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Marco Pantani, l’Ange brisé

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Par France Bleu

 

 

« C’est l’orgueil qui me fait avancer ! Quand un homme se contente de ce qu’il a, il n’attend plus rien de la vie ! » Ainsi devisait Marco Pantani, champion cycliste romanesque, petit de taille et grand de cœur, au crâne chauve, au nez aquilin et aux oreilles décollées qui lui valurent au-delà des Alpes le surnom d’ « Éléfantino » qu’il n’appréciait guère. Il préférait celui de « Pirate » dont on le gratifiait volontiers, en référence à son bandana, sa boucle d’oreille en or, et ses chevauchées héroïques à travers les montagnes, les vallées, les cols dont il ramenait de précieux butins en forme d’éclatantes victoires. Jusqu’au jour où ce polytraumatisé du corps et de l’âme a tiré sa révérence à 33 ans, mettant en deuil famille, fans, une bonne partie de l’Italie, et un sport au sein duquel il laisse l’impression d’avoir joué une partition forte et originale, mais trop brève et au goût d’inachevé.En 1989 Marco Pantani entame chez les amateurs un parcours récompensé par le titre de Champion d’Émilie-Romagne (1990), une progression régulière au « Baby Giro » (3° en 90, 2° en 91, 1° en 92) et ne nombreuses places d’honneur dans les courses de la Péninsule.Il passe professionnel en 1992 et enlève en 1994 deux étapes du Tour d’Italie, finissant sur la seconde marche du podium.Puis il se distingue sur le Tour de France, remportant en 1995 deux étapes et le classement du Meilleur Jeune, et encore deux bouquets en 1997, plus la troisième place de l’épreuve aux Champs-Élysées.En 1998, sa carrière explose quand il gagne successivement le Tour d’Italie et son trophée du Meilleur grimpeur, et le Tour de France, franchissant 4 fois en vainqueur les lignes d’arrivées d’étapes spectaculaires de montagne. Il devient un coureur très populaire des deux côtés des Alpes.En 1999, après avoir triomphé au Tour de Murcie, il dispute le « Giro » qu’il est sur le point de gagner à nouveau - détenteur du Maillot Rose et lauréat de 4 étapes - quand il est exclu de la course la veille de l’arrivée, suite à un contrôle antidopage. Cette sanction survenue en pleine gloire, et qu’il conteste catégoriquement lui porte un coup fatal au moral.Dès lors, sa carrière décline, comportant tout de même des bouquets prestigieux sur la Grande Boucle, comme ceux du Mont Ventoux et de Courchevel  en 2000.En 2001, sur le « Giro », au cours du fameux « Blitz de San Remo » - une gigantesque descente de police dans les hôtels - il est pris avec une seringue d’insuline dans sa chambre, et à nouveau suspendu de la compétition.Devenu une sorte de « mouton noir », il se désintéresse peu à peu du monde du vélo et sombre dans le doute, la solitude et la dépression.Le 14 février 2004, il est retrouvé sans vie dans une chambre d’hôtel de Rimini, victime d’un œdème cérébral et pulmonaire attribué à l’absorption d’une overdose de cocaïne, une version que conteste sa mère et d’autres proches.Il fait l’objet d’une chanson - « Rimini » - composée par le groupe Les Wampas. Il est titulaire du « Vélo d’Or » et du « Mendrisio d’Or » 1998.Cornets de glace et ambre solaire Marco Pantani voit le jour le 13 janvier à Cesena, une bourgade italienne de la province d’Émilie-Romagne. À quelques kilomètres de là, sur la côte Adriatique, la station balnéaire de Cesenatico offre ses charmes aux touristes de la Péninsule, et aux vacanciers d’Allemagne et d’Europe du Nord, friands de sable chaud, d’eau cristalline et de bronzette. C’est là que ses parents ont installé le kiosque où se ravitaillent les vacanciers en paninis, fougasses, « piadines » - petits pains parfumés au lard - glaces parfumées, et autres saveurs crémeuses. Le petit Marco fait le bonheur de sa maman Tonina : « Avec moi, il était d’une très grande douceur. Il ne m’a jamais offensée, ni manqué de respect ! »Dès qu’il est en âge de participer aux travaux de la famille, l’adolescent arpente les plages de la région une glacière suspendue à l’épaule, et propose les produits familiaux en criant « Gelati ! » aux populations estivales. Pour qu’il se détende un peu, son père l’envoie faire du vélo au club local que préside le patron du Bar del Corso, Roberto Amaducci, qui s’en souvient encore : « C’est moi qui ai été chargé de faire monter ce gamin de 12 ans sur un vélo. C’était un tout petit maigrelet qui tenait à peine sur la machine. On ne pouvait vraiment pas deviner qu’un jour il deviendrait un chamois ! »En attendant, comme beaucoup de jeunes de la région, le jeune homme accomplit un parcours de militant politique, navigant dans les eaux du gauchisme radical italien, avec la foi sincère des utopistes aux idées généreuses…

