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Un américain à Limoges pour aider le CSP à grandir

Par Jérôme Ostermann, France Bleu Limousin mercredi 5 octobre 2016 à 18:46

Le président fondateur de G2 Strategic Marshell Glickmann en discussion avec le président du Limoges CSP Frédréic Forte devant le siège du club rue Haute-Vienne à Limoges
Le président fondateur de G2 Strategic Marshell Glickmann en discussion avec le président du Limoges CSP Frédréic Forte devant le siège du club rue Haute-Vienne à Limoges © Radio France - Jérôme Ostermann

L'ancien président des Trail Blazers de Portland est à Limoges. Désormais président d'un cabinet de conseil, c'est lui qui a mis sur pied la nouvelle billetterie du CSP. Mais ce n'est que la première étape de sa collaboration avec le club limougeaud. Son associé français répond à nos questions.

Marshall Glickmann n'est pas basketteur mais a été le président d'une franchise NBA à Portland pendant 10 ans. Il est aujourd'hui président fondateur de G2 Strategic, un cabinet de conseils auprès de nombreux clubs en France, comme le PSG, Lyon, Lille en foot ou encore le Stade Français et La Rochelle en rugby. Un cabinet qui a d'ailleurs mis sur pied la nouvelle billetterie du CSP. Une première étape dans son accompagnement du club. La suite est en préparation. D'où cette première visite à Limoges en compagnie d'Antony Thiodet, consultant associé de G2 Strategic. Ce dernier a accepté de répondre à nos questions. Entretien.

France Bleu Limousin : Quelle est votre mission auprès du Limoges CSP ?

Antony Thiodet : Notre mission auprès du Limoges CSP est de l'accompagner sur un processus de redéfinition de ses offres de produit à destination de différents publics. En premier lieu, le public déjà présent dans la salle et qui est ô combien important pour cette atmosphère si particulière à Beaublanc, mais qui a peut-être aujourd'hui des besoins insatisfaits. Mais aussi et surtout un public qui n'est pas encore dans la salle et qui pourrait venir compléter le premier de sorte que l'on parvienne à une situation où l'on fermerait les guichets pour tous les matchs pour garantir une atmosphère meilleure encore et pour que le club génère plus de revenus.

Votre message, c'est qu'il y a une nouvelle génération qui arrive et qu'il est vital, pour n'importe quel club, de la séduire et de lui donner envie de venir voir les matchs...

Il y a en effet une nouvelle génération que l'on appelle génération Y ou Millenials, les gens nés entre 1985 et 1990, qui arrivent aujourd'hui sur le marché du travail et qui ont donc des capacités à consommer. Ces gens là ont des comportements tout à fait différents. Et les entreprises qui ne s’adaptent pas à ces comportements là sont destinées à mourir. On l'a vu avec les phénomènes Uber pour les taxis ou BlaBlaCar sur le transport. Il y a de nouvelles offres en train d’émerger et si les clubs ne s'en préoccupent pas, ne font pas naître des nouvelles offres pour séduire ces nouveaux publics, ces publics vont se détourner des clubs et aller ailleurs.

Mais un club de sport n'est pas une entreprise comme une autre. Comment un club professionnel comme le Limoges CSP peut s’adapter à ces nouveaux publics ?

Pour prendre un exemple précis, on sait que ces nouvelles générations aiment partager ses expériences via internet et le wifi. Pour avoir vu des matchs à Beaublanc, on a du mal à se connecter via la 4G parce qu'il y a une concentration de monde qui fait que l'accès au réseau mobile est compliqué. C'est l'une des réponses à apporter. Une autre réponse, c'est que cette génération là ne se satisfait pas de faire des queues interminables à la mi-temps au point de rater le début de la seconde période pour aller chercher un sandwich qui parfois n'est pas très bon. Ils veulent le meilleur et n'ont pas peur de faire 100 ou 200 kilomètres pour l'avoir. Il faut être vigilent par rapport à ça. C'est là dessus que l'on encourage le Limoges CSP à avancer, à réfléchir et à anticiper ce que sera le monde de demain, car des bouleversements très conséquents vont avoir lieu dans le domaine du loisir sportif.

