Football DOSSIER : ASSE - Manchester en Ligue Europa, une rencontre de légende

Des supporters bloqués et écœurés

Par Marc Vantorhoudt, France Bleu Saint-Étienne Loire vendredi 17 février 2017 à 17:59

Environ 80 supporters des Verts se sont retrouvés bloqués à l'aéroport de Düsseldorf et n'ont pu assister au match à Manchester.
Environ 80 supporters des Verts se sont retrouvés bloqués à l'aéroport de Düsseldorf et n'ont pu assister au match à Manchester. © Radio France - Supporters / Marc van Torhoudt

Ils sont écœurés. Des 80 supporters embarqués dans l'avion qui devait les emmener voir le match de l'AS Saint-Étienne à Manchester en Ligue Europa, aucun n'a pu s'asseoir dans les travées d'Old Trafford. La faute à la compagnie aérienne, qui les a obligés de descendre de l'appareil à Düsseldorf.

Jeudi, 16h, Düsseldorf. Au moment de décoller de l'aéroport vers Manchester, les 80 supporters stéphanois entonnent des chants de soutien à l'ASSE. Ils expriment simplement leur joie de réaliser un rêve : aller encourager leur club de coeur dans l'un des plus prestigieux stades du monde, Old Trafford, surnommé le Théâtre des Rêves.

Cinq minutes plus tard, tous l'avion est évacué et les supporters parqués par la police. Motif : le pilote, qui estime être mis en danger par ces passagers inhabituels et un peu turbulents. "Le temps passait, passait. On nous disait : dans trois quarts d'heure, puis à 18h30... Puis on nous a simplement demandé de quitter les lieux, raconte Eric Courtial. Il avait pris deux jours de congés exrès, pour accompagner son beau-fils Grégoire, et accomplir un rêve de gosse.

Finalement, huit supporters d'abord, puis 55 autres, rejoindront l'Angleterre. Pas la fin des désagréments pour eux : n'ayant pu retirer leurs billets avant 18h, ils sont refoulés à l'entrée du stade. Quant à la quinzaine de naufragés coincés en Allemagne, ils sont contraints de passer la nuit sur place ; ils n'ont même pas vu le match en entier : "On a dû se contenter d'un multiplex... On a vu dix minutes de match, peste Grégoire.

Ensuite, c'est la longue nuit, le retour à l'aéroport à 5h30 pour embarquer dans l'avion de 6h55 : retour à Lyon. La colère n'est pas retombée : "A peine arrivés, je me suis assis devant l'ordinateur pour écrire une lettre ouverte destinée au patron d'Eurowings [la compagnie aérienne], explique Éric. Je suis écœuré... Ecœuré par l'humiliation qu'on nous a fait subir, de ne pas avoir vu un match dont je rêvais depuis que je suis gamin, c'était un cadeau d'anniversaire, et d'avoir été traité comme un criminel. On a chanté trois chansons pendant cinq minutes."

Les supporters envisagent de déposer des recours.

Une lettre ouverte pour indemnisation

Lettre ouverte à Madame, Monsieur le Président de Eurowings,

Madame, Monsieur le Directeur des forces de police de l’aéroport de Düsseldorf,

Je tiens à porter à votre connaissance les événements dont ont été victimes environ 80 supporters du club de Saint-Etienne dans l’enceinte de l’aéroport de Düsseldorf le 16 février 2017.

Nous sommes partis de Lyon le 16 février à 08:55 sur le vol Eurowings EW1411 et nous avons atterri à Düsseldorf d’où nous devions prendre un vol (Eurowings EW1344) à 14:50 à destination de Manchester. Notre équipe jouait le soir même un match d’Europa League face à Manchester United. Ce match exceptionnel était attendu par tous les fans de Saint-Etienne et nous étions 3000 à nous rendre en Angleterre pour encourager notre équipe. Ce déplacement représentait pour tous un sacrifice important (coût des billets d’avion, coût de la place de match, obligation de prendre deux jours de congés, coût de l’hébergement sur place) qui se chiffre, pour chacun d’entre nous, en centaines d’euros.

