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Football

INTERVIEW | David Guion : « C’est dans l’ADN du Stade de Reims de retrouver un jour l’Europe »

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Par , France Bleu Champagne-Ardenne

Avant le dernier match face au Paris Saint-Germain ce vendredi, l'entraîneur rémois revient sur la saison écoulée et les perspectives d'avenir pour le club. Il évoque aussi son management, la tactique, le recrutement, ou encore l'Europe.

L'entraîneur rémois David Guion.
L'entraîneur rémois David Guion. © AFP - AFP

Reims, France

  • A titre personnel, comment ressortez-vous de cette saison ?

(sourire) C’est vrai que l’on m’avait dit que c’était très difficile, que c’était lourd émotionnellement, psychologiquement. Il y a des passages qui sont très difficiles. J’avoue que je suis content que les vacances arrivent parce que l’on est énormément sollicité. On est toujours sur le qui-vive et sous pression à longueur d’année. Donc, c’est vrai que ce sont dix mois intensifs. On est dans la machine à laver, et puis ça tourne, ça tourne… J’ai essayé, et je pense que j’y suis assez bien parvenu, à aussi m’emménager des petites plages pour penser à moi, me ressourcer et retrouver de l’énergie. Donc on va dire que dans l’ensemble, j’ai vécu intensément ces dix mois. Je finis fatigué, mais je suis assez content d’avoir passé ces 10 mois sans trop de coup de moins bien, ou de gros coup de pompe. 

  • Est-ce que diriger une équipe en Ligue 1 est plus difficile que diriger une équipe de Ligue 2 ?

C’est surtout l’environnement. Il y a beaucoup plus de pression qui vient de l’extérieur. Avec les médias, à tous les niveaux, on sent que l’on est scrutés à chaque fois que l’on sort devant un média, qu’il soit écrit ou oral. On le sent aussi à l’intérieur du club, les gens peuvent aussi être moins sereins pour diverses raisons, que ce soit au niveau des résultats ou dans des périodes un peu plus difficiles, puisqu’en fin de compte, l’équipe est plus mise en lumière et des choses qui peuvent passer inaperçues en Ligue 2, et bien en Ligue 1 ça ne se passe pas comme çà. Après d’un point de vue technique, je pense que les matches sont peut-être un peu plus faciles à préparer qu’en Ligue 2. Parce qu’en Ligue 1, on identifie plus rapidement les principes de jeu, ce qu’il faut retenir de l’équipe adverse. En revanche, il faut réagir beaucoup plus vite en cours de match. Il faut être très réactif, car les équipes changent plus vite de système. Il faut aller très vite, il faut avoir une gymnastique plus flexible en Ligue 1 qu’en Ligue 2.

  • Est-ce que la victoire à Nice lors de la première journée suivie du succès face à Lyon à Delaune sont des moments importants ?

Oui c’était fédérateur. Pouvoir ramener cette première victoire de l'extérieur, ces 3 points, ça a libéré les joueurs et ensuite sur le match qui a suivi face à Lyon à Delaune, cela a joué. Et c’est vrai que réussir ce début de saison d’un point de vue comptable, c’était important. Et puis aussi d’un point de vue dynamique. C’était surtout ça qui m’importait lors de ce début de saison, de maintenir la dynamique qui nous avait porté en Ligue 2, et de garder nos valeurs. Et tout de suite on l’a vu sur les matches, et cela a été ponctué par des points au classement. Et ça c’est essentiel, car cela valide tout de suite le travail que l’on a fait et cela permet de travailler en confiance. 

  • Quels ont été les autres moments clés qui vous ont permis de tenir le cap ?

Je pense qu’il y a eu des moments importants, ne serait-ce que la victoire à Rennes en octobre qui a permis de basculer en dehors des 5-6 dernières places. Cela a fait en sorte que les joueurs soient plus sereins. J’ai bien aimé aussi le début d’année 2019 où on a été très performants dès la reprise. Alors c’est un long passage, mais il y a aussi cette série de 13 matches sans défaite qui a permis aussi de voir la régularité de l’équipe. Cela nous a permis de nous installer définitivement dans le Top 10. Avoir 26 points à la trêve, à mi-parcours, c’était aussi très valorisant pour mon équipe. Le regret que j’ai sur cette deuxième partie de saison, c’est le match face à Saint-Etienne à domicile où on ne s’est pas lâché. Peut-être que les joueurs se sont mis trop de pression, avec un environnement qui parlait beaucoup d’ambitions européennes, et je trouve que ce match, on ne l’a pas joué. A le perdre, j’aurais préféré le perdre en le jouant.

