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ENTRETIEN - Mathieu Le Scornet, adjoint au Stade Rennais : "J'ai toujours eu cette passion pour le jeu"

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Par , France Bleu Armorique

Julien Stéphan en a fait son adjoint dès sa nomination à la tête de l'équipe première du Stade Rennais. Véritable enfant du club, découvreur d'Eduardo Camavinga, Mathieu Le Scornet s'épanouit grâce au jeu et au travail technique. Entretien.

Mathieu Le Scornet et Julien Stéphan partagent un moment de joie lors de la victoire rennaise contre Toulouse (3-2) le 27 octobre 2019
Mathieu Le Scornet et Julien Stéphan partagent un moment de joie lors de la victoire rennaise contre Toulouse (3-2) le 27 octobre 2019 © Maxppp - Joël Le Gall/PHOTOPQR/OUESTFRANCE

Arrivé comme jeune joueur au Stade Rennais en 1994, Mathieu Le Scornet n'a pas connu le bonheur d'une carrière professionnelle. Pas grave. Lui s'épanouit par les rencontres et par l'apprentissage. Rapidement recruté comme éducateur au club en 2000, il deviendra par la suite responsable de l'école de foot, puis de la pré-formation, avant que Julien Stéphan ne fasse appel à lui lors de sa nomination à la tête de l'équipe première du Stade Rennais en décembre 2018. Le Liffréen a le cœur Rouge et Noir, et nourrit une vraie passion pour le jeu.

Son parcours et sa relation avec Julien Stéphan

France Bleu Armorique : Que vous apporte au quotidien votre très bonne connaissance du club, vous qui y avez passé 25 ans ?

Mathieu Le Scornet : Maîtriser l'environnement, c'est toujours intéressant et c'est un souci de moins. Après, on sait que le contexte évolue au fil des années, voir au fil des mois en fonction de la saison. Maintenant, connaître les gens, que ce soit dans l'administratif ou dans le sportif, c'est toujours plus sécurisant comme contexte.

FBA : Comme Julien Stéphan, vous n'avez pas été joueur professionnel. Qu'est ce que ça change  dans l'exercice de votre métier ?

Mathieu Le Scornet : Ca ne change pas grand chose, parce que comme vous venez de le dire, c'est un métier. Avoir été joueur, c'est un métier, être entraineur c'en est un autre, avec des soucis de management, d'entraînement, et de communication. 

FBA : Est-ce qu'à l'inverse ça peut être un avantage, avec un regard plus neuf sur le jeu ?

Mathieu Le Scornet : Non. Moi j'ai toujours été détaché de la performance pure et dure. J'ai toujours eu cette passion pour le jeu. L'immédiateté de la performance, ce n'est pas quelque chose qui était dans mes gênes, mais on s'y fait tranquillement.

FBA : Dès son arrivée en décembre 2018, Julien Stéphan a choisi de vous nommer comme adjoint, est-ce que vous pouvez nous parler de votre relation ?

Mathieu Le Scornet : Il est arrivé comme éducateur des U19. Moi j'étais éducateur des U13. On partageait le même bureau, après sur les séances d'entraînement on était chacun avec notre catégorie donc au départ on ne partageait pas beaucoup sur le terrain. Par contre sur les échanges on s'est rapprochés au fil des années. Je crois qu'on avait une vision qui était partagée et constructive. Quand il m'a appelé pour le rejoindre chez les pros du Stade Rennais, c'était quelque chose de formidable mais de pas préparé.

France Bleu Armorique : Vous n'en aviez jamais discuté avant sa nomination, c'était une surprise ?

Mathieu Le Scornet : Une réelle surprise. Quand il m'a appelé ce lundi 3 décembre 2018, je pensais que c'était pour autre chose, plutôt d'ordre technique. Quand il m'a annoncé la nouvelle, j'avoue que j'étais un peu surpris !

FBA : Votre relation va-t-elle plus loin que le centre d'entraînement ? Est-ce qu'il y a de l'amitié entre vous ?

Mathieu Le Scornet : Dans la mesure où l'on partage pas mal de moments professionnels ensemble, et qu'en plus j'ai un grand respect pour l'homme qu'il est, ça pousse forcément les échanges. J'ai toujours aimé les gens. Quand on peut partager des moments, manger ensemble, c'est toujours sympa.

Ses inspirations et mentors

FBA : Dans un précédent entretien vous parliez déjà de cet amour des gens, c'est ce qui vous a poussé vers la formation, vers l'encadrement ? 

Mathieu Le Scornet : Oui. Au départ, on ne le sait pas, puis au fur à mesure du développement de notre métier d'entraîneur, on côtoie différentes personnalités, différentes sensibilités. Après, il n'y a pas que des moments privilégiés, mais j'ai eu la chance de faire de bonnes rencontres, notamment d'ordre technique qui m'ont amené à progresser dans ce métier.

FBA : Justement, l'un de vos mentors est Didier Le Bras*, est-ce que ça c'est une de vos rencontres marquantes sur le plan technique ? Je crois savoir qu'il vous a beaucoup transmis...

