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Football

ASSE : la vente du Chaudron peut rendre le contribuable "schizophrène", selon Jean-Pascal Gayant, économiste du sport

vendredi 3 mars 2017 à 9:25 Par Jérémy Marillier, France Bleu Saint-Étienne Loire

L'ASSE veut racheter le stade Geoffroy-Guichard à Saint-Étienne Metropole, son propriétaire actuel, qui est ouvert aux négociations. Quel intérêt pour le club, pour la collectivité? Réponses de Jean-Pascal Gayant, économiste du sport, professeur à l'Université du Maine.

Jean-Pascal Gayant, économiste du sport
Jean-Pascal Gayant, économiste du sport © Radio France - France Bleu

Saint-Étienne, France

Quel est l'intérêt, pour un club de football comme l'ASSE, de devenir propriétaire de Geoffroy-Guichard ?

L'intérêt principal est de sécuriser le flux de recettes et de dépenses, notamment autour du loyer. Aujourd'hui, le loyer que verse l'ASSE est d'1,4 million d'euros par an. Ce loyer est finalement très faible par rapport aux autres clubs de Ligue 1 qui doivent verser autour de quatre millions en moyenne. A Marseille, la Cour Régionale des Comptes préférerait même qu'il passe à huit. A mes yeux, l'ASSE aimerait sécuriser cette partie de ses dépenses en devenant propriétaire de son stade. Malheureusement, je pense que le prix auquel le club est prêt à acheter le stade n'est pas tout à fait ce que Saint-Etienne Métropole souhaiterait obtenir.

L'ASSE doit-elle forcément devenir propriétaire du Chaudron pour rester compétitif ?

Il y a deux aspects importants. D'abord, la possibilité de développer des recettes sur la base de prestations VIP, une optimisation des conditions de commercialisation, le développement de produits dérivés. L'Allemagne a été un précurseur dans ce domaine. Dans ce pays, on accueille les spectateurs pendant tout l'après-midi précédant le match, pendant toute la soirée également en essayant de leur faire dépenser de l'argent autour du stade et dans le stade.

A l'heure actuelle, ce modèle n'a jamais véritablement fonctionné en France. Peut-être va-t-il se mettre en place dans un avenir proche à Lyon et à Saint-Etienne. De ce point de vue, en améliorant les recettes, il y a une volonté d'améliorer les gains pour faire de l'ASSE un club du plus haut niveau européen. La question reste tout de même délicate car Geoffroy-Guichard est aujourd'hui propriété du contribuable. On ne peut pas acheter ce stade en disant simplement "j'ai envie de l'acheter". Cela représente des dépenses que l'ASSE, même si sa situation financière est saine, ne peut pas forcément se permettre, avec un emprunt très important à consentir.

"Important de trouver un équilibre pour les deux parties"

Saint-Étienne Métropole, via les impôts du contribuable, a récemment dépensé plus de 70 millions d'euros pour rénover le Chaudron avant l'Euro 2016. Certains peuvent-ils se sentir un floués, arnaqués avec cette vente ?

Tout dépend des conditions de la vente. Si le stade est vendu entre 200 et 250 millions d'euros comme semble le souhaiter Gaël Perdriau, il n'y aura certainement pas de contribuables floués. Si cette vente se fait autour de l'euro symbolique, cela ne semblerait en revanche pas très raisonnable. Ce dossier est compliqué car le contribuable stéphanois est un peu schizophrène dans cette histoire. Il a très envie que l'ASSE ait un grand stade, qui soit rentable, que le club gagne et redevienne l'un des meilleurs d'Europe et en même temps, ses impôts doivent aussi financer les crèches, les écoles ou encore les transports publics.

Le contribuable est partagé, écartelé entre son plaisir d'être stéphanois, supporter d'une grande équipe et les besoins de la vie quotidienne. Ceux qui aiment beaucoup le football pourront accepter que le stade soit vendu à un prix faible, ceux qui aiment moins le football ne l'apprécieront pas du tout.

Un club de football propriétaire de son stade, est-ce finalement un modèle viable ?

C'est le modèle vers lequel nous nous dirigeons le plus. C'est compréhensible car il y a désormais une grande dimension de spectacle privé dans le football professionnel. Cependant, une autre dimension n'est pas à écarter, celle des collectivités, qui ont vocation à financer en partie les infrastructures. Un club est un élément important du territoire. Tout le monde pense football lorsque l'on parle de Saint-Étienne en France, en Europe et dans le monde. Il semble donc naturel que la ville et les collectivités participent au financement de ses infrastructures.

Dans cette équation, il faut trouver un équilibre. Tout ne doit pas être financé par le contribuable, mais il doit quand même participer. S'il ne finance rien, nous aurions alors des ligues de sport avec des clubs déterritorialisés, sans aucun devoir à l'égard de son territoire. Nous pourrions aller vers des ligues fermées à l'américaine. Je ne pense pas que ce soit le désir des Français et des Européens. Il est donc important de trouver un équilibre. On ne demandera sans doute pas à l'ASSE de racheter le stade à 250 millions d'euros, mais une solution intermédiaire est possible.