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Football DOSSIER : À l'école de l'AJA

À L'ÉCOLE DE L'AJA - Le déracinement familial

dimanche 7 octobre 2018 à 20:55 Par Bruno Blanzat, France Bleu Auxerre

ÉPISODE 2 - Pendant une saison, France Bleu Auxerre vous fait découvrir l'envers du décor du prestigieux centre de formation de l'AJA. Dans de deuxième épisode de cette série, on s'intéresse au déracinement familial que doivent gérer les 63 apprentis de l'académie, âgés de 14 à 20 ans.

Kylian Baroudi (à gauche) et Théo Robert (à droite) au centre de formation de l'AJ Auxerre
Kylian Baroudi (à gauche) et Théo Robert (à droite) au centre de formation de l'AJ Auxerre © Radio France - Bruno Blanzat

Auxerre, France

Théo Robert tente de rompre l'éloignement. A côté de son lit, accrochée au mur, le gardien de 16 ans nous montre une photo de ses copains du pôle espoir de l'île de La Réunion, une terre, à 9000 kilomètres d'Auxerre, qu'il a quittée cet été. 

"C'était comme ma deuxième famille. On a tout fait ensemble explique l'adolescent avec émotion. Lui (il montre avec son doigt), il était dans la même ville que moi. Depuis petit on se connait. A chaque fois que je me lève, je vois cette photo et je me dis, c'est un peu comme ma force. je me dis, je vais faire ça pour eux. "

"Les deux premières semaines, chaque matin, je pleurais" — Théo Robert, gardien, 16 ans

"A l'école de l'AJA", épisode 2, le déracinement familial

Cela fait trois mois que Théo Robert est arrivé au centre de formation de l'AJA. Loin de sa famille, de ses proches. "C'est dur. Des fois, quand je regarde les photos de mes proches, de mes amis, je me demande ce que je fais ici ? Mais après, je prends cette distance comme une force, j'avance. ce qui me manque? de sortir ensemble, de manger ensemble, d'aller en ville. Même des fois, les disputes me manquent. Les deux premières semaines, chaque matin, je pleurais. Maintenant, ça va."

"Certains se sentent investis d'une mission de réussir aussi pour leur famille. Donc ce n'est pas facile." — Bernard David, directeur du centre de formation de l'AJA

Le déracinement familial, un sujet loin d'être pris à la légère au centre de formation de l'AJA dirigé par Bernard David : "Pour nous, ce sont des gamins comme les autres. Mais avec un programme beaucoup plus rigide et vu par les autres différemment. Et eux, se sentent investis d'une mission de réussir aussi pour leur famille, certains. Donc ce n'est pas facile. Donc s'ils ont le socle familial pas loin, c'est capital."

Bernard David, directeur du centre de formation de l'AJA prend au sérieux la problémtique du déracinement familial - Radio France
Bernard David, directeur du centre de formation de l'AJA prend au sérieux la problémtique du déracinement familial © Radio France - Bruno Blanzat

Et quand ce n'est pas le cas, les éducateurs de l'académie jouent aussi le rôle de père de famille. Mais il n'est pas forcément simple pour ces adolescents de se livrer lors de ces moments de solitude. 

"Franchement, c'est plus compliqué pour la plupart d'entre-nous détaille Kylian Baroudi qui vit sa cinquième année au centre de formation où il est arrivé à 14 ans de la région parisienne. Moi, je n'aime pas trop m'ouvrir à des gens... Enfin, même si c'est un éducateur que l'on voit tous les jours. Du coup, on prend sur soit, on garde ça pour soit."

"Dans les statistiques, il y a plus de chances de devenir professionnel quand on est proche de sa famille et que l'on n'est pas déraciné trop tôt." — Bernard David, directeur du centre de formation de l'AJA

Pour atténuer cette solitude, qui peut se transformer en mal-être, l'AJA, qui ne met pas, à l'intérieur du centre de formation, de choses particulières en place pour faire face à cette problématique, tente désormais de recruter plus de jeunes de région parisienne où le vivier est énorme : "On voudrait même encore accentuer, avoir beaucoup plus de jeunes de l'Yonne et de Bourgogne, même si on a Dijon en concurrence et il faut le prendre en compte. Mais il y a sûrement des bons gamins à Sens, à Avallon et dans les villages aux alentours d'Auxerre. On sait que dans les statistiques, il y a plus de chances de devenir professionnel quand on est proche de sa famille et que l'on n'est pas déraciné trop tôt."

Pour faire face à cette problématique, des règles ont été mises en place. Les clubs signent des ANS, des Accords de Non Sollicitations, avec les adolescents. Ce qui leur permet de les recruter à 14 ans mais de les faire venir "seulement" à partir de 16 ans sans qu'un autre club, entre temps, n'ait attiré le jeune. 

A Auxerre, les parents, les proches de joueurs originaires de la région parisienne viennent passer le dimanche sur les bords de l'Yonne, pour voir le match de leur enfants, de leur frère, de leur neveu. "C'est aussi pour cela que j'ai signé ici" souligne Kylian Baroudi.

Théo Robert, lui, ne reverra ses parents que dans deux mois et demi, pour fêter Noël à La Réunion. En attendant, il passe des appels vidéos quasi quotidiens : "Allô maman, ça va? Oui, ça va, et toi... Comment s'est déroulé ton match? etc..." Quand on lui demande ce que ça fait? "Le cœur est un peu gros, mais ca fait du bien... sa maman sourit puis lâche: "Théo, on est là". Lui reprend: Loin des yeux, mais près du cœur."