Les supporters de Saint-Étienne sont réputés pour leur ferveur et, à l’approche de l’heure du match à l’entrée dans l’avion qui nous emmenait vers notre destination finale, nous avons entonné trois chants, certes bruyants mais que nous avons interrompus lorsque le steward nous a demandé de respecter les autres passagers. L’attente du décollage s’est donc faite dans le calme et c’est avec surprise que nous avons entendu le commandant de bord demander, environ dix minutes plus tard, à tous les passagers de quitter l’avion « pour des raisons de sécurité ». Nous sommes donc tous retournés dans la salle d’embarquement.

C’est à ce moment que nos problèmes ont commencé. Aucune des personnes à qui nous demandions des explications ne parlait français ! Les échanges ont donc eu lieu en anglais. Il nous était reproché par le commandant de compromettre la sécurité de son vol. Nous n’avons rien dégradé à bord, comme en témoignent les vidéos que nous avons pu prendre au moment des chants et que nous tenons à votre disposition. Il nous a été demandé de nous mettre sur le côté gauche de la salle d’embarquement et de laisser monter à nouveau à bord les passagers non concernés par le match. Ce que nous avons fait dans le calme. Il nous a alors été annoncé que nous ne pouvions pas embarquer sur ce vol, le commandant refusant notre présence. Devant nos protestations, une salariée de la compagnie Eurowings, nous a annoncé qu’un vol spécial serait affrété pour nous, 40 minutes plus tard. Elle a employé à notre encontre des termes inadmissibles en annonçant que nous avions eu un « comportement de hooligans ». Pour rappel, la définition du mot « hooligan » est la suivante : « Voyou qui se livre à des actes de violence lors des compétitions sportives ». Jusqu’à preuve du contraire, aucun acte de violence n’a été constaté durant les 5 heures qu’ont finalement duré notre « confinement » !!!

Car nous n’avons finalement pas pris de vol 40 minutes plus tard comme annoncé de façon mensongère. Il n’a été possible qu’à 8 d’entre nous (sélectionnés par tirage au sort) de monter à bord. Et il ne s’agissait pas d’un vol spécial mais d’une ligne régulière opérée par Flybe. Un des supporters qui a pu monter à bord nous a précisé qu’il restait une vingtaine de places disponibles… Petite précision : un vol Flybe à destination de Manchester partait à 20:30. Certains ont demandé à le prendre mais cela leur a été refusé car… c’était Flybe et pas Eurowings ! Ce qui ne pose pas de problème dans l’après-midi en pose donc en soirée…

Pour les autres, les 40 minutes se sont finalement transformées en départ à 18:30 ! Ce qui laissait à peine le temps de se rendre au stade, récupérer les places de match et espérer ne pas manquer le coup d’envoi. En tout cas, il fallait définitivement oublier la marche organisée du centre-ville de Manchester jusqu’au stade ! En réalité, ils sont arrivés trop tard pour prendre leur place (la billetterie était fermée) et n’ont pas pu assister à la rencontre !

Entre temps, les forces de police étaient de plus en plus nombreuses (jusqu’à une quarantaine d’agents) et nous parquaient littéralement dans la salle d’embarquement A77. Il fallait demander l’autorisation de se rendre aux toilettes ou de sortir pour fumer une cigarette…

Il nous a ensuite été demandé de présenter à nouveau nos pièces d’identité au guichet d’embarquement et de préciser si nous souhaitions nous rendre à Manchester ou retourner à Lyon. Nous avons encore patienté quelques minutes et les policiers se sont placés au milieu de la salle ; ils ont constitué un double cordon pour la séparer en deux. Nous avons été 16 à être appelés au guichet et un salarié de la compagnie Eurowings nous a annoncé que nous étions enregistrés sur le vol en partance à 18:30 pour… Lyon !!! Incompréhension de notre part car nous avions annoncé notre souhait de nous rendre à Manchester. Le salarié nous explique alors que l’avion affrété pour Manchester a une capacité de… 55 places ! Comment une telle incompétence est-elle possible ? Nous somme environ 70 supporters parqués comme des criminels, nous voulons tous nous rendre à Manchester et quitter au plus vite l’aéroport de Düsseldorf dans lequel nous avons l’impression d’être en garde à vue… et la compagnie affrète un avion de 55 places !!!

