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Football

Harold Moukoudi sanctionné par le Havre AC : sa famille sort du silence pour la première fois

vendredi 1 février 2019 à 14:20 Par Bertrand Queneutte, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

En plein bras de fer avec ses dirigeants parce qu'il ne souhaite pas prolonger avec le HAC, Harold Moukoudi pourrait être empêché de jouer jusqu'à la fin de saison, avant de partir libre. Son entourage sort du silence pour la première fois et choisit France Bleu Normandie pour s'expliquer.

Déçu par ses dirigeants, Harold Moukoudi ne souhaite pas prolonger avec son club formateur
Déçu par ses dirigeants, Harold Moukoudi ne souhaite pas prolonger avec son club formateur © Maxppp - Emmanuel Lelaidier

Le Havre - France

Il est l’un des défenseurs français les plus prometteurs de sa génération, sans doute l’un des meilleurs de Ligue 2. Pourtant, il ne joue plus avec le Havre AC. Motif : le jeune homme est en fin de contrat au mois de juin et partira libre l’été prochain, sans que son club formateur ne touche d'indemnité. Une situation que n'acceptent pas ses dirigeants, qui auraient souhaité le vendre à prix d'or à l'étranger, ou bien le voir prolonger d'au moins une année. Harold Moukoudi, joueur le plus utilisé par son coach sur la phase aller, est ainsi écarté par ces derniers depuis début janvier. 

Dans ce contexte, en plein bras de fer, et alors qu’il est pointé du doigt par le président Vincent Volpe (Bienvenue au club - Emission du 29/01/2019) mais aussi par une partie des supporters normands, l’entourage du défenseur central réagit et s’explique. Après le communiqué de l'avocat du joueur, sa sœur, Ingrid Moukoudi, a accepté de répondre à nos questions en profondeur, et a tenu à livrer ses vérités. 

Entretien France Bleu, au micro de Bertrand Queneutte

BQ : D’abord, comment avez-vous réagi aux propos du Président Volpe dans Bienvenue au club, sur France Bleu ? 

IM : Honnêtement, nous sommes partagés entre plusieurs émotions : surpris, en colère, tristes. Le président a dit « on a un joueur qui tourne le dos à son club formateur ». C’est totalement faux. Harold a toujours été respectueux et correct vis-à-vis du club. Dès le début, on a tendu la main au HAC. De notre côté, personne n’imaginait se retrouver dans cette situation. Ce n’est pas ce qu’on a souhaitait. Son plan de carrière prévoyait d’être acheté au mercato d’été, pas de finir libre au mercato d’hiver. 

"Au départ, nous avions demandé un contrat élite, l'option a été écartée par les dirigeants"

BQ : Vous êtes déçue par les propos du président. Vous semblez l’être aussi par l’attitude des dirigeants, ces derniers mois. C’est le cas ?  

IM : En effet. Dans son interview, le président a dit que Harold avait demandé un avenant à son contrat (ndlr : un accord sur une saison supplémentaire, en 2018/2019). C’est complètement faux. L’avenant n’a pas été fait à la demande d'Harold. Nous, on avait demandé un contrat élite qui aurait lié Harold au club jusqu’en juin 2020. C’est une option qui, en 2014/2015, a été écartée par les dirigeants. Pourtant, Harold était déjà très courtisé par des clubs étrangers et il jouait en équipe de France (jeunes), donc on n’a pas compris pourquoi ils ne souhaitaient pas le faire. Ensuite, il a fallu attendre la saison 2016/2017 et être sûr que Le Havre n’allait pas monter pour qu'Harold commence à être titularisé. Au bout de deux matchs, les dirigeants ont manifesté leur étonnement par rapport à son niveau et ils lui ont proposé une prolongation. A ce moment-là, Harold s’est dit que les dirigeants n’avaient pas conscience, jusque-là, de son potentiel. Et cela l’a beaucoup blessé. 

"Le cas de Harold illustre bien ce qu'il se passe avec les jeunes du HAC"

BQ : Il a eu l’impression de ne pas avoir été pris au sérieux avant, et de ne l’avoir été qu'une fois qu'il était exposé et que d’autres clubs se positionnaient sur lui ? 

IM : Exact. Et si vous regardez bien, c’est d'ailleurs une erreur que continue de faire le club : ne pas croire dans les jeunes du centre de formation. Le cas d'Harold illustre bien ce qu'il se passe de manière générale par rapport aux jeunes du Havre AC. 

"On avait un accord verbal du président, il n'a pas été respecté"

BQ : Une série de déceptions, puis une trahison ? Est-ce que c’est comme ça que vous qualifiez ce qu'il s’est passé l’été dernier ? 

IM : Le mot trahison peut sembler fort, mais c’est comme ça que nous l’avons vécu. Il faut savoir que le mercato d’été a été préparé depuis janvier 2018. On avait alors eu un accord verbal du président qui nous disait que si le HAC ne montait pas en Ligue 1, Harold serait libre de s’engager dans un club de Ligue 1. Et cela n’a pas été respecté. Pourtant, durant le mercato d’été, le HAC a notamment reçu une offre ferme de Rennes. Les professionnels pourront, je pense, en témoigner : c’était une offre à la hauteur du marché pour un jeune défenseur central comme Harold. 

BQ : Le président affirme, de son côté, que s’il l’avait acceptée, il aurait bradé Harold. Vous n’êtes pas d'accord ? 

