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Droits TV / Mediapro : Quelles sont les conséquences du défaut de paiement pour le Stade de Reims ?

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Par , France Bleu Champagne-Ardenne

Le groupe sino-espagnol, détenteur de droits, n'a pas payé une traite de 172 millions d'euros à la Ligue de Football Professionnel le 6 octobre dernier et demande de renégocier, ce qui plonge le football français dans l’incertitude. Une situation qui a un impact sur le club rémois. Explications

Le Stade de Reims pourrait souffrir comme les autres clubs de la défaillance de Mediapro.
Le Stade de Reims pourrait souffrir comme les autres clubs de la défaillance de Mediapro. © AFP - Montage AA / Photo AFP

Le contexte

Le groupe sino-espagnol Mediapro a acquis la plus grande parti des droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2 pour la période 2020-2024 au mois de mai 2018 à l'issue de l'appel d'offre lancé par la Ligue de Football Professionnel (LFP). Un engagement de 780 millions par saison pour la Ligue 1 et 34 millions d'euros par saison pour le Ligue 2. La chaîne qatarie Be In Sports a elle obtenu un lot avec deux matches pour la somme de 330 millions d'euros. Les acquéreurs avaient la possibilité de sous-licencier les droits, à savoir les revendre à un tiers, ce qu'a fait Be In Sports à la fin de l'année dernière en revendant ses 2 matches à Canal Plus qui les diffuse cette saison. De son côté, le fournisseur d'accès internet Free a acquis un lot des meilleures actions et de tous les buts pour diffuser en quasi-direct sur son offre Freebox et sur une appli dédiée sur les smartphones et tablettes. Un lot obtenu contre la somme de 50 millions d'euros par an.

Le règlement de ces droits qui abondent les clubs de football professionnels, s'effectue en traites à verser tous les deux mois à compter de la première journée. Si les diffuseurs ont payé l'intégralité de leur dû en août, la deuxième traite de 172 millions d'euros exigible le 6 octobre dernier n'a pas été versée par Mediapro (Canal Plus et Free ont eux bien réglé leur dû). Le groupe sino-espagnol s'est même placé sous la protection du tribunal de commerce de Nanterre le 29 septembre dernier, afin de geler la dette et demander une médiation pour négocier les termes de son contrat avec la LFP. Une procédure qui permet, entre autre, d'éviter que le contrat soit rompu par le créancier pour défaut de paiement. Dans une interview parue dans le journal L'Equipe, le patron de Mediapro, Jaume Rouges, a clairement déclaré qu'il voulait renégocier, qu'il ne voulait pas payer ces sommes pour la Ligue 1. Une situation qui a ouvert la voie à un feuilleton dans lequel la Ligue de football Professionnel et les clubs de Ligue 1 doivent trouver une issue favorable au risque de se retrouver dans de graves problèmes financiers.

Quelle somme représente les droits TV dans budget du Stade de Reims cette saison ?

Comme pour l'ensemble des clubs de football, les droits TV représentent la majeure partie du budget prévisionnel. Le Stade de Reims a reçu 28 millions de droits TV pour l'exercice 2019-2020 (24,8 millions la saison précédente sur l’exercice 2018-2019). Ces droits sont calculés selon plusieurs critères, avec une part fixe mais aussi une part variable, indexée par exemple sur le classement, les Rémois ayant terminé 6e du dernier championnat. Comme expliqué plus haut, ces droits ont été versés tout au long de la saison dernière et sont donc acquis. Ces droits ont donc abondé un budget prévisionnel annoncé entre 45 et 50 millions d'euros la saison dernière. Sur le nouvel appel d'offre avec Mediapro, difficile de déterminer de manière très précise la somme que peut espérer le Stade de Reims à l'issue de la saison, en raison de ces critères variables (classement, diffusion, etc...) Mais le club rémois pouvait espérer passer de 28 millions d'euros à au moins 40 millions d'euros grâce à l'arrivée de ce nouvel acteur Mediapro. Avec un budget prévisionnel qui du coup, était revu à la hausse et proche des 65-70 millions d'euros. Lorsque l'on parle du budget d'un club, il faut faire la distinction entre le budget affiché en début de saison (prévisionnel) et le budget réalisé lorsqu'il est bouclé en fin d'exercice. 

Quelles conséquences directes pour le Stade de Reims ?

Pour l'instant, aucune. La LFP a décidé de faire un prêt de 120 millions d'euros, abondé par 50 millions provenant de ses fonds propres. La traite de 172 millions d'euros que n'a pas honoré Mediapro sera donc compensée. Le Stade de Reims devait toucher 7 millions d'euros le 17 octobre, date prévue par la LFP pour reverser les quota-part aux clubs. Le club rémois recevra la totalité de cette somme d'ici quelques jours. Mais va se présenter très vite la 3e traite exigible au début du mois de décembre et il est peu probable que Mediapro tienne ses engagements.

Le problème des clubs et de la Ligue, est que depuis le début de la crise sanitaire, ils vivent à crédit avec déjà des Prêts Garantis par l’État (PGE) contractés pour pallier le manque à gagner de la fin du championnat. Ce dernier s'étant terminé à la 28e journée en mars dernier, les diffuseurs propriétaires des droits (Canal Plus et Be In Sports) n’avaient pas payé l'intégralité des droits pour la saison 2019-2020. 

Peut-il y avoir des difficultés de paiement des salaires ?