Mathieu Le Scornet : Didier a été à l'origine de ma venue au Stade Rennais. Il coachait mon frère (Guillaume), qui jouait en U13 dans son équipe. A force de venir voir ses matchs, on a sympathisé. Le jour où une place s'est libérée dans l'organigramme de l'école de foot, il n'a pas hésité à faire appel à moi, à me sonder pour savoir ce que j'en pensais. Et on connaît la suite ! J'ai ensuite pris la direction de l'école du foot, mais on était toujours très proches et on partageait la même vision sur le plan technique.

FBA : Que vous a-t-il transmis précisément ? Il aimait beaucoup travailler le pied de ses joueurs, est ce que c'est quelque chose que vous utilisez toujours chez les pros ? Didier Le Bras lui s'occupait exclusivement de jeunes joueurs.

Mathieu Le Scornet : Le travail technique dans sa globalité était important pour nous à l'école de foot à l'époque, dans la mesure où c'est compliqué d'avoir un projet de jeu tactique pour de très jeunes joueurs. On a cherché à d'abord développer les pieds, pour libérer les yeux et la capacité à percevoir les différents espaces de jeu, pour que l'équipe soit plus performante.

FBA : Vous auriez aimé qu'il soit encore là pour voir vos accomplissements ?

Mathieu Le Scornet : Je suis sûr que là où il est, il peut être fier de moi.

Son rôle dans le staff de Julien Stéphan

France Bleu Armorique : Quelles tâches Julien Stéphan vous délègue-t-il au quotidien ?

Mathieu Le Scornet : J'accompagne Julien dans tous les domaines techniques et d'entraînement. C'est lui le chef d'orchestre, c'est lui qui dispatche et je suis à son service. Je suis en charge du développement technique individuel des joueurs. C'est un domaine très intéressant, que je pratique plus avec les jeunes, parce qu'aujourd'hui le rythme des matchs est élevé et le travail collectif suffit pour les joueurs qui sont amenés à avoir le plus de temps de jeu. On essaie de faire des compléments techniques avec les autres, et le jour où ils sont appelés par le coach ils doivent être le plus prêt possible.

France Bleu Armorique : Croire qu'un joueur professionnel ne peut plus progresser techniquement, c'est une fausse idée ? On progresse encore à trente ans ?

Mathieu Le Scornet : Oui, je le crois. C'est un vaste débat, mais ça dépend de ce qui a été fait avant. Si le joueur ne s'optimise pas de lui-même, il y a une vraie marge pour progresser.

France Bleu Armorique : Je sais que vous vous intéressez également aux préférences motrices des joueurs, via la méthode Axel Foot, est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu en quoi ça consiste et comment vous utilisez vos connaissances au quotidien ?

Mathieu Le Scornet : C'est une vision qui est là aussi partagée avec le coach. Ces connaissances là et cet outil là nous servent à optimiser la performance des joueurs. Au niveau technique surtout, mais le coach s'en sert aussi au niveau management. Cela nous donne un réel plus par rapport à l'accompagnement de nos joueurs. 

Son travail avec les jeunes et sa relation avec Eduardo Camavinga

France Bleu Armorique : Au Stade Rennais on axe beaucoup la politique sur le centre de formation, sur sa valorisation, vous qui avez été éducateur au club, vous servez également à faire la passerelle aujourd'hui entre le centre et l'équipe première ?

Mathieu Le Scornet : Aujourd'hui, on s'inscrit pleinement dans ce qui est le projet du club, en tout cas depuis que moi j'y suis. L'équipe première doit s'appuyer sur les meilleurs éléments parmi les jeunes de l'académie. Après la passerelle se fait en fonction du contexte. Quand on les a connus jeunes, il n'y a plus cette barrière de communication au départ, donc ils sont jetés dans le bain avec le plan technique et tactique à penser. Ce sont eux d'abord qui ouvrent la porte : il faut avoir le niveau, il faut avoir les compétences pour pouvoir rentrer dans un groupe professionnel. 

FBA : Au Stade Rennais, on remarque que les jeunes sont souvent tout de suite prêts à performer. Comment expliquer ça ? Est-ce que c'est la manière dont ils sont amenés au très haut niveau au club, est-ce que c'est une question de génération ?

Mathieu Le Scornet : Les générations évoluent. Les jeunes ont de plus en plus confiance et conscience de leurs niveau et de leurs qualités. La suite logique, s'exprimer dans un groupe professionnel, est optimisée. Aujourd'hui on ne parle plus d'âge ! Lorsqu'ils sont dans le groupe, c'est plutôt la compétence qui va être évaluée.

FBA : Romain Salin disait que les jeunes étaient l'âme du groupe. Comment trouver l'équilibre entre le cadre dans lequel ils doivent rentrer et leur insouciance, leur vitalité qui apporte de la fraîcheur ?