Curieusement, c’est dans le vélo, sport individuel par excellence, qu’il trouve une véritable alternative à ses projets de société collectiviste, et un maître en œuvres pédalantes, le Luxembourgeois Charly Gaul, vainqueur du Tour en 1958, et surnommé « L’Ange de la Montagne ». Mais, comme le note Roberto, tout ne s’est pas fait en un jour : « Au début, il ne gagnait pas grand-chose. Mais il s’est accroché, farouche et obstiné ! »Le « Divin Chauve » « Je suis pessimiste de nature, mais je suis toujours le dernier à lâcher prise ! » annonce souvent dans les années 90 Marco Pantani à ses adversaires, en guise de plaisanterie ou de mise en garde. C’est que l’ « Éléfantino » en connaît un rayon en matière de chutes et de cabrioles. Renversé par une voiture à l’entraînement, percuté de plein fouet par une Jeep qui venait en sens inverse sur la course Milan-Turin, envoyé sur le macadam par un chat noir dans le Giro et autres péripéties lui valent un bilan radiographique riche en fractures, déplacements osseux, plaques vissées et autres joyeusetés nécessitant en tout plus de deux années d’hospitalisation. Comme dit sa maman : « C’est un petit homme malmené par le sort, et qui finit toujours par se relever ! » Ce à quoi ajoute l’intéressé : « Le courage existe, c’est pour qu’on s’en serve ! »D’où le goût de revanche et la jubilation particulière que prend pour le grimpeur ailé chacun de ses exploits : « Quand  - sortant d’un grave accident - j’ai passé la ligne en vainqueur à l’Alpe d’Huez sur le Tour en 1997, j’avais des frissons partout, et j’ai hurlé de joie ! Là, je me suis senti surpuissant ! »C’est l’époque où au sommet de son art, il enchante l’Italie ravie de tenir son nouveau « Campionissimo », de surcroît peintre, chanteur de karaoké à ses heures, rebelle, bon vivant, amateur de plaisirs simples comme l’évoque sa belle compagne d’alors, Christina : « À part sa dinguerie pour la vitesse, les Ferrari, les Porsche, il est très traditionnel. Il adore chasser, pêcher à la ligne, et il connaît le nom de tous les poissons. Passionné de bricolage et de mécanique, il démonte et remonte tous les jours sa bicyclette ! » La Presse, le public et les médias célèbrent « L’homme qui met du sel et de la poésie dans le vélo ! » C’est alors que la belle route fleurie du champion, comme arrivée tout en haut du col, bascule dans la descente en même temps que son destin.Enfer sur terre « Marco Pantani pris à son tour », « Pantani pincé pour la triche », « Marco devant le Tribunal », « Nouvelle mise en examen », « Blanchi et accablé à la fois », « Rattrapé par l’insuline », « Pas de pitié pour Pantani »… À partir de 1999, « Le Pirate » passe des rubriques sportives à celles des faits-divers. Ses démêlés avec la justice prennent l’allure d’un mauvais feuilleton, et il se bat comme un sportif prisonnier de son système de défense qui essaie de noyer le poisson entre plates évidences et brumeuses arguties : « C’est toujours les cyclistes qui trinquent, jamais les footballeurs ou les tennismen ! Ou les étudiants, les médecins, les avocats ! Moi, dans le dopage, je ne suis vraiment qu’un artisan ! » Lui, le sauveur de la Grande Boucle 98, dont on a pu écrire finement qu’après l’Affaire Festina, il avait « redopé le Tour », le voilà maintenant la tête dans le tambour de la machine à laver, qualifié de « tricheur », de « paria », voire d’« ange déchu ». C’est pour lui un déshonneur dont il ne se remet pas : « Les blessures psychologiques sont bien plus dures à apaiser que celles du corps. Mon moral est en pièces, j’ai touché le fond, j’arrête tout ! »« C’est là qu’il a commencé prendre de la cocaïne ! » se souvient Christina, qui précise : « Il restait reclus dans le noir, il se sentait trahi et abandonné ! Ensuite, écorché vif, il n’a fait que naviguer entre l’espérance, le désespoir, et les doses… »Pour Bernard Thévenet, toujours plein de bon sens : « Il n’ a pas su redevenir un simple citoyen ! »La découverte de son cadavre a donné lieu à maintes déclarations de remords - hélas bien tardives - sur l’air de « ah, si on avant su avant ! ». Et surtout, entre sa maman, sa famille et ses fans à des interprétations très différentes – suicide ? crime ? overdose ? –  sur les motifs de sa disparition. Les conclusions de la Justice ont engendré des actions qui se poursuivent encore. Sur un carnet retrouvé, Marco Pantani avait écrit, comme d’ultimes confidences : « Combien d’hommes sombrent dans une tristesse torride en cherchant à rattraper leurs rêves qui se brisent dans les drogues ! Je me sens un ex dans tous les sens du terme. J’ai débranché la prise. »

 

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