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Football

Le défenseur Harold Moukoudi explique son départ du Havre AC pour l'AS Saint-Etienne

A 21 ans, Harold Moukoudi va quitter Le Havre, pour rejoindre les verts de Saint-Etienne. Interdit de jouer depuis début janvier par ses dirigeants, le défenseur central se sépare de son club formateur dans la douleur, après un long bras de fer avec sa direction.

Harold Moukoudi rejoint la Ligue 1 après 57 matchs de Ligue 2
Harold Moukoudi rejoint la Ligue 1 après 57 matchs de Ligue 2 © Maxppp - Emmanuel Lelaidier

Le Havre - France

Arrivé au centre de formation du Havre AC en 2012, celui que l’on surnomme « le sergent » a été lancé en Ligue 2 par Oswald Tanchot lors du premier match du coach sur le banc, à Clermont, le 14 octobre 2016. Ce jour-là, une petite minute de jeu en fin de match, avant une première titularisation six mois plus tard. Face au RC Lens, le 24 avril 2017, Harold Moukoudi s’installe dans une charnière centrale qu’il ne va plus quitter.  

Au total : 57 apparitions en Ligue 2, dont 55 en tant que titulaire. Et une saison et demi passée avec le statut de patron de la défense, voire de l’équipe havraise. Le jeune homme crève l'écran, attire le regard des plus gros clubs français, et même celui de grosses formations européennes. En parallèle, à un an de la fin de son contrat, la relation et les échanges se compliquent avec sa direction, au sujet d'une éventuelle prolongation que le natif de Bondy va finir par rejeter. Un bras de fer s'engage entre les deux parties, au point que les dirigeants havrais interdisent au jeune homme de jouer sur la phase retour.

C'est dans ces conditions qu'Harold Moukoudi décide de rejoindre les Verts. Le défenseur s’exprime aussi longuement pour la première fois depuis sa signature à Saint-Etienne, et il a choisi France Bleu Normandie pour le faire. 

SON CHOIX : SAINT-ETIENNE 

BQ : Après une longue réflexion, vous avez choisi Saint-Etienne où vous venez de signer pour quatre ans. Pourquoi les Verts ? 

HM : D'abord, parce que c'est un grand club français. j'avais envie de rejoindre l'élite française avant de rejoindre un jour un autre championnat européen, pourquoi pas. La priorité, pour moi, c'était de passer par un club ambitieux en France. C'est le cas de Sainté, qui m'a proposé un très beau projet. Il y en avait d'autres, mais je pense que Saint-Etienne est le club le plus à même de me aire progresser et où je vais pouvoir m'épanouir. 

Ce qui a fait pencher la balance ? L'engouement des dirigeants, l'environnement et les supporters, la discussion avec le coach Gasset"

BQ : Vous aviez l'embarras du choix : Marseille, Nice, Monaco, Rennes, ou encore Bordeaux auraient aimé vous attirer. Vous confirmez ? 

C'est à peu près ça. Moi, j'ai vraiment été très à l'écart de tout ça pendant longtemps, je me suis concentré sur le terrain et j'ai laissé mon entourage gérer tout le reste. Ensuite, on m'a proposé plusieurs projets. J'ai étudié et jugé le projet sportif qui m'intéressait le plus. Et j'ai choisi de m'engager avec l'ASSE. J'ai senti, chez les dirigeants, un bel engouement. 

BQ : Quels ont été les autres critères ? 

HM : C'est un tout. Il y aussi l'environnement et les supporters. J'ai eu la chance d'aller voir un match à Geoffroy Guichard, et clairement, l'ambiance est quelque chose qui pèse dans la balance. Il faut le dire. 

BQ : Les dirigeants vous ont invité avant de signer ? 

HM : Oui, ils m'ont invité. Cela m'a fait plaisir, et ça a pesé. Après, il y a aussi la discussion que j'ai eue avec le coach Gasset. Quand on a la chance de parler avec une telle personne, on est très attentif. Et clairement, son discours a aussi joué. 