IM : Nous ne sommes pas du tout d’accord. Si on parle de le brader avec cette offre-là, que doit-on dire, aujourd’hui ? 

"La confiance est forcément brisée"

BQ : Finalement, vous dîtes que le club, il y a six mois, pouvait récupérer une somme qui n’était pas négligeable ? 

IM : Exactement. Surtout que nous, on a poussé le président à mettre le maximum de bonus et de pourcentage sur la revente de Harold. Il n’a pas souhaité le faire, car il n’avait pas l’intention de le vendre en France, mais en Angleterre. D’ailleurs, plusieurs clubs nous ont affirmé que quand ils étaient venus aux renseignements l’an dernier pour Harold, ils avaient été repoussés. 

BQ : Le fait que la confiance ait été rompue explique-t-il le fait qu’Harold n’ait pas souhaité aller au bout de son engagement sur une année supplémentaire et qu’il n’ait pas souhaité prolongé, quitte à se mettre d’accord sur un départ l’été prochain ? 

IM : Oui. A partir du moment où on a eu un accord verbal du président qui nous dit que si le HAC ne montait pas, il pourrait partir l’été d’après, et qu’une fois arrivé au mercato d’été, la promesse n’est pas tenue, la confiance est forcément brisée. 

Le dialogue est rompu entre le clan Moukoudi et le président du HAC - Maxppp
Le dialogue est rompu entre le clan Moukoudi et le président du HAC © Maxppp - Emmanuel Lelaidier

BQ : Des offres, il n’y en avait pas du tout en France, cet hiver ? 

IM : Non. En tous cas, on n’a pas connaissance d’offre faite durant ce mercato. Les clubs français n’ont pas les finances des clubs anglais. Très peu mettent de l’argent pour acheter un joueur à six mois de la fin de son contrat. 

"Harold n'est pas un simple produit financier"

BQ : Que certains supporters regrettent qu’un joueur formé au HAC ne rapporte rien à son club formateur, vous le comprenez ? 

IM : Je comprends qu’ils puissent être déçus, dégoûtés, et tout le monde regrette cette situation. Mais Harold, ce n’est pas simplement un produit financier. Il a toujours été honnête et loyal envers le club. A un moment donné, il y a aussi l’humain, et on l’oublie. C’est trop facile de taper sur Harold ou sur le clan Moukoudi. Au mercato dernier, on a vraiment poussé le président à accepter l’offre de Rennes. Il a refusé. Mais en attendant le mercato d’hiver, il a lui-même poussé le joueur à la braderie. C’est trop simple de taper sur le joueur plutôt que d’assumer ses responsabilités. 

"Le président a lui-même a poussé Harold à la braderie (...) le club doit prendre ses responsabilités"

BQ : L’argent à la clef, avec la possibilité d’une prime à la signature en cas de départ libre dans un club de Ligue 1, a-t-il influencé votre décision ?

On nous accuse de n’en vouloir qu’à l’argent. Mais c’est justement parce qu’on a des valeurs fortes qu’on en est là. S’il n’était question que d’argent, il serait parti en Angleterre à l’âge de 16 ans. Il toucherait le quadruple de son salaire actuel. Et s’il n’était question que d’argent, il aurait prolongé son contrat pour être l’un des meilleurs salaires du club, plutôt que d’attendre un club de Ligue 1. Ce qui est drôle, c’est que finalement, c’est le club qui court après des sommes folles venues d’Angleterre, mais c’est nous qu’on pointe du doigt. Le président est un très bon businessman. Mais c’est parfois au détriment de l’aspect sportif. Et pour Harold, c’est pourtant le plus important. 

Le président est un très bon businessman (...) c’est parfois au détriment de l’aspect sportif.

BQ : De voir que l’aventure et la relation se terminent comme ça : que ressentez-vous ?

IM : On est reconnaissant envers le club. Il s’agit quand même de son club formateur, c’est une part de lui, on est reconnaissant de tout ce qu’il lui a apporté. Mais aujourd’hui, le club doit aussi prendre ses responsabilités. Ce n’est pas à nous de payer pour leurs erreurs et pour leurs choix. On espère qu’une chose, c’est que le cas d’Harold servira de leçon. Parce que s’il y a bien une chose dont le HAC peut être fier, c’est de ses jeunes issus du centre de formation. 

BQ : Désormais, Harold va pouvoir partir libre et s’engager où il le souhaite. A-t-il déjà fait son choix et s’est-il déjà engagé ? 

IM : Honnêtement, non. Il choisira vraiment un club qui lui permettra de progresser. Ce qui compte le plus pour lui et nous, c’est le projet sportif avant tout. S’il doit prendre son temps pour choisir, il le prendra. 

BQ : Qu'avez-vous envie de dire aux supporters du HAC ? 

IM : J’ai envie de dire aux supporters : mettez-vous trois minutes à la place du joueur et de la famille. Si vous étiez à notre place,  est-ce que vous réagiriez de la même manière ? Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que nous défendons les intérêts d'Harold. Je peux comprendre qu’ils défendent les intérêts du club. Mais je leur demande de se mettre trois minutes à la place du joueur et de sa famille.   

BQ : Que comptez-vous faire, désormais, alors que le président a affirmé qu’il ne jouerait plus cette saison tant qu’il n’aurait pas prolongé officiellement ? 

IM : Rien. Le président a pris sa décision. On ne peut rien faire. On ne peut que suivre, finalement. 

Entretien à écouter ici : 

Entretien : Ingrid Moukoudi au micro de Bertrand Queneutte