Non. Même si la masse salariale représente la majeure partie du budget du Stade de Reims et de l'ensemble des clubs de la Ligue, il n'y a pas de craintes sur les capacités de trésorerie du club rémois à court et moyen terme. Sachant que la masse salariale ne concerne pas uniquement les joueurs, mais l'ensemble des personnels du club soit environ 140 salariés. D'autres clubs en revanche sont beaucoup plus dépendants du règlement ponctuel de ces traites avec une trésorerie plus exsangue, notamment en raison de la perte d’exploitation que représentent les matches à jauge réduite et à huis clos. Il n'y a plus de recettes de billetterie ce qui est déjà en soi, un autre manque à gagner pour les budgets, et donc les trésoreries des clubs. D'où l'urgence de la LFP d'avoir contracté ce prêt pour pallier la défaillance de Mediapro en octobre.

Les transferts réalisés par le club rémois peuvent-ils compenser la défaillance de Mediapro dans le budget ?

Non. Un transfert de joueur et la transaction qui en découle n'est pas une entrée ferme d’argent cash dans les caisses d'un club, sur un seul exercice. Le transfert d'un joueur comme Axel Disasi à Monaco par exemple, est estimé à environ 13 millions d'euros. Ce qui ne veut pas dire que le club rémois a déjà touché cette somme. Cette dernière est étalée sur plusieurs exercices, en général 3 ans, avec l'engagement du club de Monaco de payer à chaque échéance. Même chose lorsque le club rémois achète un joueur. Reste que si les clubs acquéreurs sont en difficulté financière, il peut se poser la question de leur capacité a payer les joueurs achetés et à respecter les contrats. Il faudrait un cataclysme général du football français pour en arriver à pareille issue, sachant que les derniers clubs ayant acheté des joueurs au Stade de Reims comme Rennes (Siebatcheu,Mendy), Nice (Kamara) ou encore Monaco (Disasi) ont les reins solides.

La bonne gestion du club rémois peut-elle limiter les dégâts ?

Oui et non. La bonne gestion permet de ne pas être en difficulté immédiate face à un accident comme celui de Mediapro. Les comptes du club, ses exercices budgétaires sont chaque saison salués par le DNCG (Direction Nationale de Contrôle de Gestion), qui contrôle les gestions tout au long de la saison. D'autres clubs sont parfois moins à l'aise lorsqu'ils présentent leurs finances. Mais comme dit plus haut, les droits TV représentent une très grande partie du budget prévisionnel affiché par le Stade de Reims. Il est donc évident que si la situation perdure, les difficultés arriveront, et pas uniquement au Stade de Reims. D'où l'urgence décrétée par les dirigeants du football français qui ne pourront pas multiplier les prêts, et donc les dettes, pour éviter le pire. Le Stade de Reims devra enregistrer des entrées d'argent d'ici le début de l'année 2021, et donc des droits TV. Dans un scénario catastrophe ou Mediapro continuerait à ne pas payer et où aucun autre diffuseur se substituerait, il restera les actifs des clubs. Le Stade de Reims en possède avec des joueurs qui ont une valeur importante qui pourraient être vendus plus tôt que prévu. On en est pas là. Mais quoiqu'il en soit, si Mediapro ne tient pas ses engagements de verser 780 millions d'euros à la Ligue 1 cette saison, il apparaît évident que cette somme ne pourra pas être totalement compensée par un éventuel nouveau diffuseur et que donc, les budgets des clubs devront être revus à la baisse. L'idée sera de limiter la casse.

Le Stade de Reims et le foot français vont-ils continuer à être diffusés sur la chaîne Téléfoot ?

Oui mais... Le défaut de paiement n’entraîne pas la rupture automatique du contrat, en tout cas pas immédiatement. La demande de Mediapro d'être mis sous la protection du tribunal de Commerce de Nanterre est clairement faite pour gagner du temps. La Ligue de Football Professionnel ne dispose pas de garantie bancaire, quant à la caution solidaire de l'un des actionnaires chinois de Mediapro, elle apparaît difficile à activer. Les clubs n'ont donc pas intérêt à se mettre à la faute vis à vis de Mediapro et sa chaîne Telefoot. Dans un courrier adressé au club, le nouveau directeur général exécutif de la LFP, Arnaud Rouger, a bien demandé au club de respecter les engagements contractuels avec le diffuseur. Mais jusqu'à quand peut durer la situation ? Le bras de fer engagé est très juridique. Selon le site internet Capital.fr, la LFP a obtenu l'autorisation de saisir les avoirs de Mediapro chez les fournisseurs d'accès comme Orange, SFR ou Free, à savoir les recettes des abonnements. Ce qui sera loin de combler les 172 millions d'euros attendus. Le contrat entre la LFP et Mediapro prévoirait qu'une rupture peut-être engagée si le paiement d'une traite n'arrive pas dans un délais de 30 jours. Mais relancer un appel d'offre prendrait du temps, au moins 6 mois, ce qui veut dire qu'il ne serait pas en vigueur avant la saison prochaine. Une rupture du contrat et une négociation journée par journée fait parti des options évoquées. Mais Canal Plus et Be In Sports, les deux seuls acteurs crédibles et historiques, seraient en position de force pour négocier à leur guise le montant de ces droits de "substitution", bien loin des 780 millions prévus. Donc pas impossible que d'ici la fin de la saison, de nouveaux rebondissements entraînent la mise à l'écart de Mediapro et une remise à plat de la diffusion TV du football français. 

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