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EXCLUSIF | Ligue 2 : les confidences de Bob Bradley, après son départ du Havre AC

Par Bertrand Queneutte, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) vendredi 14 octobre 2016 à 9:51

Bob Bradley s'exprime pour la première fois sur un média français depuis son départ du HAC.
Bob Bradley s'exprime pour la première fois sur un média français depuis son départ du HAC. © AFP - Geoff Caddick

L'entraîneur américain s'exprime pour la première fois ce vendredi sur un média français depuis son départ précipité du HAC, le 3 octobre dernier. Entretien exclusif accordé par Bob Bradley à Bertrand Queneutte, pour France Bleu Normandie.

Son départ précipité (en cours de saison) pour Swansea, le 3 octobre dernier, n'est encore pas digéré par certains supporters du HAC. Malgré cela, Bob Bradley a accepté de s'exprimer pour la première fois sur un média français depuis qu'il a fait ses valises, direction la Premier League. L'ex-coach de l'équipe du Havre a choisi France Bleu Normandie ce vendredi pour le faire. Entretien exclusif accordé à Bertrand Queneutte, au cours duquel l'homme de 58 ans revient sur ses neufs mois passés dans le club normand. Sur les bons, mais aussi sur les mauvais moments.

ECOUTER - EXCLUSIF : Bob Bradley, avec Bertrand Queneutte

Bertrand Queneutte : Bob, vous avez quitté Le Havre le 3 octobre dernier. Comment allez-vous, et comment les choses se passent pour vous, à Swansea ?

Bob Bradley : Merci… à vrai dire, je suis très occupé depuis mon arrivée. Comme quand je suis arrivé au Havre. Il faut apprendre à connaître les joueurs, les membres du club… les journées sont très longues ! Et pour le moment, je n’ai rien vu à part ma chambre d’hôtel et mon bureau. Mais bon, tout va bien.

Bob Bradley : "Je comprends les supporters..."

BQ : Ici, certains supporters ont encore en travers de la gorge votre départ précipité. Est-ce que vous les comprenez ?

BB : Bien sûr que je les comprends. Les supporters suent pour le club. Et ce n’est pas facile pour un supporter fidèle de voir le coach ou un joueur partir, surtout dans un moment difficile. Mais je crois que l’équipe peut encore aller de l’avant cette année.

BQ : Est-ce que vous pensez qu’Oswald Tanchot, votre successeur, est capable d’atteindre l'objectif de monter?

BB : Je pense que l’équipe doit continuer à grandir. Et bien sûr, j’espère que les joueurs et le staff travailleront dans la bonne direction pour aller décrocher la Ligue 1...

Bob Bradley : "faciliter les choses pour les autres coachs américains dans le futur..."

BQ : Je reviens sur votre départ. J'ai le sentiment que plus qu’un choix de carrière, c’est presque une mission, un devoir pour vous, de réussir en Europe et notamment en Angleterre. Que vous, coach américain, portez presque ça comme une responsabilité. Est-ce que c’est le cas ?

BB : Je pense que c’est en partie vrai. Dans ma carrière d’entraîneur, j’ai accepté des projets différents, et ce pour deux raisons. La première : pour continuer à grandir et à devenir meilleur. Mais la deuxième, c’est vrai, c’est aussi pour le football aux Etats-Unis. Je pense que c’est important que quelqu’un porte le flambeau et que, quelque part, il permette d'ouvrir la voie et de faciliter les choses pour les autres coachs américains dans le futur.

BQ : Avant de partir, vous avez évoqué les bons moments passés au Havre. Mais vous n’avez pas parlé des mauvais. Est-ce qu’il y a des choses ici que vous avez mal vécues ?

BB : Non, je n’ai aucun mauvais souvenir. Après, vous savez, quand vous arrivez dans un club, ce n’est pas facile de mettre en place de nouvelles idées et de changer la culture. Il y a forcément des gens et des joueurs qui résistent, ou bien qui critiquent. Mais cela ne m'a jamais freiné. Moi, je venais au club tous les jours et j’essayais d’expliquer, de challenger les gens, de les encourager. Donc par rapport à ça, je me sens bien. Et puis, ma femme et moi avons vraiment apprécié la vie au Havre, les ballades au pied de notre immeuble dans le square Saint-Roch, les dîners dans nos restaurants favoris avec des gens qui sont devenus des amis. Nous ressentons vraiment quelque chose de spécial pour cette ville. Nous en avons un peu fait partie. Et on a donné tout ce qu’on pouvait.