BQ : Dans cette équipe de Saint-Etienne, il y a plusieurs joueurs à votre poste : Perrin, Subotuic, Saliba, Kolodziejczak. Cette concurrence vous a-t-elle fait hésiter ? 

HM : Je suis un travailleur, un compétiteur, un joueur qui a toujours envie d'apprendre et d'écouter, de donner le meilleur de moi même, de faire toujours mieux et faire plus. Cette concurrence ne peut qu'être bénéfique. Et j'espère aider le club sur les prochaines années. 

"Je vais à Saint-Etienne avec détermination et envie de démontrer l'étendue de mon talent et de mon potentiel"

BQ : En Ligue 2, vous vous êtes très vite imposé. Aujourd'hui, vous estimez pouvoir le faire aussi en Ligue 1 ? 

HM : Bien évidemment, c'est plus dur qu'en Ligue 2, mais je ne dirais pas que la marche est haute. Moi, je suis un joueur qui travaille énormément. Et je pars à Saint-Etienne avec cette détermination et cette envie de démontrer toute l'étendue de mon talent et de mon potentiel, dès les premiers matchs. Avec cette envie de faire de bons matchs, de belles prestations et avec cette envie de progresser. 

BQ : Y'a-t-il des joueurs que vous connaissez, à Saint-Etienne ? 

HM : Un seul : Makhtar Gueye. Une fois que j'avais signé, il m'a envoyé un message et on a parlé ensemble un moment. Il était venu au HAC la saison dernière. Il était à l'essai, au centre de formation. Je l'avais rencontré lorsque j'étais passé voir la réserve. 

LA MISE A L’ECART

BQ : Harold, votre dernier match remonte au 19 décembre 2018 : huitième de finale de coupe de la ligue contre Nîmes. Depuis, vous êtes interdit de jouer par votre direction, parce que vous n’avez pas souhaité prolonger. Dans quel état êtes-vous, physique et psychologique ?

HM : Je me prépare au mieux. Je fais énormément de séances supplémentaires pour garder le rythme. C'est toujours compliqué quand on ne joue pas, mais l'objectif est d'arriver à Saint-Etienne avec le meilleur de mes qualités. Après, psychologiquement, je suis le même Moukoudi que celui qui était ici au HAC. Avec toujours l'envie de progresser, de gagner des matchs, de faire toujours mieux que sur le match précédent. 

"J'ai été mis de côté par la direction, ou du moins par Pierre Wantiez"

BQ : Qui vous a annoncé que vous n'alliez plus jouer avec le HAC ? 

HM : C'est Pierre Wantiez. Il m'a convoqué pour me faire part de sa décision. 

BQ : Que s'est-il passé dans votre tête à ce moment là ? 

HM : J'étais très déçu. Mais j'ai voulu rester dans l'état d'esprit qui était le mieux : aider les jeunes, soutenir le groupe, être présent pour l'équipe. Cependant, c'est très compliqué de s'entraîneur quand on sait que le weekend, quoiqu'il arrive, on ne jouera pas. 

"C'est désolant mais je respecte le choix de la direction"

BQ : Jouer avec la réserve en N2, ce n’était pas possible non plus ? 

HM : Non, j'ai été mis de côté par la direction. Ou du moins, par Pierre Wantiez. 

BQ : Vous auriez aimé jouer avec la réserve ? 

HM : Bien sûr. La B n'est pas dans une situation favorable. J'avais envie de pouvoir leur donner un coup de main. C'est désolant. Mais c'est le choix de la direction, et je le respecte. 

LE BRAS DE FER

Si le HAC a pris cette décision, c'est parce que vous n’avez pas souhaité prolonger. Pourquoi ? Et qu'est ce qui fait que la relation s'est envenimée entre vous et la direction ? 