  • Est-ce que malgré le bilan et cette place dans le Top 10, vous avez des regrets ? Pensez-vous que l’équipe pouvait encore mieux faire ?

Non, il n’y a pas de regrets. On a "surperformé" et sincèrement, si au début de la saison on m’avait dit que l’on ferait la moitié de la saison dans le Top 10, que l’on allait finir dans le Top 10, que fin janvier on serait quasiment maintenu, cela aurait été difficile à croire. Et le fait aussi de voir l’équipe progresser semaine après semaine. Non, franchement, il n’y a aucun regret à avoir.

  • On va revenir sur cette fin de saison et ce trou d’air avant le match de Bordeaux. 7 matches, 3 nuls et 4 défaites. Est-ce que vous l’avez vu venir ?

Non parce que lorsque nous sommes à la trêve internationale fin mars, on fait le point avec les joueurs, et on est tout à fait d’accord sur la situation, où on veut aller, ce qu’il faut améliorer. On est en phase. En revanche, quelques joueurs partis en sélection sont revenus très fatigués. J’ai peut-être mal évalué cet impact-là. Que ce soit Arber Zeneli, Alaixys Romao, Yunis Abdelhamid, ils sont revenus très fatigués de leur séjour international. Donc je n’ai pas de regret parce que les garçons savaient où on voulait aller, mais j’y reviens, c’est ce match de Saint-Etienne qui m’a interpellé.

  • Cette perspective de toucher l’Europe du doigt n’a-t-elle pas fait plus de mal que de bien ?

Je n’ai pas trouvé que mes joueurs s’enflammaient, les séances d’entrainement étaient très bonnes. J’ai senti les joueurs concernés. Mais on sait très bien, et on l’a vu dans les rencontres qui se sont disputées dans les 10 dernières journées, que cela se jouait sur des détails, à pas grand-chose. Et on a vu tout le travail qu’il nous restait à faire quand on a joué Saint-Etienne ou Lille, des équipes qui ont énormément de maturité et d’expérience. Et chez nous, à part Alaixys Romao et Marvin Martin qui avaient un gros vécu, les autres découvraient pour beaucoup. Après je suis intimement convaincu que ces matches-là vous nous faire grandir et vont nous aider pour la saison prochaine.

"J'ai envie de continuer à progresser"

  • On a senti que cela avait emmené de la ferveur chez les supporters, du rêve et forcément ensuite de la déception… Cela prouve encore l’attente qu’il existe autour de ce club. Selon-vous, que faut-il pour retrouver un jour l’Europe ?

Cela peut passer par une Coupe, après cette année c’est un peu exceptionnel puisque le Paris Saint-Germain n’a pas raflé les Coupes comme le club à l’habitude de le faire. Alors cela a permis à deux autres clubs de se qualifier. Mais c’est quand même mieux de miser sur le travail et sur une méthodologie qui vont vous permettre de franchir progressivement les paliers en championnat. Parce qu’après, c’est bien de jouer une Coupe d’Europe, mais il faut pouvoir continuer à exister en championnat, de continuer à avoir un club qui reste en haut de l’affiche. Donc, on a encore beaucoup de progrès à faire. Mais je pense aussi que c’est dans l’ADN du Stade de Reims de retrouver un jour l’Europe.

  • On va maintenant parler de l’avenir, de la suite… J’avais prévu de vous demander si vous serez toujours l’entraîneur du Stade de Reims la saison prochaine... On a eu des éléments de réponse toute cette semaine, le Président et vous-même avaient annoncé que vous alliez prolonger… Je vais quand même vous poser la question mais d’une autre manière : avez-vous pensé partir ? Arrêter à l’issue de cette saison ?

Non parce que cela fait deux ans que je suis à la tête de l’équipe professionnelle, donc j’ai encore beaucoup de choses à faire et je ne suis pas du tout usé. J’ai envie de continuer à avancer, à progresser. J’ai dit aux présidents que je mesurai la chance que j’avais d’être dans un club avec de superbes infrastructures. J’ai tout pour m’épanouir, donc cela a été le début de ma réflexion, à partir du moment où j’ai tout cela, que je continue à progresser en même temps que le club, il n’y a pas de raisons que je ne puisse pas continuer. 

