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Miguel Indurain, le monarque silencieux

mercredi 19 juin 2013 à 17:39 France Bleu

 

Miguel Indurain - Aucun(e)
Miguel Indurain - darz mol

 

« J’aime le Tour de France, et il me l’a bien rendu ! » apprécie Miguel Indurain, dont la haute silhouette, la tignasse de jais, l’œil sombre, le port altier et le sens de la mesure évoquent encore les nobles atours d’un prince de sang Espagnol. « Un jour, quelqu’un me battra ! » prophétisait toujours modeste « Le Roi Miguel » du temps de sa splendeur de quintuple vainqueur de la Grande Boucle. Qualifié régulièrement d’« Être presque surnaturel », champion avare de paroles, icône insaisissable de discrétion et de gentillesse, il interloquait parfois jusqu’à ses équipiers auteurs de la savoureuse formule : « Quand il s’installe à table, on ne l’entend même pas bouger sa chaise ! »En 1975 – âgé de 11 ans – Miguel Indurain entame son parcours de coureur cycliste au sein des catégories destinées aux jeunes Espagnols. « Alevin », puis « Infantile », « Cadet » et « Junior », il dispute plus d’une centaine de compétitions et collectionne déjà les succès.À partir de 1983, il se distingue chez les amateurs en enlevant les titres de Champion de Navarre, d’Espagne, le Tour de Salamanque, la Semaine d’Aragon et le Tour de Viscaye. En 1984, il passe professionnel au sein de l’équipe Reynolds – plus tard intitulée Banesto – à laquelle il restera toujours fidèle.Durant son apprentissage chez les « pros », il remporte les Tours de Murcie, de la Communauté européenne (1986), des Vallées minières (1987), de Catalogne (1988), le Critérium International (1990), Paris-Nice (1989, 90), ainsi que des étapes dans les grands Tours et des places d’honneur dans les classiques.À partir de 1991, sa carrière prend une dimension exceptionnelle, à l’image de son palmarès et de ses temps forts : - 5 Tours de France (1991, 92, 93, 94, 95), 12 victoires d’étapes.- 2 Tours d’Italie (1992, 93), 4 victoires d’étapes.- 2 Critériums du Dauphiné Libéré (1995, 96).- Contre la montre : Champion du monde (1995), Champion olympique (1996).- Champion d’Espagne sur route (1992).- Record de l’Heure (53, 040 kms en 1994 au Vélodrome de Bordeaux ).Il est également lauréat des Tours de Galice, de La Rioja, de l’Alentejo, des Asturies, du Vaucluse, des Grands Prix de Navarre, du Midi libre et la Bicyclette Basque.Il quitte le métier en 1996, mais il en reste proche, étant membre du Comité Olympique espagnol, du Conseil du cyclisme professionnel, du jury du Prix Prince des Asturies, et via sa « Fondation Miguel Indurain » dont le but est de promouvoir le sport en Navarre.Lauréat du « Vélo d’Or », du « Mendrisio d’Or », du Grand Prix de l’Académie des Sports, il est nommé « Athlète de l’Année » en 1993.Décoré en France de la Légion d’Honneur, il est dans son pays récipiendaire de la Grand Croix du Mérite Sportif, Médaille d’Or du Mérite Civil, et succède en 2002 à Julio Iglesias au Prix « Español Universal ».Il fait l’objet de trois ouvrages éponymes publiés dans la péninsule Ibérique et signés Javier Garcia Sanchez (« Una pasion templada » – 1998), Pablo Muñoz (« Una vida sobre ruedas » - 1994), et Benito Urraburu (« Corazon de ciclista »).En 1995, sous la plume de Christian Laborde, paraît le récit-roman « Le Roi Miguel ». Depuis 2009, choisi par la Commission européenne, il assure la promotion des produits issus de l’agriculture biologique. Il tient désormais un magasin de sport à Pampelune.Époux de Marisa depuis 1992, il est père de trois enfants dont l’aîné – Miguel Junior – pratique les courses de vélo depuis 2010. Sandwiches et sodas Miguel Indurain voit le jour le 16 juillet 1964 dans le village de Villava proche de Pampelune. C’est là qu’entourés de leurs cinq enfants, ses parents travaillent la terre de Navarre comme des fermiers consciencieux, pétris de valeurs ancestrales et rurales encore vivaces malgré les secousses de l’histoire, comme le précise le papa de Miguel : « Je suis un enfant de la guerre civile, j’avais neuf ans quand elle a éclaté. Chaque pierre, chaque pouce de terrain avaient été dévastés. Il a bien fallu qu’on les remette à l’endroit. Après, tout ce que j’ai voulu pour les miens, c’est du pain sur le table tous les jours, et la paix à la maison. Je n’ai jamais rien demandé d’autre à la Vierge du Rosaire, la patronne de Villava ! »L’enfance du futur champion – parfumée aux récoltes de maïs, d’orge, de blé – se déroule dans une ambiance très pieuse où l’on n’entame pas le pain sans l’avoir signé de la croix avec la pointe du couteau, où il n’est pas question de manquer la messe ni les vêpres, et où la famille s’éduque selon les trois exigences paternelles : « Courage. Volonté. Humilité. »Miguel