HM : Je ne veux pas rentrer dans les détails, parce que c'est entre le club et moi, mais ce que je peux dire, c'est qu'avant de commencer à jouer, j'ai toujours fait part de mon envie d'être au club. Pus jeune, j'ai eu des sollicitations de clubs étrangers ou de clubs de Ligue 1. Et mon souhait a toujours été clair, c'était de jouer avec le HAC. Et malheureusement, à un moment donné, je n'ai pas senti suffisamment de confiance de la part de la direction. J'ai un souvenir en tête : après mon premier match en tant que titulaire, je ne vais pas citer les noms, mais certains dirigeants m'oint regardé un peu ébahis, étonnés, par rapport à ce que je venais de faire. La première cassure, elle date de là.  Parce que, quand vous êtes un jeune du centre de formation, vous ne pouvez pas comprendre que les dirigeants ne connaissent pas votre potentiel. Un supporter ou une personne extérieure au club, je peux le comprendre, mais un dirigeant, ce n'est pas possible. 

"Quand vous êtes un jeune du centre de formation, vous ne pouvez pas comprendre que les dirigeants ne connaissent pas votre potentiel"

BQ : Ces dirigeants dont vous parlez, ils ne venaient pas vous voir, vous et la réserve, auparavant ? 

En tous cas, très peu. Et que moi, personnellement, je n'ai jamais vus. Après, je ne veux pas me lancer de fleurs, mais je pense que j'ai toujours été un joueur important dans le groupe. Sur le terrain et en dehors. De part mon aura au sein du vestiaire, je sais que j'avais quelque chose à apporter au groupe. Et cette décision, elle aurait du être prise en concertation avec le staff technique. Quand on est dans les bureaux, on ne peut pas prendre des décisions qui impactent directement le terrain, encore moins quand on ne vient jamais sur le terrain ! 

BQ : Mais est-ce normal, quand on est issu d'un centre de formation, de partir sans rien rapporter à son club, financièrement ? Car c'est bien ça qui fait grincer des dents... 

HM : Cette question, c'est aux dirigeants qu'il faut la poser. Parce que la saison dernière, il y a eu des offres. Le président savait que s'il les refusait, il prenait le risque de me voir partir pour zéro euro. Il y avait Rennes, notamment. 

"Il y avait des offres (...) Le président a pris le risque de me voir partir pour zéro euro"

BQ : Et aux supporters qui vous ont jugé, ces derniers mois, vous leur répondez quoi ? 

HM : Je n'en veux à personne. Les supporters ne savent pas tout. Je les comprends aussi. Peut-être qu'à leur place, je dirais la même chose. Je n'ai donc pas de soucis avec ce que certains peuvent dire ou penser. En revanche, ce qui est clair et net, c'est que je n'ai jamais manqué de respect au club. Quand les jeunes viennent me voir, pour prendre des conseils, je suis le premier à parler en bien du club. 

"Yahia Fofana, je l'ai incité à signer son premier contrat pro (...) Je lui ai dit que son histoire devait être aussi belle, sinon plus belle que la mienne"

BQ : Même après cette affaire ? Vous n'avez pas eu envie de salie le club ? 

HM : Jamais. Yahia Fofana en est témoin. Avant de signer, il est venu me parler. On a longuement parlé, lui et moi. Je l'ai justement incité à signer son premier contrat pro. Je ne dis pas que c'est grâce à moi qu'il a signé, mais j'ai joué un rôle. J'ai insisté sur le fait que ce qu'il se passait entre moi et le club, c'était mon histoire. Et que la sienne devait être aussi belle, sinon plus belle que la mienne. 

BQ : Harold, ce que le président vous reproche, en plus de ne pas vouloir prolonger, c'est de ne pas honorer un accord écrit portant sur une année supplémentaire après votre contrat pro. Cette année en plus, elle ne compte pas, pour vous ? 

HM : Techniquement, cette année n'apparaît pas dans le contrat homologué à la LFP. Le contrat stipule trois ans, j'ai fait mes trois années. Cette option, c'est si les deux parties étaient d'accord. L'accord n'a pas été trouvé. A partir de là, il n'y a pas de raison pour que je m'engage sur une autre saison. 

"L'année supplémentaire, c'est si les deux parties était d'accord (...) Cela n'a pas été le cas"

SON BILAN AVEC LE HAVRE

BQ : Avant de partir, quelles images vous reviennent en tête ? 

