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Anthony Delaplace (Arkea Samsic) : "L'étape de Tignes, le pire moment de ma carrière"

Il était un des deux Manchois engagés sur le Tour de France 2021. Le Valognais Anthony Delaplace a été contraint de quitter la Grande Boucle après une arrivée hors-délais à Tignes lors de la 9e étape. A l'occasion de l'arrivée du peloton à Paris, coup d'œil dans le rétro.

Le coureur manchois Anthony Delaplace à bout de forces à Tignes, arrivée de la 9e étape du Tour de France 2021 Le coureur manchois Anthony Delaplace à bout de forces à Tignes, arrivée de la 9e étape du Tour de France 2021
Le coureur manchois Anthony Delaplace à bout de forces à Tignes, arrivée de la 9e étape du Tour de France 2021 - Facebook équipe Arkea Samsic

Anthony Delaplace, votre Tour de France s'est terminé cette année au soir de la 9e étape à Tignes, dans les Alpes. Vous êtes arrivé hors-délais. Deux semaines après, dans quel état d'esprit êtes-vous ? 

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J'ai d'abord digéré ma déception. Finir hors-délais, c'est un scenario que je n'avais jamais trop imaginé. Abandonner sur chute, oui, mais pas hors-délais. Malheureusement, j'ai eu un coup de moins bien, un coup de froid, et ça ne pardonne pas sur une étape comme ça. Depuis, j'ai fait une semaine de repos total, sans vélo. Et j'ai repris l'entraînement progressivement depuis dimanche dernier (11 juillet), dans le Cotentin. Et là, je vais partir à la montagne pour me préparer pour le mois d'août. Je reprends avec la classique de Vilafranca en Espagne (25 juillet) et le Tour de l'Ain (29-31 juillet), la Polynormande et le tour du Poitou-Charentes. 

Le Tour ? J'aimerais y revenir. Après, est-ce que ça en vaut la chandelle ? Le niveau est de plus en plus élevé.

C'est votre pire Tour de France ? 

Il y a eu aussi mon abandon en 2012 à cause d'une fracture au poignet. Sur chute, c'est une blessure, c'est différent : on se dit qu'on ne peut pas continuer. Cette année, la déception d'être hors-délais, à bout de force, c'est le pire moment de ma carrière de terminer sur une mauvaise étape. 

La question divise au sein du peloton mais c'était un Tour de France plus dur que les années précédentes ? 

Au niveau de la difficulté, non. On avait 9000 mètres de dénivelé positif en moins cette année qu'en 2019 ou 2020. Après, c'était le plus fatigant. Il y a le parcours, le relief mais ce sont les coureurs qui font la course. Cette année, ça roulait très vite, plus que les autres années. On a eu des étapes hyper disputées tous les jours. Même les étapes de transition, il n'y a pas de repos : ce sont des échappées de costauds, qui mettent du temps à sortir. C'est ce qui a rendu le Tour hyper compliqué et dur cette année. 

La météo et les chutes non plus ne vous ont pas épargnés...

On a eu beaucoup de chutes en première semaine. Et la météo aussi : normalement, en juillet, il fait beau. Pour les neuf étapes que j'ai faites, on a eu la moitié sous la pluie et même le froid dans les Alpes. Ils ont eu aussi une ou deux mauvaises étapes dans les Pyrénées. Le temps joue beaucoup pour la récupération. 

Tadej Pogacar, à son âge, c'est très impressionnant

A 31 ans, c'était votre huitième Tour de France. Avec ce scenario, avez-vous envie de repartir l'an prochain ? 

D'un côté, je n'ai pas envie de rester sur cet échec, de me dire "mon dernier Tour, je l'ai fini hors-délais". C'est dur à accepter. J'aimerais y revenir. Après, est-ce que ça en vaut la chandelle ? Le niveau est de plus en plus élevé. Est-ce que ça vaut le coup de "souffrir" trois semaines ? C'est une question que je ne me suis pas encore posée. On verra bien l'année prochaine. Mais le Tour, c'est beaucoup de stress, de pression, de fatigue... Est-ce que ça ne vaut pas le coup de se reposer en juillet et de faire une belle fin de saison ? En août-septembre, il y a toujours de très belles courses qui me correspondent bien. On verra bien en fonction du début de saison. Le Tour, c'est déjà dur à 100% ; si je suis à 80%, je n'irai pas. 

On a vu le leader de votre formation Arkea Samsic, le Colombien Nairo Quintana, tenter des choses dans les Pyrénées. Selon vous, quel est le bilan de l'équipe ? 

Avec toutes les chutes et les abandons de Warren Barguil, Clément Russo et Nacer Bouhanni, ma mésaventure, ça a été un Tour un peu délicat. ça avait pourtant super bien commencé avec Nacer qui avait retrouvé son meilleur niveau et fait des supers sprints. L'objectif, c'était une victoire en montagne et le maillot à pois pour Nairo. Il a essayé. Mais Tadej Pogacar a tout raflé.  L'objectif n'a donc pas été atteint. Mais tout n'est pas à jeter. Le niveau est tellement élevé : c'est compliqué de briller. 

Benoît Cosnefroy a un bon niveau, mais cette année, il y a très peu d'ouvertures pour un coureur comme lui.

Le Slovène Tadej Pogacar va remporter son deuxième Tour de France d'affilée à seulement 22 ans. On le surnomme déjà le "Nouveau Cannibale", en référence à Eddy Merckx. Il est impressionnant ? 

Oui, il en veut toujours plus. Moi je vois ça de loin (rire). Il ne se contente pas du maillot jaune. Il essaye de gagner toutes les étapes qu'il peut. Cette année, il n'y a que le maillot vert qu'il n'a pas ! A son âge, c'est impressionnant.

Impressionnant, à tel point que certains doutent de ses performances. Comprenez-vous ces doutes ? 

Oui, je comprends. Après, en terme de watts (de puissance) dans les ascensions, ça se joue à rien du tout. Il y encore dix à douze coureurs dans le peloton qui sont de son niveau. C'est la plus grande course au monde, donc il y a du niveau. 

Vous étiez deux Manchois sur ce Tour. Que pensez-vous de la prestation de Benoît Cosnefroy ? 

L'an dernier, il avait pris le maillot à pois de meilleur grimpeur. Donc forcément, quand on a un maillot distinctif, les gens le remarquent. Physiquement, il n'est pas mauvais (rire). Il a un bon niveau. On ne se rend pas compte devant la télé, mais ça roule vite. Benoît a un bon niveau, mais cette année, il y a très peu d'ouvertures pour un coureur comme lui. Entre les sprints et les étapes de montagnes, on se rend compte qu'il n'y a plus vraiment de baroudeurs, mais plutôt des puncheurs ou des purs grimpeurs. Physiquement, il était là, mais c'est dur de se mettre en évidence. En plus il a les JO derrière. Je pense qu'il n'a pas insisté sur les étapes où il savait qu'il n'avait rien à jouer. 

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