessures plus intimes peuvent expliquer son suicide, geste violent et délibéré. Une sortie de route définitive, cette fois choisie et assumée à l’image de son tempérament d’homme entier, fier et indépendant.Peu avant de partir pour de bon, il confiait au journaliste Patrick Le Roux de « Libération » : « Ce n’est pas que je sois malheureux dans ma vie actuelle, mais elle ne me procurera jamais les sensations et les émotions que j’ai vécues sur le vélo ! »

 

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