HM : Je repense à mon premier contrat signé, mon premier jour au centre de formation, mon premier but et mon dernier. Il y a plein d'images, et heureusement, la plupart sont très belles. 

BQ : Qui sont les quelques personnes qui ont compté durant ce parcours ? 

HM : Je ne peux même pas toutes les énumérer, il y en a tellement. Je repense à tous mes coachs au centre de formation, avec qui j'ai toujours eu une très bonne relation. Egalement à toutes les personnes avec moi à la Cavée, aux surveillants de nuit comme aux animateurs ou à la restauratrice. Aux membres du staff actuel, aussi, qui m'a soutenu jusqu'au bout. Il y a beaucoup de monde qui a compté pour moi, au Havre et au HAC. C'est un club et une veille que je n'oublierai jamais. 

BQ : Parmi les plus mauvais souvenirs, il y a ce barrage à Ajaccio, mais il y a surtout le décès de Samba, n'est-ce pas ? 

HM : Oui. D'ailleurs, je suis très proche de sa mère. Et, c'est entre nous, mais je lui ai promis certaines choses. Et je vais tout faire pour les réaliser. Samba, c'était mon petit frère.

BQ : Il était un peu plus jeune que vous, mais il occupait le même poste. Etait-il plus fort que vous, au même âge ? 

HM : (sourire) Il faut demander au coach ! Mais c'était un excellent défenseur Très intelligent, très bonne intelligence de jeu. Il n'avait pas un gabarit très imposant, il n'était pas super grand, mais il avait une science du placement et de l'anticipation. 

"On avait des joueurs de qualité, mais cette saison est ratée"

BQ : Cette saison, vous l’avez vécue comme acteur puis comme spectateur : qu’est ce qui a cloché, d’après vous ? 

HM : C'est une saison ratée. On fait une première partie de saison moyenne, mais on avait des joueurs de qualité pour faire de grandes choses. Il y a beaucoup de choses qui font que la saison a été ratée. 

BQ : Cela se situe à tous les étages ? 

HM : Oui, clairement. D'abord, quand on veut monter, il faut être un club uni. 

"Tout le monde dit faire son auto-critique, chacun doit se poser les bonnes questions (...) pour monter, il faut être tous unis"

BQ : Et ce n'est pas le cas ? Tout le monde ne tire pas dans le même sens ? 

HM : Par moment, on avait l'impression de ne pas avoir le soutien de tout le monde pour accomplir cette mission qui était de ramener le club en Ligue 1. 

BQ : A qui la faute ? Qui doit corriger le tir ? La direction du club ? 

HM : C'est un peu tout le monde. Et même les supporters. Il faut qu'on ressente cette envie de monter en Ligue 1. 

BQ : Cet été, tout le club doit-il faire son auto-critique ? 

HM : Oui, je pense. Moi, personnellement, j'ai fait la mienne. Par rapport aux matchs que j'ai pu jouer. C'est important pour que le club réussisse à monter. Cela fait plusieurs échecs consécutifs, il y a forcément quelque chose qui cloche, et il faut que chacun se pose les bonnes questions. Parfois, je revisionne encore certains de mes matchs, parce que je ne suis pas content de certaines performances. Toutes les composantes du club doivent prendre le temps de réfléchir et trouver les solutions chacune de leur côté pour faire quelque chose d'uni et de fort, la saison prochaine. De toute façon, je pense que le président est lucide, et qu'il saura faire les modifications nécessaires.

"J'ai toujours pensé qu'il y avait la relation avec le club et celle avec les hommes (...) avec les hommes, j'ai toujours fait en sorte qu'elle soit bonne, malgré le contentieux"

BQ : Vous vous quittez en bons termes, finalement ? 

HM : Oui. Malgré tout, nous avons une très belle relation. J'ai toujours pensé qu'il y avait la relation avec le club, et la relation avec les hommes. Celle-ci est très importante. Et j'ai toujours fait en sorte que la relation soit bonne avec les membres du club, malgré le contentieux.