  • Vous avez été désigné par vos pairs meilleur entraîneur de Ligue 2 la saison dernière, vous étiez nommé pour le titre de meilleur entraîneur de Ligue 1 cette saison. Avez-vous eu des sollicitations qui auraient pu vous faire partir ?

On en a toujours. La saison dernière, j’en ai eu. Il y a des gens qui sont attentifs, dans notre milieu c’est comme cela que ça se passe. Mais à aucun moment j’ai porté une écoute attentive à ces sollicitations. D’abord parce que je suis sous contrat, ça c’est la première des choses. Et puis ensuite, je voulais poursuivre le projet du Stade de Reims pour les raisons que je viens d’évoquer.

  • Quand on voit un entraîneur comme Stéphane Moulin, qui entraîne le SCO Angers depuis 2011, il vient de prolonger jusqu’en 2022. C’est assez rare, surtout en Ligue 1. C’est quelque chose qui pourrait vous inspirer ?

Quoiqu’il en soit, je m’investis comme si j’étais là pour encore 10 ans tout en sachant qu’en étant entraîneur d’une équipe professionnelle, tout peut aller très vite. Mais je suis obligé d’avancer comme cela, d’abord parce que c’est ma manière de travailler, je suis un homme de projet, j’avance avec des projets, et je m’investis comme si j’allais rester 8 ans de plus, puisque cela fait 8 ans que je suis là (NB : en comptant les années de directeur du centre de formation) mais tout en mesurant la précarité de mon poste. Je sais très bien ce qu’il peut se passer en cas de résultats moins agréables que cette saison... 

  • Est-ce qu’au cours de cette saison, vous avez évolué professionnellement à titre personnel et avec votre staff… Est-ce qu’après les matches, vous débriefez pour faire aussi des autocritiques ?

Bien sûr, personne n’est parfait, et je fais des erreurs. Tout le temps, il y a une remise en cause, c’est le propre de notre métier, il y a une remise en cause publique tous les samedis, les médias notamment sont là pour juger notre travail, et puis il y a les remises en cause individuelles au quotidien, qui se font avec le staff, avec les joueurs, on est sans cesse en train d’analyser, c’est aussi pour cela que l’on est assez fatigués en fin de saison. On est sans cesse en réflexion sur son fonctionnement, sur ses décisions puisqu’il y a des décisions importantes à prendre et on analyse perpétuellement. Et puis j’ai un caractère qui fait que je prends beaucoup de recul et qui s’interroge énormément. Donc oui, il y a une remise en cause permanente.

L'entraîneur rémois David Guion va prolonger l'aventure avec le Stade de Reims. - AFP
L'entraîneur rémois David Guion va prolonger l'aventure avec le Stade de Reims. © AFP - AFP
  • Sur un plan tactique, vous avez construit une équipe dans un schéma en 4-2-3-1 avec une base de 7 joueurs assez inamovibles du gardien jusqu’aux milieux et ensuite, des joueurs offensifs qui ont plus varié. Est-ce que ce schéma tactique va perdurer dans le temps ou alors votre objectif et d’évoluer sur d’autres schémas ?

L’idée, c’est déjà de faire une bonne analyse de son environnement, de son effectif. A partir du moment où je récupérais cet effectif avec l’apport d’un garçon comme Alaixys Romao et l’apport de Marvin Martin puis de Tristan Dingomé, je me devais de trouver la meilleure organisation pour qu’ils puissent s’épanouir. Maintenant, il faut aussi savoir de temps en temps surprendre les joueurs. Alors il y a un besoin de les mettre dans un cadre de référence où ils ont des repères, mais de temps en temps, c’est important de varier. On l’a vu au mois de novembre où on commençait à être identifié, notamment sur nos attaques rapides, et on a travaillé pour évoluer. Notre saison, on l’a construite. On a d’abord travaillé sur notre animation défensive, nos principes défensifs et puis progressivement, on est allé chercher beaucoup plus de jeu vers l’avant, de créativité avec des garçons qui pouvaient nous apporter des choses sur le plan offensif. Ce qui fait que notre jeu a progressé et c'est une satisfaction. Donc les lignes bougent même si on a un schéma de base, mais après si je fais jouer un Arber Zeneli ou un Mathieu Cafaro, je ne recherche pas la même chose selon si on joue à domicile, à l’extérieur, les caractéristiques de l’adversaire ou encore d'autres paramètres. Mais ce qui est bien, c’est qu’il y a 6 - 7 garçons qui posent les bases, les fondamentaux puis après autour de çà, j’essaye de mettre le système et la tactique qui conviennent le mieux par rapport à des données extérieures. 