est un bon élève – futur bachelier, puis 5 ans étudiant en mécanique – qui tient à aider ses parents aux travaux de la ferme : « C’est là que j’ai appris le prix de la sueur, et surtout qu’avant de récolter, il fallait semer, et beaucoup travailler ! »Il pratique un temps l’athlétisme, mais se laisse embarquer bien vite dans le tourbillon des courses cyclistes : « Ce qui me plaisait, c’est qu’aux arrivées, on avait droit à un sandwich et à une boisson gazeuse ! Et puis, je rêvais d’être Bernard Hinault ! » Son voisin Eusebio se souvient d’un copain qui ne donnait pas vraiment dans la frime : « À 17 ou 18 ans, à l’âge où les jeunes sortent en discothèque, lui, c’était la famille, le tracteur, le fusil de chasse et le vélo ! Si j’avais un fils comme ça aujourd’hui, je serais préoccupé ! »Lequel Eusbio, flairant ses aptitudes, « c’était un diamant, il fallait juste le tailler un peu ! », encourage son paisible camarade et finit par devenir son inséparable manager.« Trop sympa ! » 1 mètre 90, 88 kilos, 7 litres de capacité thoracique, un cœur qui bat à 28 pulsations et brasse 50 litres de sang à la minute, de longues jambes aussi fortes qu’un couple de bielles de locomotive, quand il débarque chez les pros, la carte de visite de Miguel Indurain est presque trop belle, comme le constate Echavarri son fidèle directeur sportif qui le contraint à ronger son frein durant plusieurs années : « Miguel est un pur produit de sa terre, avec juste l’eau tombée du ciel et le soleil en plus ! C’est un bel arbre, mais pour le sculpter, il m’a fallu du temps ! Il a fallu tailler, dégrossir, améliorer, avant que je lui donne son « passeport » pour aller chercher les premières places ! »Un travail payant, si l’on en juge par le palmarès du prodige, le seul à s’être adjugé deux années de suite le « Giro », et le Tour de France, avec en prime un côté moderniste dans l’alimentation et le matériel qui ne manque pas, à l’époque de stimuler les imaginations du peloton et des chroniqueurs: « C’est Robocop ! », « C’est Superman ! », « Il va plus vite qu’un avion ! », ou encore : « C’est pas un chrono, c’est la course contre le monstre ! »Le règne sans partage du « Roi Miguel » met ses adversaires en charpie, mais en déroute plus d’un pour d’autres raisons, comme l’exprime un jour le britannique Chis Boardmann : « Ce qui me rend malade, c’est qu’on ne peut pas se révolter contre lui. Il n’y a pas de haine, pas de colère. C’est un gars vraiment sympa et un vrai champion ! »Comme l’écrit dans « La Vie » Béatrice Houchard : « Il ne parle pas, ne souffre pas, ne transpire pas… mais il pédale et il gagne ! »Du coup, on lui colle des étiquettes de circonstance : « Timide », « Silencieux », « Lointain », Énigmatique », « Mystérieux », et certains ne se privent pas de souligner que sous son écrasante supériorité, il manque de panache, d’actes gratuits, de saillies verbales savoureuses et folkloriques comme on les aime dans le petit monde du vélo.Il s’en explique avec calme et patience : « C’est ma façon d’exister, tout simplement ! Je ne suis pas du genre à raconter des blagues et je ne cours pas après la popularité ! J’essaie d’être le meilleur possible. Je n’ai pas de recette magique et aucune victoire n’est facile. Si je gagne, tant mieux, quand je perds, je n’en fais pas un drame ! J’ai ma conscience pour moi ! »Ce que résume joliment Echavarri : « C’est un fils d’agriculteur. Il a construit sa carrière comme on laboure son champ ! Il a tracé son sillon, et quel sillon ! »Tourner la page Par un clin d’œil plutôt vache du destin, c’est précisément un jour de 1996 où le Tour de France passe dans son village devant son public, ses parents, ses amis, Marisa et les enfants, que le « Grand d’Espagne » connaît son plus gros coup de barre qui le fait arriver à Pampelune avec plus de 8 minutes de retard, le décidant, du coup, à mettre un terme à sa carrière. Encore une fois c’est sans aigreurs, dans le calme et la dignité qu’il répond à ce cruel coup du sort : « Je crois que j’ai assez donné au cyclisme professionnel. J’ai envie de vivre autre chose ! »Depuis, à l’abri du besoin, il a retrouvé la tranquillité et le silence de ses chères terres de Navarre, les parties de chasse à la palombe, et quelques balades en vélo - « rien que pour le plaisir » - au cœur des forêts du Pays Basque.Il fait toujours la fierté de sa famille, et surtout de son père, jamais à court de sagesse ou d’un bon mot : « Grâce à Miguel, moi, un simple paysan, j’ai serré la main du Pape et du Roi d’Espagne ! Qu’est-ce que ça change ? J’ai toujours 5 doigts, et il y aura toujours un verre de vin de ma vigne pour les amis qui passent à la maison ! »

 

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