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Football

De Evreux à l'équipe de France Espoirs : Dayot Upamecano, le football normand à qui tout réussit

jeudi 11 octobre 2018 à 10:20 Par Bertrand Queneutte, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

Considéré comme l'une des plus belles promesses françaises au poste de défenseur central, Dayot Upamecano gravit les échelons à une vitesse folle. Originaire d'Evreux, l'international Espoirs nous raconte son parcours atypique et son ascension fulgurante. Entretien exclusif.

Dayot Upamecano a rejoint Leipzig en janvier 2017
Dayot Upamecano a rejoint Leipzig en janvier 2017 © Maxppp - Jan Woitas

Rouen, France

C'est à Clairefontaine que Dayot Upamecano nous donne rendez-vous. Pour la première fois depuis qu'il a quitté la France en juillet 2015, le jeune homme originaire d'Evreux s'apprête à rejouer en Normandie. Cette fois, avec le maillot de l'équipe de France Espoirs, sur la pelouse du Stade Robert Diochon (vendredi 12 octobre, 20h45). 

Agé de 19 ans, Dayot Upamecano est encore peu connu du grand public. Il faut dire que c'est à l'étranger que son talent a explosé. Transféré de Valenciennes à Salzbourg alors qu'il n'avait que quinze ans, le défenseur a grandi loin des caméras et des micros français. Ultra précoce, il est rapidement devenu, en Autriche, l'un des plus grands espoirs du football tricolore. International, Dayot évolue depuis une saison et demi au RB Leipzig, où il est titulaire en Bundesliga. Un club avec lequel il dispute régulièrement la Champions League ou la Ligue Europa, et avec lequel il joue les premiers rôles dans le championnat allemand. 

Au micro France Bleu Normandie de Bertrand Queneutte, récit d'un parcours atypique, celui d'un garçon que beaucoup considèrent comme le successeur de Raphaël Varane. 

Les origines

BQ : Comment se fait-il que la Madeleine et les clubs d'Evreux produisent autant de talents : Guitane, Grandsir, O.Dembélé, vous, et d'autres dans le passé ? 

DU : Les footballeurs que vous citez, ce sont des gars avec qui j'ai grandi, nous sommes du même quartier. On a joué ensemble, dans les "city" (ndlr : complexe de futsal ou de foot à cinq). Evreux, c'est une petite ville. La Madeleine, c'est un petit quartier. Mais on y fait du bon boulot. Les coachs font du bon travail, ils forment bien. Aujourd'hui, il y a encore beaucoup de jeunes qui partent en formation dans des clubs de Ligue 1 et Ligue 2, des clubs pros. Il y a toujours eu un gros travail de formation, on le voit bien avec des garçons comme Ousmane Dembélé, et même avant avec Mathieu Bodmer ou encore Bernard Mendy. 

BQ : Rafik Guitane et Ousmane Dembélé, ce sont des jeunes avec qui vous avez joué en club ? 

DU : Avec Ousmane Dembélé, je n'ai joué que quelques matchs : deux ou trois. En revanche, j'ai joué deux saisons avec Rafik. Tous les deux, ce sont des talents. Ils ont beaucoup travaillé pour en arriver là. Je suis fier d'eux. 

BQ : Le travail, c'est un mot qui revient beaucoup dans votre vocabulaire. Est-ce la clef de votre réussite, dans ma mesure où vous dîtes parfois que, plus jeune, vous n'étiez pas le meilleur ? 

DU : C'est vrai. Petit, je n'étais pas le meilleur. Ma famille m'a beaucoup aidé. Et moi, j'ai travaillé très dur pour en arriver là.

Dayot Upamecano : J'ai travaillé plus que d'autres

BQ : Avez-vous le sentiment d'avoir travaillé plus que d'autres, à votre poste, pour percer ? 

DU : J'ai travaillé plus que d'autres, oui. A Evreux, à la fin des entraînements, j'allais taper le ballon tout seul. Avec des amis, parfois. Cela m'a réussi. 

Dayot Upamecano (à gauche) est passé par le centre de formation de Valenciennes - Maxppp
Dayot Upamecano (à gauche) est passé par le centre de formation de Valenciennes © Maxppp - La Voix du Nord

BQ : Dans le quartier, vous viviez football du matin au soir ? 