Mathieu Le Scornet : Chacun fait comme il peut et comme il veut, mais l'important c'est qu'ils rentrent dans le cadre fixé par notre coach. Il y a des règles d'action très précises, une méthodologie de travail très précise... Ils sont acteurs de leur projet, mais à travers ce cadre fixé par l'entraîneur.

FBA : C'est vous qui avez découvert Eduardo Camavinga quand il évoluait à Fougères et qui l'avez fait venir au Stade Rennais. Vous êtes fier quand vous le voyez devenir le plus jeune buteur des Bleus depuis plus de cent ans ?

Mathieu Le Scornet : Là ce sont les yeux du supporter et du spectateur averti qui sont dans le plaisir, c'est une évidence ! Après pour Eduardo, ce n'est pas arrivé d'un claquement de doigts : il travaille beaucoup. Il représente à merveille les valeurs du club chez les Bleus, mais aussi chaque week-end avec nous. L'avoir connu c'est un plus. Mais aujourd'hui, c'est surtout bien de le connaître pour lui faire passer des messages qui sont importants sur le terrain. C'est encore une fois ce contexte favorisant à l'éclosion des jeunes joueurs, on a eu la chance avec Julien d'avoir fait partie de l'aventure à l'académie et de se retrouver au plus haut niveau, c'est un clin d'oeil qui est intéressant. Maintenant, on est dans un autre monde, celui de la performance immédiate, et c'est aux jeunes de montrer au coach qu'ils ont les qualités pour faire performer l'équipe.

FBA : Mais avec Eduardo, il y a plus qu'une relation entraîneur/joueur ? Une forme de filiation ? Il était à votre mariage comme il le racontait chez nos confrères de Ouest-France...

Mathieu Le Scornet : C'est un événement annexe, mais au départ la relation s'est construite sur le mode entraîneur/entraîné. Après dans une progression il y a des moments plus délicats que d'autres et c'est dans ces moments que l'on doit dialoguer. Ce sont des moments pour développer d'autres vecteurs, d'autres aptitudes. On a toujours été proches de nos jeunes à l'académie et c'est pour ça que cette relation avec Eduardo continue d'exister.

Ses objectifs personnels

France Bleu Armorique : Vous venez d'obtenir le BEFF, l'un des derniers grades de diplômes délivrés par la FFF, avant le BEPF qui permet d'entraîner une équipe pro. Vous vous imaginez prendre un jour la tête d'une équipe première vu votre parcours ?

Mathieu Le Scornet : Aujourd'hui, je ne me suis jamais projeté dans cette direction-là. Par contre, me former a toujours été pour moi une obsession. Pour toujours continuer de progresser, d'évoluer, d'être le plus complet et le plus compétent possible, pour faire progresser les joueurs qu'on a à disposition.

FBA : Donc pas d'objectifs d'être numéro 1 dans un club pro à long terme ?

Mathieu Le Scornet : Aujourd'hui, je vis quelque chose de formidable, je continue à progresser chaque jour dans ce nouvel univers. Cela fait deux ans et demi que j'y suis, et tous les jours il y a quelque chose à apprendre. je suis dans cette optique là, de toujours progresser pour être le meilleur possible.

La saison en cours

France Bleu Armorique : Comment vous vivez cette saison au rythme infernal ? Est-ce que vous arrivez à vous adapter au niveau du staff ?

Mathieu Le Scornet : C'est une cadence infernale, mais une cadence méritée. Le travail du coach et le travail des joueurs est récompensé par la Ligue des Champions. Quand on rentre dans ces compétitions-là, on connaît la cadence de jouer tous les trois jours. le travail est fait d'une autre manière, avec moins de charge sur le terrain, et plus de charges vidéo, tactique, entretien, pour continuer à faire progresser les joueurs entre chaque match. 

FBA : Et découvrir cette Ligue des Champions pour un enfant du club comme vous, qu'est-ce que ça représente ?

Mathieu Le Scornet : C'est une énorme fierté de faire partie de ce projet. On s'est pincés quand on a appris la nouvelle ! C'est un des moments appréciables, mais c'est le métier, il faut se préparer à ça et on s'est préparés à ça.

FBA : Est-ce que vous arrivez quand même parfois à réaliser que vous faîtes partie de cette belle génération rennaise, qui fait rêver les supporters comme ils n'avaient pas rêvé depuis longtemps ?

Mathieu Le Scornet : On profite d'un travail de très longue haleine. Autant aujourd'hui on fait partie des beaux moments, avec la Coupe de France 2019, mais j'étais déjà au club quand on l'a perdue. Il y a eu beaucoup de choses de faites pour en arriver là aujourd'hui. On ne peut pas oublier l'histoire non plus. Il y a eu beaucoup de moments douloureux, mais le club a toujours travaillé pour avoir des jours meilleurs. Ca se concrétise aujourd'hui, mais finalement, la roue tourne toujours donc il faut sans arrêt continuer d'être performants.

* Didier Le Bras est un ancien éducateur du Stade Rennais et du CO Pacé, décédé en 2018. Il est l'auteur du livre "Foot passion, foot prison ?" aux éditions Jets d'encre.

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