  • Concernant l’effectif, il va évoluer, il va y avoir des fins de contrats a priori qui ne seront pas renouvelés comme Marvin Martin, Johann Carrasso ou Pablo Chavarria. Quels postes avez-vous ciblé pour la saison prochaine ?

A mon sens, il y a un chantier moins important que l’année dernière puisqu’il y a des garçons qui ont confirmé et qui sont toujours sous contrat. Je souhaiterais un attaquant, un joueur de couloir droit, un milieu de terrain supplémentaire car on a vu en fin de saison que c’était parfois compliqué d’en n'avoir que deux avec en plus Nolan Mbemba qui était blessé. Et puis je veux une doublure d’arrière droit à Thomas Foket. Ce sont les quatre postes prioritaires qui ont été ciblés.

  • Donc vous ne cherchez pas de gardien de but, Edouard Mendy sera le gardien du Stade de Reims la saison prochaine ?

Oui, c’est ce que j’ai dit à Edouard et aussi à ma direction. Pour moi, Edouard doit faire partie du projet pour la saison prochaine. C’est important pour que l’on puisse continuer à avancer.

  • Et Rémi Oudin ?

Je sais que je suis dans un club où la formation tient son rôle, et je suis bien placé pour le savoir. Et je sais aussi que je suis dans un club où quand on a la possibilité d’optimiser un garçon du centre de formation, on se doit de le faire. Donc, l’année dernière c’était le cas avec Jordy Siebatcheu. Ma direction a toujours été transparente et me l'a dit très tôt. Donc cette année, celui qui a le bon de sortie, c’est Rémi, et on verra s’il trouve un club qui va lui permettre de s’épanouir.

"La saison prochaine sera acharnée !"

  • Quand on reconstruit une partie de l’effectif d’une saison à l’autre, est-ce que l’on peut s’inscrire dans la continuité ?

J’attache beaucoup d’importance à ce que nos valeurs que l’on a mis en place il y a deux ans, perdurent. Je suis très attaché à l’état d’esprit, je suis très attaché à mes leaders et à mes cadres, et je dois en garder car ce sont eux qui véhiculent mes idées et ces valeurs. Alors c’est vrai qu’en perdant Johann Carrasso, Marvin Martin et Pablo Chavarria, on va perdre trois cadres du vestiaire. Et je suis donc attentif à cela. 

  • Vous allez terminer entre la 7e et la 10e place cette saison. Le Stade de Reims peut-il encore faire mieux la saison prochaine ?

Je ne veux pas trop anticiper car je ne connais pas encore les contours de mon effectif pour la saison prochaine, mais c’est clair qu’en ayant « sur-performé » cette saison, je pense que ça va être une saison (il hésite) acharnée, oui c’est le mot. Acharnée, pourquoi ? Parce qu’il va y avoir énormément de pression parce que la saison suivante, cela va être la course à l’armement avec les nouveaux Droits télé qui vont prendre beaucoup de place dans le budget des clubs. Donc imaginer tous les clubs qui vont vouloir surtout ne pas descendre la saison prochaine ! Il faudra rester en Ligue 1, et cela va être une charge supplémentaire pour tous les entraîneurs. Et puis on s’aperçoit à travers le championnat qui va se terminer là, que Marseille, Monaco, Bordeaux n’auront pas de Coupe d’Europe la saison prochaine et ils vont jouer une fois par semaine. Donc ils ne peuvent pas ne pas être performants et ils seront dans les 10. Donc il va y avoir la saison prochaine un championnat très très exigeant pour toutes ces raisons, on va devoir vraiment bien travailler et continuer à progresser pour pouvoir exister.

  • Pour finir un mot sur le Paris Saint-Germain. Votre équipe peut-elle battre Paris ce vendredi ?

Pour battre Paris, il va falloir que toutes les planètes soient alignées à savoir que Paris soit un tout petit moins motivé, que nous on le soit beaucoup plus et puis qu’il y ait de la réussite à l’intérieur du match. On sait très bien que ce sont les conditions pour réussir une performance contre le Paris Saint-Germain