DU : Pour moi, le football, c'était matin, midi et soir. C'était que ça, le football, c'est tout. Avec Rafik, Ousmane et d'autres, on jouait tout le temps. On faisait aussi des futsal. On travaillait la technique, l'agressivité. On jouait sans limite. Et cela nous a beaucoup aidé. 

BQ : En même temps, quand on est repéré par un club pro comme Valenciennes, c'est qu'il y a aussi du talent, pas seulement du travail, non ? 

Dayot Upamecano : Je n'étais pas le meilleur, mais j'avais la rage 

DU : Je n'étais pas le meilleur, mais c'est vrai que sur le terrain je donnais tout. J'avais la rage, à chaque match. Des fois, je jouais aussi au milieu. Et je marquais des buts. Peu importe où le coach me mettait, je jouais. Ma force et ma maturité, elles viennent de là. 

BQ : Quels souvenirs gardez-vous de ces années à Evreux ? 

DU : Evreux et la Madeleine, c'est tout pour moi. Il y a aussi Angers, parce que j'ai également grandi là-bas. Mais Evreux, c'est là où tout a commencé. Je n'oublierai jamais d'où je viens, parce que c'est très très important pour moi. Quand j'ai le temps, je repasse au club, je vais au quartier. Je parle avec les petits, je leur raconte. Et je crois que ça les aide aussi. 

BQ : Les petits, ils ont des étoiles dans les yeux ? 

DU : Une fois, je suis retourné dans mon ancienne école. Cela leur a fait plaisir. Les petits me demandaient des autographes. Ils étaient contents. Ils me demandaient comment j'avais fait pour devenir professionnel. Je leur ai dit qu'il n'y a que le travail qui paie, et qu'il ne faut jamais rien lâcher. 

Dayot Upamecano : Evreux, c'est tout pour moi

BQ : Vous vous souvenez de vos tous premiers pas dans le football ? 

DU : C'était au SCO d'Angers, j'avais fait un ou deux mois. Ensuite, je suis parti à la Vaillante d'Angers, à Evreux, puis à Valenciennes. 

BQ : Le football, c'est une passion familial ? 

DU : Mon père regarde beaucoup de football, ma famille aussi. En revanche, il n'y a pas de footballeur professionnel dans ma famille. Je suis le seul. 

Dayot Upamecano nous racontes ses orgines

L'ascension d'un géant

BQ : Beaucoup de bons footballeurs d'Evreux passent par le HAC. Vous n'avez jamais eu de contact avec Le Havre ? 

DU : Je ne sais pas si Le Havre me voulait. En tous cas, on ne m'a jamais parlé de ça. Ce que je sais, c'est que j'ai eu Valenciennes. Et je suis parti là bas, direct. Valenciennes, c'est un très très bon souvenir : les coachs, le centre de formation, les jeunes. Cela a été un peu difficile de partir de chez moi à quinze ans, mais ma famille m'a beaucoup aidé et soutenu. 

BQ : Comment fait-on, quand on part si tôt, pour ne pas se brûler les ailes ? 

DU : Depuis tout petit, j'ai les pieds sur terre. Après, c'est un travail de famille. On a fait les bons choix et, aujourd'hui, je ne les regrette pas. Là dessus, ma famille et mes conseillers m'ont beaucoup aidé. 

Dayot Upamecano : J'ai les pieds sur terre depuis tout petit

BQ : Que vous a appris l'académie Red Bull ? 

DU :  Red Bull Salzbourg m'a fait mûrir et m'a aidé dans beaucoup de domaines. Il y avait beaucoup d'étrangers, comme moi. J'ai du apprendre la langue. Les éducateurs étaient vraiment top. 

BQ : A quoi ressemblait votre vie à Salzbourg, et maintenant à Leipzig ? 

DU : Salzbourg, c'est une ville plutôt calme, où les gens sont respectueux. Leipzig, c'est aussi une ville calme, un peu plus grande que Salzbourg. C'est une ville du nord, les gens sont respectueux. Les allemands sont très sérieux. 

BQ : L'allemand, vous le parlez désormais ? 

DU : A Salzbourg, j'ai commencé à apprendre l'allemand. Maintenant, je peux communiquer. Je sais parler. La langue, c'est vraiment très important, parce que quand tu arrives dans un club et que tu ne parles pas la langue, c'est très difficile. Aujourd'hui, je me débrouille bien. 

Dayot Upamecano : La France me manque

BQ : Est-ce que la France vous manque ?