Malgré nos protestations, nos explications sur le préjudice subi, personne ne nous entend. Pire : les policiers commencent à devenir menaçants, voire agressifs pour certains. Nous n’obtiendrons pas gain de cause et c’est comme des repris de justice, encadrés par une quinzaine de policiers avec casque, matraque et équipement de protection, que nous traversons les couloirs de l’aéroport, sous le regard médusé, amusé ou inquiet des passagers que nous croisons. A la frustration de l’injustice s’ajoute donc l’humiliation !

Le triste enchaînement des événements aurait pu s’arrêter là. Mais non. Les policiers nous escortent dans le bus qui nous emmène jusqu’à l’avion (16 supporters et presque autant d’agents…). Nous y restons enfermés durant 20 minutes, nous voyons les autres bus déposer les passagers qui montent à bord et, sans explication, nous faisons demi-tour en direction de l’aéroport où nous sommes à nouveau parqués dans une salle à l’écart. Nous sommes forcés de nous asseoir sur deux rangées de sièges, face à face et l’issue est bloquée par plusieurs policiers. Nous sommes escortés, à tour de rôle, pour nous rendre aux toilettes ! Après une demi-heure environ, la salariée qui nous avait annoncé le vol revient et nous annonce que Eurowings nous « offre » notre vol retour pour Lyon… le lendemain à 06:55 !!! Mais sans prise en charge des frais d’hôtel et de restauration.

Nous sommes donc une fois encore escortés par notre cordon de police jusqu’au hall central de l’aéroport où l’on nous demande d’attendre que l’on nous remette nos cartes d’embarquement pour le lendemain.

Nous ne pouvons aujourd’hui que regretter l’impossibilité d’un dialogue avec les forces de l’ordre et un responsable de la compagnie aérienne. Nous avons été « étiquetés » comme des supporters violents alors que rien n’a été détérioré et que personne n’a été agressé. Nous sommes sortis de l’avion lorsque cela nous a été demandé et nous n’avons pas provoqué les policiers.

Nous exigeons donc aujourd’hui :

1/ un remboursement des frais que nous avons dû engager pour nous loger à Düsseldorf,

2/ un dédommagement pour notre hébergement à Manchester, pour la place de match que nous avons payée d’avance et pour les trajets retour que nous n’avons pas utilisés mais payés,

3/ un dédommagement au titre du préjudice moral subi. Ce dernier est énorme : vous avez, par votre incompétence, votre autoritarisme et votre entêtement, privé un groupe de personne de leur rêve d’assister au plus important match de leur équipe de football depuis 40 ans !

4/ des excuses publiques pour la manière odieuse avec laquelle nous avons été traités et l’humiliation que vous nous avez imposée en nous faisant traverser l’aéroport sous une importante escorte policière.

Le collectif des Supporters Stéphanois bloqués à Düsseldorf.

Traités comme des hooligans

Les supporters stéphanois ont été traités comme des hooligans par les forces de l'ordre allemandes présentes à l'aéroport. - Radio France
Les supporters stéphanois ont été traités comme des hooligans par les forces de l'ordre allemandes présentes à l'aéroport. © Radio France - Marc van Torhoudt

"On a été traités comme des hooligans, déplore Grégoire. Les policiers formaient un cordon autour de nous. Ils nous accompagnaient même individuellement quand nous allions aux toilettes !" Les supporters n'ont pas tardé à chercher des recours : se faire rembourser le vol, bien sûr, mais aussi les logements à Manchester et Düsseldorf, le prix du vol du retour, le prix des billets pour le stade... En ajoutant à cela la défaite rageante (3-0) des joueurs de l'ASSE, voilà la vraie soirée cauchemar ! Mais les supporters espèrent que les joueurs de l'ASSE les vengeront, en partie, lors du match retour mercredi soir à Geoffroy Guichard. "En tous cas, nous, on y sera ! garantissent Eric et Grégoire.

Eric Courtial, un supporter écoeuré

Je suis écoeuré. On a été traités comme des criminels.