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EXCLU - Rugby - Bernard Lapasset : "Le dopage ne gangrène pas le rugby"

Par Frédéric Chapuis, France Bleu Toulouse lundi 16 mars 2015 à 21:08

Bernard Lapasset, président du World rugby, ex IRB

Invité de FRANCE BLEU TOULOUSE dans l'émission "Les Jeux du Stade", Bernard Lapasset est revenu, pour la première fois depuis la sortie du livre de Pierre Ballester, sur les accusations de dopage dans le rugby. S'il ne conteste pas des cas isolés, le président du World Rugby (ex-IRB) réfute l'idée d'un dopage généralisé dans son sport.

Invité de France Bleu Toulouse ce lundi soir, dans l'émission "Les Jeux du Stade", Bernard Lapasset s'est exprimé pour la première fois sur les accusations de dopage dans le rugby, révélées par des témoignages dans le livre "Rugby à charges", écrit par le journaliste Pierre Ballester. Le président du World Rugby rejette l'idée d'un dopage généralisé dans le rugby et renvoie les joueurs professionnels à leurs responsabilités entre "ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire". Entretien exclusif.

France Bleu Toulouse : Bernard Lapasset, on ne vous a pas encore entendu depuis la sortie, très polémique, du livre de Pierre Ballester "Rugby à charges", dont les témoignages, révèlent l'ampleur du dopage. Le rugby est-il gangréné par ce fléau ?

Bernard Lapasset :  Absolument pas. Et là-dessus je suis surpris de la façon dont on traîte cette information, qui n'est pas une information. On sait depuis pas mal de temps qu'on a eu des situations dans lesquelles on a douté pendant des années alors qu'il n'y avait pas de contrôles anti-dopage organisé. Qu'il y ait eu des pratiques individuelles ici ou là, pourquoi pas. Il ne faut pas le nier si on en a la preuve mais je ne peux pas l'affirmer parce que je n'en ai pas la preuve non plus ! Donc il faut rester prudent mais savoir que ça peut arriver. On n'est pas dans un monde sans excès, donc tout peut arriver. Mais aujourd'hui, le rugby mondial se porte plutôt bien. On a des contrôles anti-dopage réguliers et constants

Mais les contrôles sont-ils suffisants ?

Ce n'est jamais suffisant quand on n'a pas la certitude qu'on est vraiment efficace. Est-ce qu'on le sera un jour ? J'en sais rien. Je vois aujourd'hui le vélo qui repart sur une nouvelle campagne de contrôle anti-dopage. Donc rien n'est jamais terminé. Il y a toujours des gens qui, à travers la science font des recherches permanentes, pour encore aller plus loin dans le système du dopage. C'est une veille permanente à mettre en place, pas seulement des accusations à porter. Il faut donner des outils pour se battre, continuer à travailler et faire en sorte qu'on soit capable un jour d'être plus fort que ceux qui cherchent à tricher.

"Je ne crois pas qu'on va, d'un coup de baguette magique, faire table rase du dopage, s'il existe" — Bernard Lapasset, président du World Rugby.

En tant que président du World Rugby, vous pouvez augmenter les moyens de lutte, les moyens de contrôle ?

On a déjà les moyens à travers les Fédérations nationales parce qu'elles ont chacunes des outils. La Fédération Internationale apporte aussi un système de contrôle avec l'Agence Mondiale Anti-Dopage. On a des outils financiers à notre disposition. Des moyens techniques aussi, dans la mesure de ce qu'on connaît et maîtrise. Mais encore une fois, on n'est pas certains de prendre de l'avance d'où la vigilance. Le combat n'est encore une fois jamais terminé. Je ne crois qu'on va, d'un coup de baguette magique, dire "on va faire table rase du dopage s'il existe". Il faut continuer et ne pas douter qu'on est dans une génération de joueurs professionnels. Ils portent leur responsabilité sur les épaules et doivent savoir faire le tri entre ce qu'il faut faire et surtout ce qu'il ne faut pas faire.

On voit bien que le temps n'est pas un allié dans cette lutte contre le dopage. Le cas du sud-africain Chiliboy Ralepelle (ancienne talonneur du Stade Toulousain) l'atteste. Suspendu depuis plus d'un an, il n'est à ce jour, toujours pas jugé.

Bien sûr. C'est une décision qui appartient à la fédération sud-africaine. Il faut savoir que le contrôle anti-dopage est régi par des lois. Et chaque pays a les siennes. Le joueur en question, est pris en charge par sa fédération. C'est à elle de régler le dispositif. Aujourd'hui Chiliboy Ralepelle fait de la surenchère pour ne pas revenir en Afrique-du-Sud. Il met en accusation d'autres pays, notamment la France, et d'autres règles du World Rugby. Il n'en est pas question ! On a eu toutes les expertises juridiques nécessaires. On sait comment traiter ce dossier. On l'a fait savoir au joueur et à son avocat. Il se refuse d'aller devant la Fédération sud-africaine pour traiter son dossier. Nous sommes confrontés aussi aux règles de droit, différentes de pays à pays. Et on ne peut pas faire autrement que de respecter la règle dans laquelle nous fonctionnons. 

Mais concrètement le cas "Ralepelle" va se terminer de quelle manière ?  

Tout dépendra du joueur. C'est à lui de décider de quelle façon il veut terminer sa carrière. S'il veut vraiment reprendre une activité ou pas. Veut-il vraiment sortir de ce dossier ? Il a tous les outils juridiques en main. A lui de décider. Mais nous lui avons donné tous les outils pour se défendre et aller plus loin. Doit-il aller ou pas en Afrique-du-Sud ? C'est sa décision, ce n'est plus la nôtre.

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