Bob Bradley : "Désormais, ma femme et moi faisons un peu partie du Havre"

BQ : Mais est-ce que des choses vous ont blessé, durant ces neuf mois ? Et notamment dans la façon dont on a pu parler de vous, parler de votre travail…

BB : Je pense que certains n’ont pas jugé honnêtement mon travail. Certains n’ont pas voulu reconnaître ce qui était bien fait. Je ne sais pas vraiment pourquoi...

Bob Bradley : "certains n'ont pas jugé honnêtement mon travail"

BQ : Et vous, si vous pouviez revenir en arrière, est-ce-que vous changeriez des choses dans votre façon de faire ?

BB : J'ai donné mon cœur et mon âme pour le club, pour les joueurs et pour la ville. C’est ce qu’il faut faire si vous voulez réussir. Et il faut le faire sans craindre les commentaires des uns et des autres. Sur ça, je ne changerai jamais. Je crois en mes capacités et je crois en mon travail. Pour autant, il y a des gens, vous leur demandez tous les jours de parler, de s’exprimer sur leur vision du foot… et ils n’ont jamais rien à dire. Ils attendent que vous ne soyez plus là pour parler. Mais bon, je ne vais pas m’étendre là-dessus, je crois simplement que ce n’est pas la meilleure façon de faire.

Bob Bradley salue une dernière fois le public havrais à l'issue de la dernière victoire contre Sochaux, le 3 octobre 2016 - Maxppp
Bob Bradley salue une dernière fois le public havrais à l'issue de la dernière victoire contre Sochaux, le 3 octobre 2016 © Maxppp - Emmanuel Lelaidier

BQ : Il y a une chose, quand même, qui semble vous avoir blessé. Ce sont les critiques envers votre fidèle lieutenant Pierre Barrieu (préparateur physique arrivé au HAC en même temps que lui, et qui vient de le rejoindre à Swansea). Est-ce que je me trompe ?

BB : Je pense qu'il y avait des gens qui ont essayé de pointer Pierre Barrieu du doigt. Mais je pense qu’ils avaient tort. Ce qui a été dit provenait de mauvaises sources et je pense que cela venait de gens qui essayaient de se protéger. Moi, je voyais chaque jour le travail de tous à l’entrainement. Et quand certaines personnes n’en font pas assez, alors ils essaient de propager de mauvaises informations. Et ça, ça en dit long sur leur caractère, ou plutôt sur leur manque de caractère.

Bob Bradley : "des gens ont essayé de pointer Pierre Barrieu du doigt (...) ils avaient tort"

BQ : Quel sera le rôle de Pierre Barrieu à Swansea ?

BB : Il fera le même boulot. Pierre est un fitness coach, mais il est capable d’aider à l’entrainement. Et partout où j’ai travaillé avant, c’était normal. Et ce sera aussi comme ça, à Swansea. Il doit pouvoir aider même l’entraîneur des gardiens de buts, dans certaines situations. Il faut pouvoir tirer profit de tout le monde. Pour moi, il ne doit pas y avoir de restrictions. C’est ma philosophie. En France, certaines personnes ne comprennent pas ça, et ne veulent pas faire preuve d’ouverture d‘esprit. Certains sont fermés. Mais pour moi, c’est normal…

Bob Bradley : "en France, certaines personnes sont parfois fermées..."

BQ : Vous allez évolué dans le championnat où joue désormais Lys Mousset, l’attaquant que vous avez véritablement lancé ici au HAC la saison dernière. Est-ce que vous allez tenter, l’hiver prochain, de le faire venir à Swansea. On sait qu’il ne joue pas beaucoup pour le moment avec Bournemouth…

BB : Non… pour le moment, Lys est un joueur qui prend ses marques à Bournemouth. Il a signé en tant que jeune joueur avec du potentiel, et quand vous allés dans un club comme ça, vous devez gagner le respect chaque jour. Lys doit faire les efforts et montrer qui il est. Nous, ici à Swansea, nous devons travailler pour rétablir la confiance dans le groupe et faire en sorte que l’équipe devienne plus forte.

BQ : Est-ce-que Lys est le joueur qui vous a le plus marqué ici au Havre ?

BB : Non, j’ai aimé le contact avec chacun des joueurs. Avant de partir, j’ai par exemple dit à Ferland Mendy combien j’étais fier de ses progrès. J’ai aimé aussi la façon dont Alex Bonnet a pris ses responsabilités et donner encore plus pour l’équipe. J’ai adoré aussi ma relation avec Cédric Cambon et Ghislain Gimbert, qui ont compris petit à petit où je voulais en venir et qui ont été davantage disposé à travailler et à donner encore plus. Thomas Ayasse aussi, avec qui je parlais beaucoup et qui était toujours prêt à donner plus. Vous savez, il y a beaucoup d’histoires comme celles-ci, et je n’oublierai jamais toutes ces expériences.

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