Vous parlez de loisirs sportifs. Pensez-vous amener des animations à Beaublanc au delà du match de basket ? Des petits paniers pour les enfants par exemple ?

Bien sur, cela va dans ce sens là. La prise en compte de publics qui peut-être ne sont pas totalement satisfaits, comme les familles avec de jeunes enfants. Par exemple à Vitoria en Espagne, il existe une garderie. C'est une initiative parmi d'autres. On connait tous les Crazy Dunkers, cela contribue au spectacle dans une salle. Après, tout cela doit être passé au crible de ce qu'il est possible de faire ou pas dans le contexte de Beaublanc. Une salle qui date de 1981, avec les besoins de l'époque. Nous sommes 35 ans après.

Là est le défi. Attirer de nouvelles générations dans une salle quasi obsolète, lier le passé et l'avenir...

On commence à peine nos travaux. On a fait deux mois d'audit pour bien comprendre la situation. On ne vient pas avec des solutions toutes faites qu'on plaque aveuglement dans tel ou tel club. Maintenant, on est dans la phase dans laquelle on va faire des recommandations, envisager des plans d'action. Il y a quelques poches de progressions possibles, qui sont envisageables immédiatement sur Beaublanc. Ensuite, il peut y avoir des développements qui s'opèrent dans l’environnement proche de la salle. Sachant que nous, in fine, nous ne sommes qu'un agitateur d'idées. Tout en travaillant avec les neuf autres clubs qui composent le consortium que l'on a constitué, six clubs de football (dont PSG, OL, Losc, Nancy, Metz), deux de rugby (Stade Français et La Rochelle) et un autre de basket (Antibes). L'idée étant de mettre ces clubs en situation d’échanger sur leurs meilleurs idées, pratiques et expériences. Dans le sport français, on se considère tous comme concurrents. Mais il faudrait avoir à l'esprit, que nous ne sommes concurrents que sur le terrain. En dehors, on doit tous être solidaires, s'aider les uns les autres. C'est comme cela que G2 Strategic veut travailler avec Frédéric Forte et son équipe.

Cela peut durer combien de temps ?

On va travailler au moins deux ans avec le club. Mais on espère que ce que l'on va proposer va avoir un effet sur un cycle long de 5 à 10 ans. Notamment pour aider le club à faire face à un contexte de baisse des subventions publiques. Il faut compenser voir faire mieux, pour retrouver un peu de compétitivité au niveau européen. C'est ce que les gens attendent, surtout dans une ville comme Limoges qui a quand même été championne d'Europe en 1993. Il faut réussir à combler le fossé qui est en train de se creuser avec d'autres pays, qui sont peut-être plus pro actifs et inventifs qu'en France.

Et vous le sentez-comment pour le Limoges CSP ? Beaublanc est quand même une vieille salle. Est-ce compatible ?

Il y a une base extraordinaire et qu'il ne faut évidemment pas bouleverser, c'est la base de fans historiques qui est derrière le club. Ça sent très fort le basket dans cette salle, et cela, il faut qu'on le garde. C'est une base formidable. Ensuite, il y a un très bon équilibre entre l'offre et la demande. Un trop gros stade ou une trop grande salle, ce n’est pas bon. Quand il y a trop de places, quelque part, le produit se dégrade. Donc il y a une bonne base, un bon équilibre à Limoges. Mais il va falloir apporter de petits ajustements. Et la volonté de Frédéric Forte, c'est de la faire avec les gens. On va donc rentrer dans une phase lors de laquelle nous serons à l'écoute des publics. Que ce soient des entreprises ou des particuliers, pour identifier très précisément ce que les limougeauds attendent, ce dont ils ont envie et besoin. Il y aura des enquêtes d'opinion, des tables rondes. Il va aussi falloir identifier pourquoi certains ne viennent pas à la salle. C'est ceux là que l'ont a besoin de ramener aujourd'hui, pour remplir les derniers sièges et aller chercher des revenus complémentaires, qui permettront d'avoir une meilleure équipe. Et c'est dans ce sens là qu'il faut construire. Le temps où l'on imaginait construire une belle équipe pour avoir une belle économie est révolu. Il faut d'abord développer une bonne économie, et la bonne équipe suivra.

Antony Thiodet, du cabinet G2 Strategic

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