DU : La France me manque, mais je me sens très bien en Allemagne. J'y suis depuis un an et demi. Après, je reviens parfois en France avec l'équipe de France. Et cela me fait très plaisir, ça me fait aussi beaucoup de bien de changer d'air, parfois.

Dayot Upamecano a disputé cinq matchs de Champions League avec le RB Leipzig la saison passée - AFP
Dayot Upamecano a disputé cinq matchs de Champions League avec le RB Leipzig la saison passée © AFP - Valery Hache

BQ : En France, qu'est ce qui vous manque le plus ?

DU : Ma famille, je dirais. Même si elle vient souvent me voir à Leipzig. Mes amis d'Evreux, ils me manquent aussi. Je vais les voir aussi souvent que je peux. Cela me fait du bien et ça me donne du jus. 

DU : Si vous n'aviez pas été footballeur pro, vous seriez quoi aujourd'hui ? 

BQ : Moi, depuis tout petit, c'était footballeur et rien d'autre. Après, s'il n'y avait pas le foot, je me serais concentré à l'école pour attraper un métier. 

BQ : Lequel ? 

DU : Je ne sais pas (sourire). Pour l'instant, je suis dans le foot. Du coup, je ne pense pas trop à ça. Mais j'aurais trouvé, je pense. 

BQ : Vos parents, eux, ils font quoi ? 

DU : Ma mère est coiffeuse et mon père est carreleur. 

Dayot Upamecano : C'est vrai que pour moi, ça va vite. Très vite...

BQ : Avec une mère coiffeuse, vous êtes plutôt sobre au niveau des coupes de cheveux, non ? 

DU : (Rires) Ma mère ne fait que les femmes, pas les hommes. 

BQ : France Espoirs, Bundesliga, Champions League, Europa League : c'est difficile de garder la tête froide quand on a seulement 19 ans et que ça va si vite ?

DU : Difficile, non. Mais c'est vrai que ça va vite. Très très vite, même. Il faut toujours travailler. Ma mère et mon père m'ont toujours mis ça dans la tête. Il ne faut pas lâcher, du début jusqu'à la fin. 

Dayot Upamecano nous raconte son ascension

L'équipe de France  

BQ : Que ressentez-vous, avec le maillot de l'équipe de France sur le dos ? 

DU : Je suis très content de moi, même si ce n'est pas fini. Quand j'étais plus jeune, que je regardais l'équipe de France, j'avais des étoiles dans les yeux. Maintenant, il faut que je travaille pour arriver le plus haut possible. 

Dayot Upamecano : arriver là haut, chez les A

BQ : C'est quoi le plus haut possible ? 

DU : C'est là haut, chez les A. Et il faut travailler pour arriver là-bas

BQ : Est-ce votre principal objectif, aujourd'hui ? 

DU : Non. Pour le moment, je me concentre sur les Espoirs et sur mon équipe, le RB Leipzig. J'ai beaucoup d'objectifs avec mon équipe : la Bundesliga, l'Euro avec les Espoirs, l'Europa League. Je me concentre là dessus. 

BQ : Qui sont vos modèles ? Qui étaient vos modèles quand, enfant, vous regardiez l'équipe de France, par exemple ? 

DU : Il y en a beaucoup, mais j'aimais bien Zidane. Pour moi, c'était le meilleur, le meilleur joueur français. 

Dayot Upamecano : Zidane, c'était le meilleur

BQ : Et chez les défenseurs ? 

DU : Non, pas trop. Parce que moi, quand j'étais petit, je jouais attaquant ou milieu. Du coup, je ne regardais pas trop les défenseurs. Donc moi, c'était vraiment Zidane. 

BQ : Dayot, vos deux parents sont guinéens (Bissau). Que représente ce pays, pour vous ?

DU : J'y vais de temps en temps, quand j'ai le temps. Je vois mes grands-parents. Cela me motive. 

BQ : Comment avez-vous vécu la Coupe du Monde 2018. Et, dans un coin de votre tête, est-ce que vous vous espérez un jour décrocher la troisième étoile ? 

DU : C'était énorme. Vraiment énorme.  J'ai regardé la finale chez moi, avec ma famille. C'était magnifique. L'équipe, le staff, ils ont tous fait du très bon boulot. Et la troisième étoile, elle viendra, s'ils continuent à travailler comme ils l'ont fait là.